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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106114

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106114

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBREDIN PRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 novembre 2021, 19 mai et 29 septembre 2023, Mme A E et Mme C E, représentées par Me Bretzner, doivent être regardées comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 septembre 2021 par laquelle l'adjoint au maire d'Antibes délégué à l'urbanisme a rejeté leur demande tendant à l'abrogation partielle de la délibération du 29 mars 2019 par laquelle le conseil municipal d'Antibes a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme en tant qu'elle classe leur parcelle en unité de paysage à protéger et en tant qu'élément remarquable du patrimoine paysager et prévoit l'inconstructibilité de celle-ci ;

2°) d'enjoindre au maire d'Antibes d'inscrire à l'ordre du jour du conseil municipal l'abrogation partielle de cette délibération en tant qu'elle classe leur parcelle en unité de paysage à protéger et en tant qu'élément remarquable du patrimoine paysager et prévoit l'inconstructibilité de celle-ci ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Antibes la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 642-1 et L. 642-2 du code du patrimoine ;

- l'interdiction de toute construction est disproportionnée ;

- la décision attaquée est entachée B erreur de fait ;

- elle méconnaît leur droit de propriété ;

- elle méconnaît le principe d'égalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, la commune d'Antibes, représentée par Me Ducroux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 septembre 2023.

Un mémoire, présenté pour la commune d'Antibes, a été enregistré le 28 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution, notamment son préambule ;

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2016-925 du 7 juillet 2016 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 janvier 2024 :

- le rapport de Mme Soler,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- et les observations de Me Leonard, représentant les requérantes, et de Me Mouakil, représentant la commune d'Antibes.

B note en délibéré, présentée pour Mmes E, a été enregistrée le 10 janvier 2024.

B noté en délibéré, présentée pour la commune d'Antibes, a été enregistrée le 12 janvier 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mmes E sont propriétaires de la parcelle cadastrée section CL n°288 située sur le territoire de la commune d'Antibes. Par une délibération du 29 mars 2019, le conseil municipal d'Antibes a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme. Par un courrier, reçu le 29 juin 2021 par la commune, Mmes E ont formé une demande d'abrogation partielle contre cette dernière délibération en tant qu'elle classe leur parcelle en unité de paysage à protéger et en tant qu'élément remarquable du patrimoine paysager et prévoit l'inconstructibilité de celle-ci. Par une décision du 16 septembre 2021, l'adjoint au maire d'Antibes, délégué à l'urbanisme, a rejeté leur demande. Par leur requête, Mmes E demandent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 153-19 du code de l'urbanisme : " L'abrogation d'un plan local d'urbanisme est prononcée par l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ou par le conseil municipal après enquête publique menée dans les formes prévues par le chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement. / Le dossier soumis à l'enquête publique comprend un rapport exposant les motifs et les conséquences juridiques de l'abrogation projetée " et aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. / () ".

3. Il résulte de la combinaison des articles R. 153-19 du code de l'urbanisme et L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales cités au point précédent que si le conseil municipal est seul compétent pour abroger tout ou partie du plan local d'urbanisme de la commune, c'est au maire qu'il revient d'inscrire cette question à l'ordre du jour B réunion du conseil municipal. Par suite, le maire a compétence pour rejeter une demande tendant à l'abrogation du plan local d'urbanisme ou de certaines de ses dispositions. Toutefois, il ne peut légalement prendre une telle décision que si les dispositions dont l'abrogation est sollicitée sont elles-mêmes légales. Dans l'hypothèse inverse, en effet, il est tenu d'inscrire la question à l'ordre du jour du conseil municipal, pour permettre à celui-ci, seul compétent pour ce faire, de prononcer l'abrogation des dispositions illégales.

4. En premier lieu, B part, aux termes de l'article L. 113-29 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer en espaces de continuités écologiques des éléments des trames verte et bleue, définies aux II et III de l'article L. 371-1 du code de l'environnement, qui sont nécessaires à la préservation ou à la remise en bon état des continuités écologiques ". Aux termes de l'article L. 151-23 du même code : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. () / Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent " et aux termes de l'article R. 151-43 de ce code : " Afin de contribuer à la qualité du cadre de vie, assurer un équilibre entre les espaces construits et les espaces libres et répondre aux enjeux environnementaux, le règlement peut : / () / 6° Délimiter dans les documents graphiques les terrains et espaces inconstructibles en zone urbaine en application du second alinéa de l'article L. 151-23 ; / () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 371-1 du code de l'environnement : " I. - La trame verte et la trame bleue ont pour objectif d'enrayer la perte de biodiversité en participant à la préservation, à la gestion et à la remise en bon état des milieux nécessaires aux continuités écologiques, tout en prenant en compte les activités humaines, et notamment agricoles, en milieu rural ainsi que la gestion de la lumière artificielle la nuit. / () / II. - La trame verte comprend : / 1° Tout ou partie des espaces protégés au titre du présent livre et du titre Ier du livre IV ainsi que les espaces naturels importants pour la préservation de la biodiversité ; / () ".

6. Les dispositions de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme citées au point 4 permettent au règlement d'un plan local d'urbanisme d'édicter des dispositions visant à protéger, mettre en valeur ou requalifier un élément du paysage dont l'intérêt écologique le justifie. Le règlement peut notamment, à cette fin, identifier un élément en raison de ses caractéristiques particulières. La localisation de la protection instituée, sa délimitation et les prescriptions le cas échéant définies, qui ne sauraient avoir de portée au-delà du territoire couvert par le plan, doivent être proportionnées et ne peuvent excéder ce qui est nécessaire à l'objectif recherché. B interdiction de toute construction ne peut être imposée que s'il s'agit du seul moyen permettant d'atteindre l'objectif poursuivi.

7. En l'espèce, le règlement du plan local d'urbanisme d'Antibes institue, sur le fondement de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme, une unité de paysage n°83 englobant la parcelle des requérantes, classée en secteur UDe.

8. B part, il ressort des pièces du dossier que le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) fixe notamment comme orientation la préservation ou la remise en bon état des continuités écologiques constitutives de la trame verte. Pour atteindre cet objectif, le rapport de présentation prévoit la protection des continuums écologiques qui correspondent à des espaces dans lesquels la biodiversité est la plus riche ou la mieux représentée, où les espèces peuvent effectuer tout ou partie de leur cycle de vie et où les habitats naturels peuvent assurer leur fonctionnement en ayant notamment une taille suffisante, qui abritent des noyaux de populations d'espèces à partir desquels les individus se dispersent ou qui sont susceptibles de permettre l'accueil de nouvelles populations d'espèces. Il identifie la parcelle des requérantes en tant que continuum de milieux ouverts correspondant aux friches, aux zones rudérales et aux autres délaissés. Il précise qu'au niveau floristique, plusieurs espèces se rencontrent dans ces milieux ouverts, que deux espèces d'invertébrés protégées sont susceptibles de se rencontrer au sein des habitats de pelouses et garrigues en lisière forestière ou à la faveur de clairières, le damier de la succise et la zygène cendrée, que deux autres espèces remarquables sont à signaler au sein du territoire communal, la zygène des bugranes et l'ascalaphe d'Italie, et que des mammifères terrestres sont représentés dans ces milieux par la méso-faune et la petite faune à l'image du renard roux ou du hérisson d'Europe.

9. D'autre part, il ressort de la lecture du rapport d'expertise produit par les requérantes que la parcelle en litige comporte des friches pour seule végétation et qu'on y constate l'omniprésence B végétation rudérale, caractéristique des espaces perturbés, instables, telle que les friches agricoles abandonnées. Ainsi, il ressort de ce rapport que la parcelle des requérantes constitue bien un continuum de milieux ouverts. Dans ces conditions, le choix des auteurs du plan local d'urbanisme d'instaurer une unité de paysage sur leur terrain est adéquat au regard de l'objectif poursuivi de protection des espaces naturels importants pour la préservation de la biodiversité. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme doit être écarté.

10. En deuxième lieu, B part aux termes de l'article 114 de la loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine : " () / II.- Les projets d'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine mis à l'étude avant la date de publication de la présente loi sont instruits puis approuvés conformément aux articles L. 642-1 à L. 642-10 du code du patrimoine, dans leur rédaction antérieure à la présente loi. / Au jour de leur création, les aires de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine deviennent des sites patrimoniaux remarquables, au sens de l'article L. 631-1 du code du patrimoine, et leur règlement est applicable dans les conditions prévues au III de l'article 112 de la présente loi. Ce règlement se substitue, le cas échéant, à celui de la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager applicable antérieurement ".

11. Il ressort du règlement du site patrimonial remarquable, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de la commune, que par une délibération du 29 novembre 2012, le conseil municipal d'Antibes a mis à l'étude un projet d'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine, approuvé par une délibération du 18 mai 2018. Dès lors, en application des dispositions citées au point précédent, celui-ci a été instruit puis approuvé conformément aux articles L. 642-1 à L. 642-10 du code du patrimoine dans leur rédaction antérieure à la loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine.

12. D'autre part, aux termes de l'article L. 642-1 du code du patrimoine dans sa rédaction applicable au litige : " B aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine peut être créée à l'initiative de la ou des communes ou d'un établissement public de coopération intercommunale lorsqu'il est compétent en matière d'élaboration du plan local d'urbanisme, sur un ou des territoires présentant un intérêt culturel, architectural, urbain, paysager, historique ou archéologique. / Elle a pour objet de promouvoir la mise en valeur du patrimoine bâti et des espaces dans le respect du développement durable. Elle est fondée sur un diagnostic architectural, patrimonial et environnemental, prenant en compte les orientations du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme, afin de garantir la qualité architecturale des constructions existantes et à venir ainsi que l'aménagement des espaces. / L'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine a le caractère de servitude d'utilité publique ".

13. Et aux termes de l'article L. 642-2 du même code dans sa rédaction applicable au litige : " Le dossier relatif à la création de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine comporte : / () / - un règlement comprenant des prescriptions ; / - et un document graphique faisant apparaître le périmètre de l'aire, une typologie des constructions, les immeubles protégés, bâtis ou non, dont la conservation est imposée et, le cas échéant, les conditions spéciales relatives à l'implantation, à la morphologie et aux dimensions des constructions. / Le règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine contient des règles relatives : / à la qualité architecturale des constructions nouvelles ou des aménagements de constructions existantes ainsi qu'à la conservation ou à la mise en valeur du patrimoine bâti et des espaces naturels ou urbains ; / à l'intégration architecturale et à l'insertion paysagère des constructions, ouvrages, installations ou travaux visant tant à l'exploitation des énergies renouvelables ou aux économies d'énergie qu'à la prise en compte d'objectifs environnementaux ".

14. En l'espèce, les annexes au règlement du site patrimonial remarquable d'Antibes instituent, sur le fondement des dispositions du code du patrimoine citées aux points précédents, un jardin remarquable n°83 englobant la parcelle des requérantes.

15. Le rapport de présentation du site patrimonial remarquable d'Antibes, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de la commune, précise : " Les continuums écologiques correspondent à des espaces dans lesquels la biodiversité est la plus riche ou la mieux représentée, où les espèces peuvent effectuer tout ou partie de leur cycle de vie et où les habitats naturels peuvent assurer leur fonctionnement en ayant notamment une taille suffisante, qui abritent des noyaux de populations d'espèces à partir desquels les individus se dispersent ou qui sont susceptibles de permettre l'accueil de nouvelles populations d'espèces. / () / Dans le cadre de l'AVAP, la trame verte et bleue doit être considérée comme un élément paysager primordial ".

16. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que la parcelle des requérantes constitue un continuum de milieux ouverts. Dans ces conditions, l'identification d'un jardin remarquable sur leur terrain est adéquat au regard de l'objectif poursuivi par les auteurs du site patrimonial remarquable consistant à identifier les composantes de la trame verte en tant qu'élément paysager à protéger. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 642-1 et L. 642-2 du code du patrimoine doit être écarté.

17. En troisième lieu, B part, aux termes de l'article 9.1 du règlement du plan local d'urbanisme dans sa version issue de la révision du 29 mars 2019 relatif au patrimoine paysager : " 1. Le SPR / Dans le cadre du SPR, le patrimoine paysager a fait l'objet B analyse typologique afin d'en identifier l'intérêt et d'en fixer les principes de préservation. Elle se traduit par l'établissement d'un corps de règles pour chaque typologie (cf. règlement et documents graphiques du SPR). / 2. Le PLU / A l'article L.151-19 et L.151-23 du code de l'urbanisme, les éléments de paysage et les immeubles à protéger ou à mettre en valeur pour des motifs d'ordre culturel, historique ou écologique ont été inventoriés afin d'en assurer la pérennité. / Ainsi, les unités de paysage, figurant sur les documents graphiques du règlement, doivent être préservées de tout aménagement et de toute construction en sur-sol (volume au-dessus du terrain naturel) et en sous- sol (volume en dessous du terrain naturel). / Seuls sont autorisés : / - l'aménagement paysager, / - les coupes et abattages d'arbres pour assurer la sécurité des biens et des personnes, éviter les risques sanitaires (allergie par exemple), garantir la qualité phytosanitaire des arbres et enfin réaliser des accès aux impacts paysagers extrêmement limités, / - les aménagements de surface ne compromettant pas le caractère naturel, paysager et historique des lieux (allées, bassins d'agrément, murets en pierres sèches, escaliers), / - les bassins de rétention enterrés ou les bassins à ciel ouvert non maçonnés, / - les dispositifs d'assainissement autonome) ".

18. D'autre part, aux termes de l'article II.3.3.2 du règlement du site patrimonial remarquable applicable en secteur GC : " () / Espaces libres et plantations / () / Jardin remarquable / Les jardins remarquables sont protégés : leur emprise ne peut être réduite. Ils devront être préservés et entretenus ; ils sont identifiés par un numéro sur les plans de détail au 1/2.000e qui renvoie à la liste figurant dans les " Annexes " (cf. pages XXXIII à XXXVII) où ces espaces sont répertoriés. / Afin de respecter l'identité et l'ambiance de ces lieux, tout aménagement paysager devra respecter les données paysagères du site et conserver la pertinence à l'espace environnant. La masse arbustive devra être préservée en adéquation avec les essences existantes ou recommandées dans l'état des lieux du rapport de présentation ".

19. En l'espèce, si les requérantes soutiennent que les dispositions de l'article UD 9 du règlement du plan local d'urbanisme relatives à l'emprise au sol des constructions auraient été suffisantes pour préserver le continuum de milieux ouverts en litige dès lors que celles-ci limitent cette emprise à 15% ou et que les règles s'appliquant dans le périmètre du site patrimonial remarquable, et notamment la nécessité d'obtenir un accord de l'Architecte des bâtiments de France pour toute autorisation d'urbanisme, auraient également été suffisantes pour atteindre cet objectif, il ressort des pièces du dossier que seule l'inconstructibilité des terrains en litige est de nature à permettre la préservation d'un tel continuum. Par suite, le choix des auteurs du plan local d'urbanisme d'interdire toute construction dans l'unité de paysage et le jardin remarquable en litige est adéquat au regard de l'objectif poursuivi de préservation de la biodiversité constitutive des continuums écologiques. Il suit de là que le moyen tiré de la disproportion des règles applicables au sein des unités de paysages à protéger identifiées sur le fondement de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme et des jardins remarquables identifiés par le site patrimonial remarquable doit être écarté.

20. En quatrième lieu, le glossaire du site patrimonial remarquable, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de la commune, précise : " La notion d'espace vert ou d'espace en pleine terre s'étant révélée à l'usage sujette à des interprétations contradictoires, le terme de jardin a été préféré à tout autre substantif pour désigner des surfaces réellement aménagées sur le plan de la composition paysagère et végétale. / Dès lors, qualifier ce qu'est un jardin va consister non pas à dire ce qu'il doit être (au risque de ne pas pouvoir être exhaustif) mais d'énumérer les aménagements de terrain qui ne peuvent pas être reconnus en tant que tel. / Les surfaces considérées en tant que jardin ne comprennent pas : / - l'emprise des constructions, / - les parties du terrain affectées à la circulation automobile ou piétonne telles que : / - les voies de lotissements cédées en propriété divise, les accès internes à la (co)propriété / - les cessions destinées à être incorporées au domaine public pour permettre un élargissement de voie existante ou une création de voie nouvelle, / - l'emprise des piscines, des plages attenantes et des terrasses, / - les aires sur dalles en sous-sol et les terrasses plantées et/ou aménagées en jardin avec moins de 0,80 m de terre végétale, / - les aires de stationnement, sauf dans le cas où celles-ci sont traitées en dalle gazonnée ou sur géotextile et dans la limite de 50% du stationnement extérieur, / - les aires de jeux pour enfants ".

21. B part, contrairement à ce que soutiennent les requérantes, il ressort des pièces du dossier que la parcelle en litige n'entre pas dans le cadre des aménagements de terrain qui ne peuvent être reconnus comme jardin au sens du glossaire du site patrimonial remarquable. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 16 que les auteurs du plan local d'urbanisme n'ont pas commis d'erreur de droit en identifiant sur la parcelle en litige une unité de paysage à protéger sur le fondement de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme et un jardin remarquable au titre du site patrimonial remarquable. Dès lors, la circonstance que leur parcelle aurait été improprement qualifiée de " jardin de deux villas " est sans influence sur l'identification de l'unité de paysage à protéger ou du jardin remarquable. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

22. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 105-1 du code de l'urbanisme : " N'ouvrent droit à aucune indemnité les servitudes instituées par application du présent code en matière de voirie, d'hygiène et d'esthétique ou pour d'autres objets et concernant, notamment, l'utilisation du sol, la hauteur des constructions, la proportion des surfaces bâties et non bâties dans chaque propriété, l'interdiction de construire dans certaines zones et en bordure de certaines voies, la répartition des immeubles entre diverses zones. / Toutefois, une indemnité est due s'il résulte de ces servitudes une atteinte à des droits acquis ou une modification à l'état antérieur des lieux déterminant un dommage direct, matériel et certain. Cette indemnité, à défaut d'accord amiable, est fixée par le tribunal administratif, qui tient compte de la plus-value donnée aux immeubles par la réalisation du plan local d'urbanisme approuvé ou du document en tenant lieu ".

23. Il résulte des dispositions citées au point précédent que seules les atteintes à des droits acquis ou les modifications à l'état antérieur des lieux résultant directement de l'institution de servitudes d'urbanisme peuvent ouvrir droit à indemnisation. A supposer que le document d'urbanisme antérieur ait pu faire naître une plus-value sur la parcelle des requérantes, B part ces dernières ne tenaient aucun droit acquis au maintien de ce document, d'autre part, la servitude constituée par la mise en œuvre de règles de constructibilité plus restrictives, instaurée pour des motifs d'intérêt général, n'entraîne pas en elle-même de modification à l'état antérieur des lieux. Dans ces conditions, les modifications régulièrement apportées à ce document n'ont pu, dès lors, porter atteinte au droit de propriété des requérantes. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

24. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 16 que les auteurs du plan local d'urbanisme n'ont pas commis d'erreur de droit en identifiant sur la parcelle en litige une unité de paysage à protéger sur le fondement de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme et un jardin remarquable au titre du site patrimonial remarquable. La circonstance que d'autres parcelles présenteraient les mêmes caractéristiques et n'auraient pas fait l'objet des mêmes restrictions est inopérante pour apprécier la légalité des classements en litige. En tout état de cause, il résulte des écritures mêmes des requérantes que les parcelles immédiatement voisines sont bâties de sorte qu'elles ne peuvent se prévaloir de ce que leur parcelle, non bâtie, présenterait une situation identique à celles-ci. Il suit de là que ce dernier moyen doit également être écarté.

25. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que les dispositions du plan local d'urbanisme en litige ne sont pas illégales. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté n°1238/20 en date du 27 mai 2020, affiché en mairie et réceptionné en préfecture le même jour et publié au recueil des actes administratifs n°2020/05 de la commune, le maire d'Antibes a donné délégation à M. D à l'effet de prendre tous actes relatifs à l'urbanisme et aux paysages urbains. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mmes E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions présentées aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées également.

Sur les frais liés au litige :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Antibes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mmes E demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mmes E une somme de 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Antibes et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mmes E est rejetée.

Article 2 : Mmes E verseront à la commune d'Antibes une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, à Mme C E et à la commune d'Antibes.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

Mme Sandjo, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SOLER

Le président,

Signé

T. BONHOMMELa greffière,

Signé

M-L. DAVERIO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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