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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106147

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106147

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantANTOINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2021, Mme B C, représentée par Me Antoine, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " ascendant direct à charge d'un citoyen européen " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est ascendante directe à charge d'une citoyenne européenne, à savoir sa fille, laquelle exerce une activité professionnelle en France et dispose de ressources financières suffisantes ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Holzer a été entendu au cours de l'audience publique du 10 mai 2023 à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, Mme C, ressortissante marocaine née en 1960, demande au tribunal d'annuler la décision du 28 septembre 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; /4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". En outre, aux termes de l'article L. 233-2 de ce même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 233-1 du même code : " () / Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. / La charge pour le système d'assistance sociale que peut constituer le ressortissant mentionné à l'article L. 233-1 est évaluée en prenant notamment en compte le montant des prestations sociales non contributives qui lui ont été accordées, la durée de ses difficultés et de son séjour ". Enfin, l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : / () 4° Ascendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'ascendant direct à charge d'un ressortissant de l'Union européenne résidant en France peut bénéficier d'un droit au séjour en cette qualité, à condition que ce ressortissant exerce une activité professionnelle ou qu'il dispose, pour lui et les membres de sa famille, de ressources suffisantes, ces deux conditions étant alternatives et non cumulatives. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, la condition relative à l'exercice d'une activité professionnelle en France doit être regardée comme satisfaite si cette activité est réelle et effective, à l'exclusion des activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires.

4. En l'espèce, Mme C soutient que sa fille, Mme A, est une ressortissante italienne qui exerce une activité professionnelle en France et qui dispose, par ailleurs, de ressources suffisantes pour elle et sa famille afin de ne pas être une charge pour le système d'assistance sociale français. S'il ressort des pièces du dossier que la fille de la requérante est de nationalité italienne, il ressort toutefois de ces mêmes pièces, qu'à la date de la décision attaquée, cette dernière ne justifiait plus d'aucune activité professionnelle. Si la requérante produit un bulletin de salaire de sa fille pour le mois de décembre 2021, cet élément est postérieur à la date de la décision attaquée alors, qu'en tout état de cause, il concerne l'exercice d'une activité professionnelle au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nice en tant que contractuelle dont il n'est précisé ni la nature ni, le cas échéant, la durée de ce contrat de travail. Dans ces conditions, Mme A ne peut être regardée comme exerçant une activité professionnelle réelle et effective, à la date de la décision attaquée. D'autre part, la requérante se borne à produire les bulletins de salaire de sa fille pour les seuls mois de janvier 2021 à juillet 2021 et un avis d'imposition sur les revenus au titre de l'année 2020 révélant un revenu fiscal de référence de 13 116 euros. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa fille dispose de ressources suffisantes pour elle et pour l'ensemble des membres de sa famille pour ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale. Dans ces conditions,

Mme A ne pouvant être regardée comme bénéficiant d'un droit au séjour en France par application du 1° ou 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle dispose du même droit par application du premier alinéa de l'article L. 233-2 de ce même code. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les dispositions de l'article

L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En second lieu, si Mme C soutient qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet des Alpes-Maritimes a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, elle n'apporte toutefois aucun élément à l'appui d'une telle allégation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. HOLZER

Le président,

Signé

T. BONHOMME

La greffière,

Signé

O. MOULOUD

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2106147 2

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