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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106156

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106156

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTRAVERSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 15 novembre 2021, 23 novembre 2022, les 3 et 9 mais 2023, Monsieur B D, représenté par Me Traversini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 novembre 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " avec autorisation de travail dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision du 4 novembre 2021 est insuffisamment motivée ;

- le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande ;

- la décision du 4 novembre 2021 est disproportionnée au regard du respect de son droit à mener une vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 juin 2023 :

- le rapport de M. Combot ;

- et les observations de Me Traversini, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, né le 28 octobre 1987 et de nationalité kosovare, a sollicité du préfet des Alpes-Maritimes la délivrance d'un titre de séjour portant la mention vie privée et familiales. Par une décision du 4 novembre 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté cette demande. M. D demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Par ailleurs, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Il appartient au préfet, saisi d'une demande de titre de séjour par un étranger en vue de régulariser sa situation, de vérifier que la décision de refus qu'il envisage de prendre ne comporte pas de conséquences d'une gravité exceptionnelle sur la situation personnelle de l'intéressé et n'est pas ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. D indique être entré sur le territoire français le 3 février 2019 et y être resté depuis cette date. Il produit une attestation d'hébergement et des factures d'énergie de nature à démontrer qu'il réside de manière habituelle en France depuis ladite date. Par ailleurs, M. D indique être en concubinage avec Mme C E, née le 29 octobre 1989 et titulaire d'un titre de séjour en cours de validité à la date de la décision attaquée. De leur union est née A le 18 juin 2009 au Kosovo et scolarisée en France. Bien qu'il ne produise aucun document démontrant qu'il serait dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, M. D dont la concubine est atteinte d'une pathologie grave, et qui est par ailleurs diplômé d'un baccalauréat professionnel en électrotechnique depuis le 18 septembre 2012, spécialité dans laquelle il a une promesse d'embauche datée du 15 septembre 2021, doit être regardé comme ayant fixé le centre de ses intérêts personnels en France. Par suite, compte tenu de la durée de son séjour et de sa situation particulière, M. D est fondé à soutenir que la décision du 4 novembre 2021 a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par les stipulations et dispositions citées au point 2, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 novembre 2021.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée prononcée par la présente décision implique nécessairement, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que le titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré au requérant. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer ce titre à M. D dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision . Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. D.

Sur les frais liés au litige :

7. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Traversini, avocate de M. D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Traversini une somme de 800 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 4 novembre 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de titre de séjour de M. B D est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. B D dans le délai de deux mois à compter de la notification e la présente décision.

Article 3 : L'Etat versera à Me Traversini une somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Traversini renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. B D, à Me Traversini et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République du tribunal judiciaire de Nice.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

Mme Le Guennec, conseillère ;

M. Combot, conseiller ;

Assistés de Mme Albu, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

J. CombotLe président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Albu

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

C. Albu

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