mercredi 31 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2106207 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LENDOM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Lendom, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 novembre 2021 par laquelle la directrice de la maison d'arrêt de Grasse a prononcé son placement à l'isolement à compter de cette date ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lendom, son avocate, de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée et méconnait l'article R. 57-7-66 du code de procédure pénale dès lors qu'elle ne mentionne pas la date exacte de fin de la mesure contestée ;
- elle méconnaît les articles R. 57-7-62 et R. 57-7-73 du code de procédure pénale, ainsi que la circulaire du 14 avril 2011 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle a été prise en violation du contradictoire et des droits de la défense ;
- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 28 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 12 décembre 2023 à 12 heures.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 janvier 2024 :
- le rapport de Mme Sandjo,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été incarcéré au centre pénitentiaire d'Aix-Luynes, le 3 octobre 2019, puis transféré à la maison d'arrêt de Grasse le 3 novembre 2021, jusqu'au 13 décembre 2021, date à laquelle il a été libéré. Le 3 novembre 2021, il a été placé provisoirement à l'isolement. Puis, le 5 novembre 2021, le directeur de la maison d'arrêt a pris à son encontre une décision initiale de placement à l'isolement. M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée et du non-respect de la procédure contradictoire :
2. Aux termes de l'article 726-1 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne concernée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire ". Aux termes de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale, dans sa version applicable : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initial ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. Le chef d'établissement peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue et à son avocat les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires. Si la personne détenue ne comprend pas la langue française, les informations sont présentées par l'intermédiaire d'un interprète désigné par le chef d'établissement. Il en est de même de ses observations, si elle n'est pas en mesure de s'exprimer en langue française. Les observations de la personne détenue et, le cas échéant, celles de son avocat sont jointes au dossier de la procédure. Si la personne détenue présente des observations orales, elles font l'objet d'un compte rendu écrit signé par elle. / (). / La décision est motivée. Elle est notifiée sans délai à la personne détenue par le chef d'établissement. ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-76 de ce code, dans sa version applicable au litige : " Il peut être mis fin à la mesure d'isolement à tout moment par l'autorité qui a pris la mesure ou qui l'a prolongée, d'office ou à la demande de la personne détenue ".
3. Aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe général du droit n'impose au chef d'établissement qui décide de placer, en vue de maintenir l'ordre public carcéral, ou de prévenir toute atteinte à celui-ci, une personne détenue à l'isolement, de préciser la durée exacte de la mesure, laquelle ne peut en tout état de cause, hors prolongation décidée dans les formes légales et réglementaires, excéder une durée de trois mois. Au demeurant, il peut être mis fin à la mesure soit d'office par l'autorité qui a pris la décision, soit à la demande de la personne détenue. Il appartient ainsi au chef d'établissement de moduler la mesure, qui constitue une mesure de police, et non une sanction disciplinaire, en fonction des impératifs du retour à l'ordre public ou de la prévention du renouvellement des risques de troubles, lesquels impératifs ne sont pas nécessairement déterminables dès l'intervention de la mesure de placement à l'isolement, et sont susceptibles d'évoluer en cours d'exécution de la mesure.
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, la décision attaquée vise les articles du code de procédure pénale dont elle fait application, énonce de manière suffisamment détaillée les faits qui ont conduit à l'incarcération de l'intéressé et mentionne les incidents disciplinaires qui ont jalonné son parcours carcéral. Elle fait également état des difficultés d'adaptation à la détention ordinaire rencontrées par celui-ci et le comportement inadapté de l'intéressé au sein de l'établissement pénitentiaire. Enfin, elle souligne que cette mesure constitue l'unique moyen de préserver la sécurité des personnels au sein de l'établissement et de prévenir tout risque de trouble en détention. La décision litigieuse comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait ainsi à l'obligation de motivation prévue à l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale cité au point 2. D'autre part, le placement à l'isolement de M. A, décidé le 5 novembre 2021, s'est achevé 13 décembre 2021, en raison de sa libération en fin de peine, et a été, ainsi, d'une durée inférieure à 3 mois. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été informé, le 3 novembre 2021, de l'intention de la direction de l'établissement pénitentiaire de prolonger le placement en isolement dont il faisait l'objet. La lettre d'information du 3 novembre 2021, notifiée sur place à l'intéressé, comportait l'indication de la possibilité qui lui était ouverte de se faire assister par un conseil et de la faculté de bénéficier de l'aide juridictionnelle à cet effet. Il ressort également des pièces du dossier que Me Lendom s'est constituée, le 4 novembre 2021, en qualité de conseil de M. A, qu'elle a obtenu communication des pièces du dossier de M. A et qu'ils ont chacun pu présenter des observations orales lors d'une audition tenue le 5 novembre 2021, à l'issue de laquelle la décision contestée a été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation :
6. Aux termes de l'article R. 57-7-66 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " Le chef d'établissement décide de la mise à l'isolement pour une durée maximale de trois mois. Il peut renouveler la mesure une fois pour la même durée. () ". L'article R. 57-7-62, dans sa version applicable au litige, dispose que : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire ". Aux termes de l'article R. 57-7-73 du même code, dans sa version applicable au litige : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé / L'avis écrit du médecin intervenant dans l'établissement est recueilli préalablement à toute proposition de renouvellement de la mesure au-delà de six mois et versé au dossier de la procédure ".
7. Il résulte de ces dispositions que, d'une part, le placement à l'isolement d'un détenu doit être justifié par la nécessité de prévenir les atteintes à la sécurité publique. Lorsqu'elle décide de placer un détenu à l'isolement ou lorsqu'elle prolonge une telle mesure, l'administration doit, d'une part, tenir compte de la personnalité de celui-ci, de sa dangerosité et de son état de santé et, d'autre part, se fonder sur des éléments circonstanciés de nature à établir que, à la date de sa décision, le maintien de l'intéressé en détention ordinaire est susceptible de créer un risque pour la sécurité des personnes ou pour l'ordre interne à l'établissement pénitentiaire. D'autre part, saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de mise à l'isolement, le juge administratif ne peut censurer l'appréciation portée par l'administration pénitentiaire quant à la nécessité d'une telle mesure qu'en cas d'erreur manifeste.
8. En premier lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la circulaire du 14 avril 2011 relative au placement à l'isolement des personnes détenues invitant l'administration pénitentiaire à tenir compte de l'impact de la mesure d'isolement sur l'état psychique de la personne détenue dans la mesure où cette circulaire, qui ne présente aucun caractère impératif, se borne à adresser des recommandations aux services.
9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, le 27 juin 2021, le requérant s'est retranché sur un toit de l'établissement pénitentiaire en revendiquant ses frais de cantine, qu'il a refusé d'obtempérer aux demandes du personnel de surveillance de regagner sa cellule et a jeté des pierres en leur direction. Il ressort également du dossier que le 21 juin 2021, il avait fait l'objet d'une sanction disciplinaire pour avoir refusé de réintégrer sa cellule, et a proféré des menaces à l'encontre du personnel de surveillance lors de son audition par le conseil de discipline. En outre, il a été condamné à plusieurs peines de prison, en mars et mai 2019, par le tribunal correctionnel d'Avignon. Enfin, il a été condamné le 11 septembre 2020 à une peine de huit mois d'emprisonnement pour des faits de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Dans ces conditions, compte tenu de la gravité des incidents relevés, du comportement du requérant et des menaces répétées proférées contre les personnels pénitentiaires, la directrice de la maison d'arrêt de Grasse a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, décider de le placement à l'isolement de M. A par sa décision du 5 novembre 2021. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation personnelle et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
10. En troisième lieu, dès lors que le placement à l'isolement de M. A est justifié par des impératifs de sécurité, la circonstance que cette décision soit intervenue après son transfert à la maison d'arrêt de Grasse, alors que les faits de violence qui lui sont reprochés sont antérieurs à ce transfert, ne permet pas d'établir que cette décision est entachée d'un détournement de pouvoir. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
12. Si M. A soutient que le maintien de son équilibre de santé mentale est incompatible avec son placement à l'isolement dès lors notamment qu'il a avait fait l'objet d'un suivi psychiatrique avant son transfert à la maison d'arrêt de Grasse, il n'apporte aucun élément circonstancié de nature à établir que son état de santé était, à la date de la décision contestée, incompatible avec un isolement. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de la décision en litige, l'état de santé de M. A était incompatible avec un placement initial en isolement pour une durée, dont il ressort des pièces du dossier qu'elle a été inférieure à trois mois, en raison de la libération du requérant le 13 décembre 2021, alors en outre, que l'intéressé a bénéficié, conformément aux dispositions de l'article R. 57-7-62 du code de procédure pénale alors applicable, du droit au maintien de ses liens familiaux par téléphone, courrier et visites, d'une heure quotidienne de promenade, qu'il a disposé du droit d'écouter la radio et de regarder la télévision, ainsi que d'un droit à utiliser les équipements sportifs du centre et suivre des cours par correspondance. Il n'a ainsi pas été soumis à un isolement sensoriel et social total. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que la décision en litige ne saurait être regardée comme exposant, à la date à laquelle elle a été prise, M. A à un traitement inhumain et dégradant. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, dès lors, qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il attaque. Par suite, la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Lendom.
Copie en sera adressée à la directrice de la maison d'arrêt de Grasse.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bonhomme, président,
Mme Soler, conseillère,
Mme Sandjo, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.
La rapporteure,
Signé
G. SANDJO
Le président,
Signé
T. BONHOMMELa greffière,
Signé
M-L. DAVERIO
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026