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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106319

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106319

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106319
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBAKARY AFISSOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2021, Mme B A, représentée par Me Bakary, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 octobre 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer le titre de séjour sollicité sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît la circulaire NOR INTK1229185 C du 28 novembre 2012 ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 27 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,

- et les observations de Me Bakary, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante comorienne née le 12 avril 1988, a sollicité auprès du préfet des Alpes-Maritimes son admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Elle demande au tribunal, par la présente requête, de prononcer l'annulation de la décision du 20 octobre 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, la décision en litige, qui vise notamment les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte les considérations de faits et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à faire valoir que la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation en fait.

3. En deuxième lieu, s'il est constant que la demande de titre de séjour de Mme A a été déposée préalablement au mois d'octobre 2021, date de la décision attaquée, et non le 11 décembre 2021 comme l'indiquent les termes de cette dernière, cette erreur constitue une erreur de plume qui, aussi regrettable qu'elle soit, est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse et ne saurait davantage révéler un défaut d'examen sérieux de la situation de la requérante. Le moyen tiré de cette erreur de fait doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, s'il est constant que la décision litigieuse ne mentionne que l'enfant de la requérante et non le premier enfant de son compagnon né d'une précédente union, une telle omission n'est cependant pas constitutive d'une erreur de fait. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, Mme A ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors d'une part, qu'elle n'a pas déposé de demande de séjour sur ce fondement et d'autre part, qu'il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet n'a pas spontanément procédé à l'examen de sa situation au regard de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sera écarté.

6. En cinquième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, dès lors que les critères de régularisation y figurant ne présentent pas le caractère de lignes directrices susceptibles d'être invoquées mais constituent de simples orientations pour l'exercice, par le préfet, de son pouvoir de régularisation. Ce moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

7. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. Si Mme A se prévaut de son concubinage depuis le mois de mars 2020 avec un compatriote titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 14 juillet 2022, avec qui elle a eu un enfant né à Nice le 26 mars 2021, les pièces qu'elle produit au soutien de ses allégations ne permettent d'établir la vie commune des intéressés, au plus tôt, qu'à compter du mois d'avril 2021, soit quelques mois avant la décision litigieuse. En outre, si elle fait valoir que son concubin est père d'un enfant français né d'une précédente union dont elle s'occupe, elle ne produit aucune pièce permettant d'établir la nationalité française de ce dernier. Enfin, si Mme A se prévaut de ses qualifications et des diplômes dont elle est titulaire, elle ne fait état d'aucune insertion professionnelle au sein de la société française. Dans ces conditions, et eu égard en particulier au caractère très récent de sa présence en France et de son concubinage à la date de la décision litigieuse, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur d'appréciation doivent être écartés.

9. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

10. Si Mme A se prévaut de la présence et de la scolarisation en France du fils de son concubin, un compatriote titulaire d'une carte pluriannuelle d'une durée de deux ans valable jusqu'en juillet 2022, elle n'établit pas, ainsi qu'elle le fait valoir, qu'il serait de nationalité française. Par ailleurs, si elle se prévaut de la naissance de son enfant en France en mars 2021, rien ne fait obstacle, eu égard notamment au jeune âge des deux enfants, à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine de la requérante et de son concubin. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

11. En huitième et dernier lieu, au vu de ce qui a été dit aux points 2 à 10, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision litigieuse que le préfet des Alpes-Maritimes aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

S. Kolf

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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