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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106321

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106321

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106321
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Almairac, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mai 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, cette dernière renonçant par avance à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 17 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le traité sur le fonctionnement C européenne ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,

- et les observations de Me Petit, substituant Me Almairac, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 16 avril 1995, a sollicité auprès du préfet des Alpes-Maritimes un titre de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen C européenne. Il demande au tribunal d'annuler la décision du 25 mai 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté cette demande.

2. En premier lieu, la décision litigieuse, qui vise les textes applicables, et notamment les dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que M. B et son épouse ne disposent pas de ressources suffisantes au sens de ces dispositions, précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ces stipulations ne font, toutefois, pas obstacle, en l'absence de dispositions incompatibles expresses, à ce que les ressortissants algériens, en leur qualité de conjoint de citoyens C européenne, se prévalent des dispositions précitées des articles L.233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui assurent la transposition en droit interne, de la directive 2004/38/CE du parlement européen et du conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens C et des membres de leur famille de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres.

4. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'accord franco-algérien, la décision attaquée faisant état d'une demande de titre de séjour en qualité de membre de famille de citoyens C européenne. Or, ainsi qu'il a été dit au point précédent, une telle demande n'est pas régie par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir sur le préfet des Alpes-Maritimes aurait commis une erreur de droit en ne se référant pas à cet accord dans son arrêté. En outre, il n'établit pas davantage avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 5) de l'article 6 de cet accord ni que le préfet aurait examiné sa situation au regard de ces stipulations. Par suite, il ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces stipulations pour contester la décision du préfet.

5. En troisième lieu, l'article 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil, du 29 avril 2004, relative au droit des citoyens C et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, tel qu'interprété par la Cour de justice C européenne, notamment dans les arrêts C-413/99 du 17 septembre 2002, C- 200/02 du 19 octobre 2004, C-34/09 du 8 mars 2011 et C-86/12 du 10 octobre 2013, confère au ressortissant mineur d'un Etat membre, en sa qualité de citoyen C, ainsi que, par voie de conséquence, au ressortissant d'un Etat tiers, parent de ce mineur et qui en assume la charge, un droit de séjour dans l'Etat membre d'accueil à la double condition que cet enfant soit couvert par une assurance maladie appropriée et que le parent qui en assume la charge dispose de ressources suffisantes.

6. M. B se prévaut de sa qualité de père de cinq enfants ressortissants C européenne de nationalité hongroise, scolarisés en France. S'il fait valoir que son épouse, également ressortissante hongroise, et lui-même, disposent des ressources suffisantes pour assumer la charge de leurs enfants, il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment de l'avis d'imposition 2021 sur les revenus 2020, que le couple n'a perçu qu'un revenu de 4 114 euros au titre de l'année. En outre, si le requérant se prévaut des emplois occupés par son épouse, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'a conclu, antérieurement à la décision attaquée, que deux contrats à durée déterminée pour des durées très courtes, et qu'elle ne justifiait d'aucune activité à la date de la décision attaquée, s'étant inscrite à une formation dans le cadre de Pôle emploi à compter du 28 juin 2021, soit postérieurement à la décision attaquée. Enfin, le requérant n'établit pas davantage, en produisant les statuts d'une société dont il serait le gérant, une demande d'autorisation de travail le concernant ainsi qu'un contrat à durée indéterminée conclu par son épouse avec cette société postérieurement à la décision attaquée, qu'il disposait de ressources provenant de cette activité. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B disposait des ressources suffisantes pour assumer la charge de ses enfants ni, en tout état de cause, que son épouse disposerait d'une activité professionnelle. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes qui pouvait, pour ce seul motif, rejeter sa demande de titre de séjour, a commis une erreur de droit.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. Si M. B fait valoir qu'il réside en France avec son épouse, une ressortissante hongroise, et leurs 5 enfants âgés de huit à un an à la date de la décision attaquée, dont les deux derniers sont nés en France en 2019 et 2020, et qui sont tous scolarisés en France, depuis 2018, il n'établit, par les pièces qu'il produit, y résider habituellement que depuis l'année 2019, soit depuis environ deux ans à la date de la décision litigieuse. S'il se prévaut de la scolarisation de ses enfants en France ainsi que du suivi dont bénéficie son fils aîné atteint d'un lourd syndrome autistique, il n'établit pas que la scolarité de ses enfants ne pourrait, au vu notamment de leur jeune âge, se poursuivre ailleurs qu'en France, et notamment en Hongrie, pays dont son épouse et ses enfants sont ressortissants. En outre, M. B n'établit ni même n'allègue qu'une prise en charge des troubles autistiques de son fils ne serait pas possible ailleurs qu'en France et notamment en Hongrie. Dans ces conditions, et eu égard au caractère récent de son séjour en France et alors qu'il résulte de ce qui a été dit précédemment que son épouse ne bénéficie pas en France d'un droit au séjour, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'il a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Si M. B fait valoir que l'intérêt supérieur de ses enfants commande qu'il soit admis au séjour en France dès lors que ces derniers y sont scolarisés, il n'est pas démontré, ainsi que cela a été dit au point 8 du présent jugement, que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer hors de France et en particulier en Hongrie ni que la scolarisation de ses enfants ne pourrait se poursuivre dans ce pays au regard de leur jeune âge à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

11. En sixième et dernier lieu, au vu de ce qui a été dit aux points 2 à 10 du présent jugement, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision litigieuse que le préfet des Alpes-Maritimes a omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des frais engagés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

Assistés de Mme Sussen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

signé

S. KOLF

La présidente,

signé

J. MEAR

La greffière,

signé

C. SUSSEN

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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