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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106358

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106358

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106358
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDARRAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 décembre 2021 et le 30 mars 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Le Petit Palace de Giuliano, représentée par Me Darras, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes lui a refusé la possibilité de procéder au dépôt de formulaires papiers de demandes d'aides au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises cofinancé par l'Etat et les régions à raison des pertes d'exploitation constatées au cours des mois de novembre 2020 à février 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui verser la somme de 43 810,20 euros au titre de l'aide à laquelle elle a droit pour la période allant du mois de novembre 2020 au mois de février 2021 ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 15 000 euros en réparation du préjudice subi ;

4°) de mettre une somme de 3 500 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est disproportionnée ;

- le refus de l'administration fiscale d'enregistrer ses demandes d'aide et le retard de versement engendré lui ont causé un préjudice financier qu'il convient d'indemniser à hauteur de 15 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 février et 2 juin 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables ;

- aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2009-707 du 19 juin 2009 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Le Petit Palace de Giuliano, qui exploite un établissement de restauration rapide sis à Beaulieu-sur-Mer, demande l'annulation de la décision du 28 septembre 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes lui a refusé la possibilité de procéder au dépôt de formulaires papiers de demandes d'aides au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises cofinancées par l'Etat et les régions à raison des pertes d'exploitation constatées au cours des mois de novembre 2020 à février 2021. Elle demande également le versement d'une somme au titre du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait du non-traitement de sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du décret du 30 mars 2020 : " Le directeur général des finances publiques est chargé de la gestion du fonds () ". Selon l'article 2 du décret du 16 juin 2009 relatif aux services déconcentrés de la direction générale des finances publiques : " Les directions départementales des finances publiques assurent la mise en œuvre, dans le ressort territorial du département, sans préjudice des compétences dévolues à d'autres services déconcentrés et services à compétence nationale de la direction générale des finances publiques, des missions dévolues à cette direction générale : () / 5° Le contrôle et le paiement des dépenses publiques () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que le fonds de solidarité est géré par les agents des directions départementales des finances publiques, dont fait partie M. A, administrateur des finances publiques adjoint au sein de la direction départementale des finances publiques des Alpes-Maritimes et signataire de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ".

5. La décision litigieuse, par laquelle le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes a refusé à la société requérante la possibilité de procéder au dépôt de formulaires papiers de demandes de fonds de solidarité pour les mois allant de novembre 2020 à février 2021, n'entre dans aucun des cas visas aux 1° à 8° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration qui énumèrent limitativement les décisions devant faire l'objet d'une motivation. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.

6. En troisième et dernier lieu, la société Le Petit Palace de Giuliano ne saurait utilement se prévaloir d'une atteinte disproportionnée portée à son droit d'entreprendre et de la circonstance que l'octroi des aides dont elle entend demander le bénéfice serait nécessaire à la survie de son activité pour contester la légalité de la décision litigieuse.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la société Le Petit Palace de Giuliano doivent, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. D'une part, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 du présent jugement qu'aucune illégalité fautive n'entache la décision litigieuse du 28 septembre 2021. Par suite, la responsabilité de la direction départementale des finances publiques des Alpes-Maritimes ne saurait être engagée sur ce fondement.

9. D'autre part, la direction départementale des finances publiques des Alpes-Maritimes fait valoir, dans son mémoire en défense, sans être contestée par la requérante sur ce point, lui avoir accordé un montant de 14 415 euros au titre de l'aide exceptionnelle pour les mois de janvier et février 2021. La société requérante, si elle fait valoir avoir subi un préjudice du fait du retard dans le versement des subventions, n'établit pas les difficultés de trésorerie que ce retard aurait engendrées ni, par suite, la réalité du préjudice subi.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la société Le Petit Palace de Giuliano doivent, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme dont la société requérante demande le versement au titre des frais engagés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Le Petit Palace de Giuliano est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société par actions simplifiée Le Petit Palace de Giuliano et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

S. Kolf

La présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert

La greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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