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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106376

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106376

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. FAY
Avocat requérantSCP E. MONCHO - E. VOISIN-MONCHO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 décembre 2021 et 14 janvier 2022, M. F E, représenté par l'association tutélaire des personnes protégées des Alpes méridionales, ayant pour avocat Me Emmanuel Voisin-Moncho, avocat au Barreau de Grasse, demande au tribunal :

* d'annuler la décision en date du 28 septembre 2021 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

* de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

* de mettre à la charge de l'État les entiers dépens.

M. E doit être regardé comme soutenant que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de justice administrative.

Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;

* les observations de Mme C pour le préfet des Alpes-Maritimes ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, majeur protégé, placé sous curatelle renforcée de l'association tutélaire des personnes protégées des Alpes méridionales par jugement du tribunal d'instance de Nice du 26 juillet 2018, a saisi la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation pour menace d'expulsion sans relogement. La commission a rejeté cette demande par une décision en date du 28 septembre 2021 au motif que si le requérant a reçu un commandement de quitter les lieux le 25 mai 2021 pour le 25 juillet 2021, il ne justifie pas d'un jugement d'expulsion effectif à ce jour, que des incohérences ont été relevées dans ses déclarations, l'intéressé sollicitant un relogement avec un enfant majeur né en 1996 dans sa demande de logement social alors qu'il n'en fait pas mention dans son recours amiable et qu'il ne justifie pas de cette situation malgré l'appel de pièce en date du 29 juillet 2021. M. E demande l'annulation de la décision de la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en date du 28 septembre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision en date du 28 septembre 2021

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " et aux termes du premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, (). / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est () menacé d'expulsion sans relogement () " Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement () / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; (). ".

3. Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes tendant à être déclaré prioritaire et devant être logé d'urgence relèvent du contentieux de l'excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un recours formé à l'encontre d'une décision de la commission de médiation refusant à un demandeur de le reconnaître prioritaire pour l'accès à un logement décent et indépendant dans le cadre du droit garanti par l'État selon les dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, d'apprécier l'urgence et le caractère prioritaire de la demande de logement à la date de la décision attaquée.

4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation que l'appartenance à l'une des catégories mentionnées par la loi ne suffit pas à elle seule à rendre éligible la demande de logement. Il faut également que la situation du demandeur présente un caractère d'urgence sur lequel la commission de médiation dispose d'un large pouvoir d'appréciation. Pour apprécier ce caractère d'urgence, la commission de médiation doit se fonder sur tous les éléments relatifs à la situation du demandeur. Le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur le fondement d'un autre alinéa du II de l'article L. 441-2-3 que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

5. Pour contester l'appréciation faite de sa situation par la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes, M. E soutient qu'il fait l'objet d'un jugement d'expulsion et que l'association tutélaire des personnes protégées des Alpes méridionales a produit les pièces demandées le 29 juillet 2021 par lettre recommandée avec accusé de réception en date du 7 septembre 2021. A l'appui de ses allégations, le requérant produit, d'une part, le courrier de l'association tutélaire des personnes protégées des Alpes méridionales en date du 7 septembre 2021 qui précise, notamment que M. E et sa compagne, Mme B D, également majeure protégée, ont trois enfants dont un vivant sous leur toit et qu'ils n'auraient perçu aucune ressource d'après les éléments en possession de sa curatelle et, d'autre part, l'ordonnance de référé du tribunal d'instance de Cagnes sur mer du 6 mars 2019 ordonnant son expulsion à défaut du paiement d'une seule des 35 mensualités d'un montant de 275 euros au titre d'un arriéré locatif d'un montant de 9 804,56 euros arrêté au 6 mars 2019 et de paiement d'une seule échéance du loyer courant. En défense, le préfet fait valoir que le juge des référés a suspendu les effets de la clause résolutoire du bail conclu entre les parties tant que le requérant s'acquitte de ses mensualités. Cependant, le préfet ne conteste pas qu'antérieurement à la date de la décision attaquée, un commandement de quitter au 25 juillet 2021 a été adressé le 25 mai 2021 à M. E et à sa compagne pour défaut de respect des délais de paiement octroyés par le juge de référé. Ainsi, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. E faisait l'objet d'une décision de justice effective prononçant l'expulsion du logement et que, sa curatelle avait expressément précisé la composition de la cellule familiale et la présence d'un enfant majeur sans ressource en cohérence avec la demande de logement social, étant observé que le requérant a introduit son recours amiable devant la commission de médiation sans son curateur. Par suite, en motivant son refus sur la circonstance que le requérant ne justifiait pas d'un jugement d'expulsion effectif au jour de la décision et qu'il ne justifiait pas des incohérences relevées entre sa demande de logement social et son recours amiable, la commission de médiation a fait de la situation de M. E une appréciation manifestement erronée. Il s'ensuit que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision en date du 28 septembre 2021.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision en date du 28 septembre 2021 doit être annulée.

Sur l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " et aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. "

8. M. E, pour le compte de qui les conclusions relatives à l'application de l'article L. 761.1 du code de justice administrative sont présentées, n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'État au titre de l'aide juridictionnelle qui lui a été allouée et Me Voisin-Moncho, avocat du requérant, n'a pas demandé, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la mise à la charge de l'État de la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamés à sa cliente si cette dernière n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, les conclusions de M. E tendant à l'application de l'article L. 761.1 du code de justice administrative ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions tendant à ce que l'État soit condamné aux dépens

9. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'État peut être condamné aux dépens ".

10. Aucune des mesures d'instruction visées par ces dispositions n'ayant été décidées, les conclusions tendant à ce que l'État soit condamné aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en date du 28 septembre 2021 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. F E, à l'association tutélaire des personnes protégées des Alpes méridionales, à Me Emmanuel Voisin-Monchot et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

D. ALa greffière,

signé

P. GODEAU

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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