mercredi 20 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2106395 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | PALOUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 décembre 2021 et 29 septembre 2022, Mme C G, représentée par Me Paloux, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 juin 2021 par lequel le maire de Gréolières ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par Mme D portant notamment sur la surélévation et la modification de la façade de sa maison située sur la parcelle cadastrée section G n°946, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- le dossier joint à la déclaration préalable de travaux est incomplet en l'absence de notice architecturale, de documents photographiques permettant de situer le terrain dans l'environnement proche et en raison d'une représentation partielle de l'aspect extérieur de la construction ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UA 5 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune et est entaché d'une erreur d'appréciation.
Par des mémoires en défense enregistrés les 16 février 2022 et 8 septembre 2023, la commune de Gréolières conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2022, Mme E D, représentée par Me Parracone, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et en tout état de cause à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ne sont pas applicables s'agissant un recours contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ;
- la requérante n'a pas d'intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 12 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 novembre 2023.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait le maire de Gréolières pour s'opposer à la déclaration de travaux déposée dès lors que le projet était soumis à l'obligation d'obtenir un permis de construire en raison de la création d'une surface de plancher nouvelle supérieure à 20 m².
Par des courriers enregistrés les 11 et 26 janvier 2024, la commune de Gréolières a répondu au moyen d'ordre public soulevé.
Par un mémoire enregistré le 16 janvier 2024, Mme G a répondu au moyen d'ordre public soulevé.
Par une lettre du 15 février 2024, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la possibilité pour le tribunal de surseoir à statuer sur la requête, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, afin de permettre la délivrance éventuelle d'une décision de non-opposition à déclaration préalable régularisant le vice tiré de ce que le projet méconnaît les dispositions du c) de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme dès lors que l'absence de représentation de la façade de la partie arrière du bâtiment projeté (partie sur laquelle un premier étage sera créé) et de toute indication à ce sujet n'a pas permis à la commune de s'assurer du respect des dispositions de l'article UA 5 du règlement du plan local d'urbanisme.
Par un courrier enregistré le 16 février 2024, la commune de Gréolières a présenté des observations.
Par un courrier enregistré le 19 février 2024, Mme D a présenté des observations.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement informées du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 février 2024 :
- le rapport de Mme Soler, rapporteure,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,
- et les observations de M. B pour la commune de Gréolières.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G est propriétaire de la parcelle cadastrée section G n°104 située sur le territoire de la commune de Gréolières. Mme D est propriétaire de la parcelle cadastrée section G n°946. Cette dernière a déposé, le 1er avril 2021, une déclaration préalable de travaux portant notamment sur la surélévation de sa maison et la modification de la façade. Par un arrêté du 2 juin 2021, le maire de Gréolières ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable. Par un courrier, reçu le 12 août 2021 par la commune, Mme G a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Aucune réponse n'ayant été apportée à sa demande, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 juin 2021, ensemble de la décision implicite rejetant son recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir de la requérante :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er janvier 2019 : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une décision de non-opposition à déclaration préalable de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Pour l'application de ces dispositions et eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. D'une part, contrairement à ce que fait valoir la déclarante en défense, les dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, dans leur rédaction applicable au litige, sont bien opposables aux recours pour excès de pouvoir formés contre une décision de non-opposition à déclaration préalable.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme G bénéficie de la qualité de voisine immédiate du projet en litige. Il ressort par ailleurs du procès-verbal de constat d'huissier du 12 novembre 2021 qu'elle produit, que la façade Nord de la construction litigieuse est située à 5 mètres de son logement et que le toit actuel de la maison de Mme D est situé en-dessous du niveau de la fenêtre du premier étage. Elle fait valoir que le projet en litige, qui consiste en la surélévation d'un étage de la construction de Mme D, va entraîner la réalisation d'un mur devant cette fenêtre, lui causant un préjudice de vue. Il ressort des plans de coupe joints à la déclaration préalable en litige, que le projet a bien pour objet de créer un étage supplémentaire en façade Nord, de sorte que la construction projetée est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien détenu par Mme G. Dès lors, cette dernière a intérêt pour agir à l'encontre du projet litigieux et par suite la fin de non-recevoir opposé en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur l'incompétence alléguée de l'auteur de l'acte :
6. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Selon l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. / () ". Aux termes de l'article L. 2131-1 du même code dans sa rédaction applicable au litige : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage () ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement () ". L'article L. 2131-2 précise, dans sa rédaction applicable au litige, que : " Sont soumis aux dispositions de l'article L. 2131-1 les actes suivants : / () 3° Les actes à caractère réglementaire pris par les autorités communales dans tous les autres domaines qui relèvent de leur compétence en application de la loi () ".
7. L'arrêté contesté du 2 juin 2021 a été signé pour le maire de Gréolières par M. F A, adjoint délégué à l'urbanisme. La commune de Gréolières a versé aux débats l'arrêté n°30/2020 du 23 mai 2020 par lequel le maire a donné délégation de signature à M. F A à l'effet de signer tous actes en matière d'urbanisme. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du tampon apposé sur cet arrêté, que celui-ci a été réceptionné par les services de la préfecture le 25 mai 2020 et qu'il a été transmis au contrôle de légalité. En outre, la commune justifie de ce que l'arrêté n°30/2020 du 23 mai 2020 a été publié au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.
Sur l'incomplétude alléguée du dossier joint à la déclaration préalable de travaux :
8. Aux termes de l'article R.*431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / () / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; / () / Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10, à l'article R. 431-14, aux a, b, c, g, q et r de l'article R. 431-16 et aux articles R. 431-18, R. 431-18-1, R. 431-21, R. 431-23-2, R. 431-25, R. 431-31 à R. 431-33 et R. 431-34-1. / () / Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. / () ". Aux termes de l'article R.*431-14 du même code : " Lorsque le projet porte sur des travaux nécessaires à la réalisation d'une opération de restauration immobilière au sens de l'article L. 313-4 ou sur un immeuble inscrit au titre des monuments historiques, sur un immeuble situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, la notice mentionnée à l'article R. 431-8 indique en outre les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux ". Et aux termes de l'article R.*431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / () / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".
9. La circonstance que le dossier joint à la déclaration préalable de travaux ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité la décision de non-opposition qui a été accordée, que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
10. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France du 20 avril 2021, que le projet est situé dans les abords de plusieurs monuments historiques. Contrairement à ce que soutient la requérante, le dossier joint à la déclaration préalable de travaux comprend une notice architecturale. Celle-ci précise notamment, que les tuiles actuelles en bon état seront réemployées pour couvrir la toiture de l'étage supplémentaire créé, que la couverture sera posée sur des plaques support de tuiles de type " flexoutuile ", que la gouttière et la descente des eaux pluviales seront en zinc, que la façade principale sera traitée avec un enduit à la chaux et recouverte d'un badigeon à la chaux, que les menuiseries des portes et fenêtres seront en bois naturel recoupés de petits bois, et que les volets seront en bois. Ainsi, la notice jointe à la déclaration préalable de travaux sorte précise les matériaux utilisés par le projet et apporte également des précisions suffisantes sur les modalités d'exécution des travaux. Dès lors, la décision de non-opposition préalable en litige a été délivrée conformément aux dispositions de l'article R.*431-14 du code de l'urbanisme et par suite, la première branche du moyen doit être écartée.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article UA 5 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère : " () / Les façades secondaires ou aveugles doivent être traitées avec le même soin que les façades principales. / 1.1 Façades : / Elles n'ont qu'un seul aplomb depuis l'égout du toit jusqu'au sol et sont enduites et teintées avec des couleurs en harmonie avec la masse des constructions anciennes. Seuls les enduits talochés ou redressés à la truelle sont admis. Toutefois, les murs de soutènement en pierres sèches, les perrons d'entrée, pourront être laissés sans enduit ainsi que les encadrements de portes et fenêtres lorsqu'ils seront en pierre de taille. / Les enduits dits " tyroliens " ou projetés mécaniquement sont interdits. / Les façades peuvent cependant être lissées au mortier de chaux naturelle, sans emploi de ciment foncé. / Les façades sur rues et sur cours des constructions doivent être constituées de matériaux traditionnels de la région. / Les canalisations d'évacuation des eaux pluviales devront être placées verticalement. / A l'occasion des ravalements de façades, les décors peints existants ou découverts devront être impérativement restaurés. / () ".
12. En l'espèce, il ressort du dossier joint à la déclaration préalable de travaux en litige, qu'aucune indication n'est produite par la déclarante concernant le traitement de la façade de la partie arrière du bâtiment projeté. Par ailleurs, si un plan de cette façade est produit conformément aux dispositions du a) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, aucune représentation graphique de celle-ci n'est jointe à la déclaration en méconnaissance des dispositions du c) de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme. Si la commune fait valoir en défense que le plan de coupe BB montre les façades du bâti arrière existantes et les modifications projetées, il ressort de la lecture de ce plan de coupe que celui-ci ne précise ni les matériaux, ni la couleur de celle-ci, de sorte que la requérante est fondée à soutenir que l'insuffisance du dossier à cet égard a été de nature à fausser l'appréciation portée par le service instructeur sur la conformité du projet aux dispositions de l'article UA 5 du règlement du plan local d'urbanisme. A cet égard, contrairement à ce que fait valoir la commune en défense, la circonstance que cette façade de la partie arrière du bâtiment projeté ne serait pas visible depuis les monuments historiques dont le projet est situé dans les abords est inopérante pour s'assurer du respect des dispositions de cet article du règlement du plan local d'urbanisme. Dès lors, l'arrêté en litige a été délivré en méconnaissance des dispositions du c) de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme.
13. En troisième lieu, et d'une part, s'il est constant qu'aucune photographie n'est jointe s'agissant de la façade de la partie arrière du bâtiment projeté, il ressort toutefois des pièces du dossier, que cette façade, enserrée entre plusieurs bâtiments, n'est pas en situation de co-visibilité depuis les monuments historiques dont le projet est situé dans les abords. Ainsi, alors que les dispositions du d) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ne s'appliquent à une déclaration préalable de travaux que si le projet est situé dans les abords d'un monument historique, cette insuffisance n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable qui a fait, au demeurant, l'objet d'un avis favorable avec prescriptions de l'architecte des Bâtiments de France en date du 20 avril 2021. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, que le dossier joint à la déclaration préalable de travaux en litige comporte deux photographies de l'environnement proche du projet depuis la rue. Par ailleurs, les documents graphiques d'insertion joints au dossier ainsi que le plan de situation ont également permis au service instructeur d'apprécier le paysage lointain du projet. Par suite, et alors qu'aucune photographie de loin n'était possible en raison de l'étroitesse de la voie publique, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du d) l'article R.*431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté.
Sur la méconnaissance alléguée des dispositions de l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme :
14. Aux termes de l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la volumétrie et à l'implantation des constructions : " () / Hauteur des constructions / La hauteur maximale des constructions ne pourra dépasser celle du bâtiment limitrophe le plus élevé. / Les reconstructions totales ou partielles ne peuvent aboutir à des modifications de hauteur supérieures à 50 cm (en plus ou en moins) par rapport à la hauteur du bâtiment initial. / () ".
15. En l'espèce, le projet en litige porte sur la surélévation d'un bâtiment existant et la modification des façades de celui-ci. Quand bien même le projet a pour effet de créer un niveau supplémentaire, les travaux envisagés, qui n'affectent pas la structure du bâtiment, ne peuvent être regardés comme constituant une reconstruction d'immeuble, mais présentent le caractère de travaux à exécuter sur une construction existante. Dès lors, la requérante ne peut utilement soutenir que le projet méconnaîtrait les dispositions de l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme qui limitent à 50 centimètres les modifications de hauteur en cas de reconstruction totale ou partielle et par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.
Sur la méconnaissance alléguée des dispositions de l'article UA 5 du règlement du plan local d'urbanisme :
16. Aux termes de l'article UA 5 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère : " Dispositions générales : / Les constructions nouvelles ou les réparations doivent être effectuées de manière à ne pas compromettre la structure bâtie et le caractère traditionnel de ces secteurs, les perspectives urbaines et garantir une parfaite insertion à l'espace environnant dans lequel il s'inscrit. / () ".
17. En l'espèce, et d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet serait de nature à compromettre la structure bâtie de l'immeuble. D'autre part, si la requérante soutient que la surélévation projetée, de nature massive, et la création d'un toit en tuiles sur la partie arrière du bâtiment rompent avec l'harmonie des lieux, il ressort des pièces du dossier que le projet aura pour effet d'aligner la hauteur du bâtiment et l'aspect de la façade sur ceux des immeubles avoisinants et que le toit arrière présentera un aspect en tuile rond vieilli, identique à la toiture préexistante sur la façade principale. Dès lors, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet, qui a fait l'objet d'un avis favorable avec prescriptions de l'architecte des Bâtiments de France en date du 20 avril 2021, ne s'insèrerait pas dans l'espace environnant dans lequel il s'inscrit en méconnaissance des dispositions de l'article UA 5 du règlement du plan local d'urbanisme et par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède, que la requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2021 par lequel le maire de Gréolières ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par Mme D portant notamment sur la surélévation et la modification des façades de sa maison, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux dès lors que ceux-ci méconnaissent les dispositions du c) de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme.
Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
19. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ". Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
20. La régularisation du vice affectant la décision de non-opposition en litige relevé au point 12 du présent jugement, n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Il peut donc faire l'objet d'une mesure de régularisation en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme. Les parties ayant été avisées, par courrier du 15 février 2024, de la possibilité de mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et invitées à présenter leurs observations, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté litigieux et d'impartir à Mme D un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement pour obtenir une décision de non-opposition à déclaration préalable modificative régularisant ce vice.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur la légalité de l'arrêté du 2 juin 2021 du maire de Gréolières jusqu'à l'expiration du délai fixé à l'article 2 pour permettre à la Mme D de justifier auprès du tribunal de l'obtention d'une décision de non-opposition à déclaration préalable modificative régularisant le vice mentionné au point 12 du présent jugement.
Article 2 : Le délai dans lequel la régularisation de la décision de non-opposition à déclaration préalable doit être notifiée au tribunal est fixé à quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G, à la commune de Gréolières et à Mme E D.
Délibéré après l'audience du 21 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Taormina, président,
Mme Soler, première conseillère,
Mme Sandjo, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
N. SOLER
Le président,
Signé
G. TAORMINA Le greffier,
Signé
D. CREMIEUX
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026