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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106470

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106470

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106470
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantJAIDANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Jaidane, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'obtention du statut d'apatride ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de lui accorder le statut d'apatride ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente, une autorisation de travail ;

4°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que la décision attaquée est entachée :

- d'une erreur de fait et d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- d'une méconnaissance des stipulations des articles 8 et 14 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, pris en la personne de son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.

L'office fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 février 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés

fondamentales ;

- le code de l'entrée, du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 janvier 2024 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Dire, substituant Me Jaidane, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 22 mars 1977 à Sukhumi (actuelle république autonome auto-proclamée d'Abkhazie) de deux parents citoyens soviétiques, est entré en France en 2014. Ses demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (ci-après, " OFPRA ") les 13 novembre 2017 et 3 juin 2020 ainsi que par la Cour nationale du droit d'asile (ci-après, " CNDA ") le 12 février 2019. M. B a alors déposé, le 10 juillet 2020, une demande de reconnaissance de sa qualité d'apatride. Par une décision du 18 octobre 2021, dont il demande l'annulation, l'OFPRA a rejeté cette demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 : " Aux fins de la présente convention, le terme " apatride " désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention. ". Il incombe à toute personne se prévalant de cette qualité d'apporter la preuve qu'en dépit de démarches répétées et assidues, l'Etat de la nationalité duquel elle se prévaut a refusé de donner suite à ses démarches.

3. D'une part, le requérant produit une copie de la page d'informations biographiques d'un passeport " intérieur " russe, dont l'authenticité n'est pas établie, mais sur la base duquel l'OFPRA a néanmoins estimé, à supposer cette authenticité établie, que l'intéressé devait être considéré comme ressortissant russe. D'autre part, et à supposer que la détention d'un passeport intérieur russe ne suffise pas à établir la nationalité russe de son détenteur, le requérant ne justifie pas avoir accompli, auprès des autorités tant russes que géorgiennes, des démarches utiles et suivies visant à ce qu'elles le reconnaissent comme un de leur ressortissant. L'OFPRA indique, sans être sérieusement contredit, que le requérant n'avait pas versé son passeport intérieur russe au dossier de ses demandes d'asile et qu'ainsi les autorités en charge de l'asile ont pu considérer qu'il n'était pas ressortissant russe, mais que la détention d'un tel passeport permet toutefois de considérer qu'il serait à tout le moins susceptible d'être reconnu comme tel. Par suite, et dans les circonstances de l'espèce, en l'absence d'autres éléments ressortant des pièces du dossier, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations et dispositions précitées, et pas davantage d'une erreur de fait.

4. En deuxième lieu, la décision qui attribue ou refuse d'attribuer la qualité d'apatride n'a, par elle-même, ni pour objet, ni pour effet, de conférer ou de retirer au demandeur le droit de séjourner en France. Dès lors, le requérant ne peut utilement soutenir que le refus attaqué aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte de nature à violer l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ". Si le requérant allègue que la décision attaquée aurait méconnu ces stipulations, il n'assortit pas ses allégations des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté.

6. Enfin en quatrième lieu, et pour les mêmes motifs que précédemment exposés, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions du requérant présentées à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Jaidane et à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Suner, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 février 2024.

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

L'assesseur le plus ancien,

signé

M. HolzerLa greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation, la greffière

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