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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106492

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106492

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106492
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantOKAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 décembre 2021 et le 20 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Okar, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'une carte de résident, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros au titre de son préjudice ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de résident ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de son avocat, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'alinéa 1 de l'article 16 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- elle porte atteinte au principe d'égalité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle lui a causé un préjudice à hauteur de 5 000 euros résultant de l'impossibilité de travailler.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, conseillère ;

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique.

- les observations de Me Vanzo, substituant Me Okar, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant roumain né le 10 août 1976, a sollicité un titre de séjour permanent sur le territoire français auprès des services de la préfecture des Alpes-Maritimes par une demande réceptionnée le 6 août 2021. Une décision implicite de rejet est née sur cette demande à la suite du silence gardé pendant plus de quatre mois par les services préfectoraux conformément aux dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un courrier du 6 octobre 2021, reçu le 7 décembre 2021, M. A a formé un recours gracieux qui a fait l'objet d'un rejet implicite. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'une carte de résident, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, le droit des citoyens de l'Union européenne et de leurs familles de séjourner librement sur le territoire des Etats membres est régi par la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004. Cette directive rappelle le principe selon lequel " le droit fondamental et personnel de séjour dans un autre Etat membre est conféré directement aux citoyens de l'Union par le traité et ne dépend pas de l'accomplissement de procédures administratives ". Il s'ensuit que les titres de séjour délivrés par les Etats membres aux ressortissants communautaires, lesquels ne déterminent pas leur droit au séjour, n'ont qu'un effet déclaratif et ne sont donc pas créateurs de droits.

3. Aux termes du considérant n° 10 de cette directive : " Il convient cependant d'éviter que les personnes exerçant leur droit de séjour ne deviennent une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale de l'État membre d'accueil pendant une première période de séjour. L'exercice du droit de séjour des citoyens de l'Union et des membres de leur famille, pour des périodes supérieures à trois mois, devrait, dès lors, rester soumis à certaines conditions. ". Aux termes de l'alinéa 1 de l'article 16 de la même directive : " Les citoyens de l'Union ayant séjourné légalement pendant une période ininterrompue de cinq ans sur le territoire de l'État membre d'accueil acquièrent le droit de séjour permanent sur son territoire. Ce droit n'est pas soumis aux conditions prévues au chapitre III. ".

4. Cette directive est transposée en droit interne par les dispositions des articles

L. 233-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aux termes de l'article L. 234-1 dudit code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. /( ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / (). ".

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas incompatibles avec les stipulations de la directive du 29 avril 2004, qu'un ressortissant européen ne réside régulièrement sur le territoire français au-delà d'une période de trois mois que s'il exerce une activité professionnelle en France ou s'il dispose d'une assurance maladie et de ressources lui permettant de subvenir à ses besoins sans être à la charge du système d'assistance sociale français.

6. En l'espèce, M. A n'allègue ni même n'établit qu'il exerçait, à la date de la décision attaquée, une activité professionnelle en France ni qu'il disposait d'une assurance maladie et de ressources suffisantes. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A remplissait la condition de séjour légal de cinq ans permettant d'acquérir le droit le droit au séjour permanent, alors même qu'il était titulaire d'une carte de séjour citoyen UE/EEE/Suisse pour la période du 23 mai 2013 au 28 mai 2018 puis jusqu'au 22 mai 2019, un tel titre n'étant pas créateur de droit, ainsi qu'il a été dit au point 2. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'alinéa 1 de l'article 16 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 sera écarté.

7. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée porte atteinte au principe d'égalité au motif que le préfet délivrerait " de plus en plus difficilement des cartes de séjour aux ressortissants roumains ", il n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de ces allégations. Par suite, le moyen tiré de l'atteinte au principe d'égalité sera écarté.

8. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. En l'absence d'illégalité fautive, les conclusions indemnitaires doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

assistés de Mme Antoine, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F.PASCALLa greffière,

signé

B-P ANTOINE

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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