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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106701

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106701

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106701
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBARTHELEMY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2021, la société à responsabilité limitée SPGV, représentée par Me Pelissier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 octobre 2021 par laquelle le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur lui a infligé une amende de 2 800 euros en raison de manquements aux dispositions des articles L. 8291-1 et R. 8293-1 du code du travail ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Elle soutient que la matérialité des griefs qui lui sont reprochés n'est pas établie dès lors que trois des quatre ouvriers concernés n'étaient pas salariés de la société.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2022, la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soler,

- et les conclusions de M. Beyls, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société SPGV, qui intervenait sur un chantier de construction d'un hôtel situé à Mandelieu-la-Napoule, a fait l'objet, le 19 janvier 2021 d'un contrôle effectué par un inspecteur du travail de la Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA), lequel a mis en évidence que quatre ouvriers présents sur le chantier étaient dépourvus de cartes d'identification professionnelle bâtiment et travaux publics (BTP). Le 25 mars 2021, la DREETS PACA a informé la société SPGV qu'elle envisageait de prononcer une amende administrative d'un montant maximal de 16 000 euros à son encontre et l'a invitée à présenter ses observations. Par un courrier du 12 avril 2021, la société requérante a formulé ses observations sur les faits qui lui étaient reprochés. Par une décision en date du 26 octobre 2021, le directeur de la DREETS PACA a prononcé à son encontre une amende administrative d'un montant total de 2 800 euros. La société SPGV demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 8291-1 du code du travail : " Une carte d'identification professionnelle est délivrée par un organisme national désigné par décret en Conseil d'Etat à chaque salarié effectuant des travaux de bâtiment ou de travaux publics pour le compte d'une entreprise établie en France ou pour le compte d'une entreprise établie hors de France en cas de détachement. Elle comporte les informations relatives au salarié, à son employeur, le cas échéant à l'entreprise utilisatrice, ainsi qu'à l'organisme ayant délivré la carte. / () ". Aux termes de l'article L. 8291-2 du même code : " En cas de manquement à l'obligation de déclaration mentionnée à l'article L. 8291-1, l'employeur ou, le cas échéant, l'entreprise utilisatrice est passible d'une amende administrative. / Le manquement est passible d'une amende administrative, qui est prononcée par l'autorité administrative compétente sur le rapport motivé d'un agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1 ou d'un agent mentionné au 3° de l'article L. 8271-1-2. / Le montant maximal de l'amende est de 4 000 € par salarié et de 8 000 € en cas de récidive dans un délai de deux ans à compter du jour de la notification de la première amende. Le montant total de l'amende ne peut être supérieur à 500 000 €. / Pour fixer le montant de l'amende, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur ainsi que les ressources et les charges de ce dernier. / Le délai de prescription de l'action de l'administration pour la sanction du manquement par une amende administrative est de deux années révolues à compter du jour où le manquement a été commis. / L'employeur ou l'entreprise utilisatrice peut contester la décision de l'administration devant le tribunal administratif, à l'exclusion de tout recours hiérarchique. / () ".

3. Aux termes de l'article R. 8291-1 du code du travail dans sa rédaction applicable au litige : " Les dispositions du présent titre s'appliquent aux employeurs établis en France dont les salariés accomplissent, dirigent ou organisent, même à titre occasionnel, accessoire ou secondaire, sur un site ou un chantier de bâtiment ou de travaux publics, des travaux d'excavation, de terrassement, d'assainissement, de construction, de montage et démontage d'éléments préfabriqués, d'aménagements ou équipements intérieurs ou extérieurs, de réhabilitation ou de rénovation, de démolition ou de transformation, de curage, de maintenance ou d'entretien des ouvrages, de réfection ou de réparation ainsi que de peinture et de nettoyage afférents à ces travaux et de toutes opérations annexes qui y sont directement liées. / () ". Aux termes de l'article R. 8293-1 de ce code dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Lors de l'embauche d'un salarié, l'employeur mentionné au premier et au quatrième alinéa de l'article R. 8291-1 adresse une déclaration auprès de l'union des caisses mentionnée à l'article R. 8291-2, afin d'obtenir une carte d'identification professionnelle. / () ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 8113-7 du code du travail : " Les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1 et les fonctionnaires de contrôle assimilés constatent les infractions par des procès-verbaux qui font foi jusqu'à preuve du contraire. / () ".

5. Il résulte de l'instruction qu'au cours du contrôle réalisé le 19 janvier 2021 sur le chantier où intervenait la société requérante, l'inspection du travail a constaté la présence de quatre ouvriers, de nationalité étrangère, occupés à des travaux de peinture intérieure et dépourvus de cartes d'identification professionnelle BTP. Les ouvriers concernés ont tous déclaré avoir été recrutés par la société SPGV. La société requérante conteste la réalité du manquement qui lui est reproché s'agissant de trois ouvriers, alléguant que ces derniers n'étaient pas salariés de l'entreprise mais d'autres sociétés intervenant concomitamment sur le même chantier. Toutefois, il résulte de l'instruction que la société requérante n'a produit aucun document dans le cadre de la procédure contradictoire menée par l'inspection du travail, et notamment aucun commencement de preuve que d'autres sociétés en charge de travaux de peinture intérieure intervenaient simultanément sur le chantier en litige, permettant d'établir la réalité des faits qu'elle invoque. La seule circonstance qu'elle n'aurait pas procédé à une déclaration à l'embauche des ouvriers concernés, alors qu'il résulte de l'instruction que deux d'entre eux sont en situation irrégulière sur le territoire français et que le troisième a présenté une carte de séjour délivrée par les autorités italiennes qui ne lui permet pas d'exercer une activité salariée en France, n'est pas de nature à établir que ces derniers ne travaillaient pas pour le compte de la société requérante. Au regard de ces éléments, le manquement relatif à la méconnaissance de l'article L. 8291-1 du code du travail précité doit être considéré comme établi pour l'ensemble des quatre travailleurs. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société SPGV doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société SPGV est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée SPGV et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée pour information au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Pouget, présidente,

Mme Soler, première conseillère,

Mme Sandjo, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SOLER

La présidente,

Signé

M. POUGETLa greffière,

Signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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