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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2200096

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2200096

jeudi 18 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2200096
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCHADAM-COULLAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 4 janvier 2022 et 19 octobre 2023, M. C F, représenté par Me Chadam-Coullaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande d'assignation à résidence, d'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre par arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 16 février 2020, et de délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'abroger l'arrêté du 16 février 2020 susmentionné en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant européen dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision implicite litigieuse est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-3-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article L. 313-11-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990.

La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 décembre 2023 :

- le rapport de M. Combot ;

- et les observations de Me Chadam-Coullaud, représentant M. C F.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 16 février 2020 du préfet des Alpes-Maritimes, M. C F, né le 15 janvier 1991 et de nationalité capverdienne, a fait l'objet d'une décision lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français, d'une décision fixant le pays de destination, et d'une décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par courrier du 8 mars 2021, M. E a sollicité du préfet des Alpes-Maritimes l'abrogation de cet arrêté en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français. Il a également demandé à être placé en assignation à résidence et à se voir délivrer un titre de séjour. En l'absence de réponse du préfet des Alpes-Maritimes, une décision implicite de rejet est née. M. E demande au tribunal d'annuler cette décision implicite.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens de légalité externe :

2. En premier lieu, la décision implicite attaquée est réputée prise par le préfet des Alpes-Maritimes. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est en outre pas allégué que le requérant aurait demandé la communication des motifs de la décision implicite qu'il conteste. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée est en tout état de cause inopérant et doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus d'abrogation de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français :

4. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable à la situation du requérant : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. () L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. Cette condition ne s'applique pas : / 1° Pendant le temps où l'étranger purge en France une peine d'emprisonnement ferme ; / 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence prise en application des articles L. 561-1 ou L. 561-2. () ".

5. En l'espèce, le requérant ne justifie pas qu'il résidait hors de France lorsqu'il a sollicité l'abrogation de la mesure d'interdiction de retour prise à son encontre. Par suite, sa demande était en tout état de cause irrecevable. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision susmentionnée serait illégale.

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne, tout ressortissant d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : / 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; / 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () 4° S'il est un descendant direct âgé de moins de vingt et un ans ou à charge, ascendant direct à charge, conjoint, ascendant ou descendant direct à charge du conjoint, accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; () ". Aux termes de l'article L. 121-3 du même code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le membre de famille visé aux 4° ou 5° de l'article L. 121-1 selon la situation de la personne qu'il accompagne ou rejoint, ressortissant d'un Etat tiers, a le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois. () ". Il résulte de ces dispositions que le ressortissant d'un Etat tiers ne dispose d'un droit au séjour en France en qualité de conjoint à charge d'un ressortissant de l'Union européenne que dans la mesure où ce dernier remplit lui-même les conditions fixées aux 1° ou 2° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, le requérant n'établit pas que sa conjointe de nationalité portugaise remplirait ces conditions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; ". Et aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que si le requérant indique être entré sur le territoire français en janvier 2020, il ne produit cependant pas de pièces de nature à établir qu'il y réside de manière continue depuis cette date. S'il ressort également des pièces du dossier qu'il est marié avec Mme D B, ressortissante portugaise, et que de leur union est né le 8 mai 2013 un enfant également de nationalité portugaise, les pièces produites, eu égard à leur nombre et leur nature, ne suffisent cependant pas à établir ni la continuité de la vie commune avec son épouse ni qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait méconnu les stipulations et dispositions précitées.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990, publiée par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation. En l'espèce, la décision implicite contestée, qui ne constitue pas une mesure d'éloignement et n'a pas, par conséquent, pour effet de séparer l'enfant d'un de ses parents, ne contrevient pas à l'intérêt supérieur de l'enfant et ne méconnait ainsi pas les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision de refus de prendre une mesure d'assignation à résidence à l'encontre du requérant :

9. D'une part, le requérant ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 511-3-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne sont pas applicables à sa situation, dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'une interdiction de circulation sur le territoire français. D'autre part, l'assignation à résidence d'un étranger, notamment en application des dispositions précitées au point 4, applicables à la situation du requérant, a pour effet de réduire la liberté d'aller et venir de ce dernier. Une telle décision lui est donc défavorable. En revanche, le refus de l'assigner à résidence ne constitue pas une décision défavorable, et ce, alors même que cette circonstance lui permettrait de solliciter l'abrogation d'une interdiction de retour sur le territoire français et d'obtenir, le cas échéant, une décision favorable. Il en résulte que le requérant n'a pas intérêt à agir contre la décision attaquée de refus implicite opposé par le préfet des Alpes-Maritimes de l'assigner à résidence.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions susmentionnées aux fins d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, au préfet des Alpes-Maritimes, et à Me Chadam-Coullaud.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M.Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. A, conseille,

M.Combot, conseiller,

Assistés de Mme Albu, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 18 janvier 2024.

Le rapporteur,

signé

J. CombotLe président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Albu

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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