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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2200118

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2200118

lundi 30 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2200118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 janvier 2022 et 22 mars 2022, Mme A B, représentée par Me Almairac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Almairac au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, laquelle renonce par avance, à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 18 octobre 2023 le rapport de Mme Pouget, présidente-rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante ukrainienne, née le 21 août 1955, a sollicité le 30 novembre 2020 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1, ancien article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 août 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement. Par la présente requête Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, si la requérante fait valoir qu'elle n'a pas eu communication de l'avis du collège de médecins de l'OFII, ce qui ne lui a pas permis d'en vérifier les termes et de s'assurer de la régularité de la procédure suivie, aucune disposition n'impose en tout état de cause la communication dudit avis. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier que l'avis en cause, qui est intervenu antérieurement à l'édiction de l'arrêté en litige, n'aurait pas été émis dans les conditions fixées par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. En deuxième lieu, si la requérante soutient que le préfet des Alpes-Maritimes aurait entaché la décision litigieuse d'une insuffisance de motivation et n'aurait pas examiné sérieusement sa situation personnelle, il ressort des pièces du dossier que ladite décision vise les dispositions légales sur lesquelles elle se fonde, notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne également les éléments de fait propres à la situation personnelle de Mme B, en énonçant notamment les conditions de son entrée et de son séjour en France. Par suite, les moyens susmentionnés doivent être écartés.

4. En troisième lieu, la requérante soutient que le préfet des Alpes-Maritimes s'est estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII. Toutefois, il ressort de la lecture même de l'arrêté litigieux que le préfet s'est approprié cet avis et ne s'est pas contenté d'en reproduire les termes. Il a notamment pris en considération l'absence de justification par l'intéressée de l'impossibilité d'accéder à des soins appropriés dans son pays d'origine et de l'existence de circonstances humanitaires exceptionnelles. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté comme non fondé.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention de l'une des parties à produire les éléments qu'elle est la seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi et d'un accès effectif à ce traitement. La partie qui justifie d'un avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. En l'espèce, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par la requérante, le préfet des Alpes-Maritimes s'est notamment fondé sur l'avis rendu le 28 mai 2021 par le collège de médecins de l'OFII, aux termes duquel il est précisé que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait cependant bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dudit pays. Il ressort des pièces du dossier que la requérante souffre d'un cancer de la peau. Cependant, par la seule production de certificats médicaux, il n'est pas établi que l'intéressée ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, traitement dont elle ne fournit d'ailleurs aucune précision dans ses écritures, se bornant à renvoyant à la circonstance qu'elle a bénéficié d'un suivi spécialisé dans les structures hospitalières françaises. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, célibataire, réside auprès de sa fille, ressortissante française. Il est toutefois constant qu'elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à son entrée en France en 2020 à l'âge de 66 ans et qu'elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. En outre, elle ne justifie ni de sa présence continue sur le territoire ni de son intégration. Dès lors, au regard de ces éléments, notamment au caractère très récent de son entrée en France, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

8. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants. "

9. Mme B fait état de ses craintes pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine où elle ne pourrait pas être soignée. Toutefois, comme dit précédemment, elle n'établit pas qu'elle serait dans l'impossibilité d'y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé. Par conséquent, le moyen tiré de la violation des stipulations citées au point précédent, qui peut seulement être utilement invoqué au soutien de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions susmentionnées aux fins d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Alpes- Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre mer.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Pouget, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

M. Gladys Duroux, conseillère,

Assistés de Mme Daverio, greffière.

Rendu publiC par mise à disposition au greffe, le 30 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. Pouget

La greffière,

Signé

M. Daverio

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

D. GazeauLa République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2200118

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