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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2200231

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2200231

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2200231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLARBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Larbre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande de changement de statut ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut à ce qu'il n'y ait plus lieu de statuer sur la requête.

Il fait valoir que le requérant a reçu, le 29 avril 2022, un titre de séjour valable jusqu'au 20 mars 2032.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Soler a été entendu au cours de l'audience publique du 15 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né en 1991, affirme avoir résidé en France de 2006 à 2011 puis à compter de 2016 et y résider de manière stable et continue depuis cette date. Par un courrier, reçu le 25 janvier 2020, il a adressé à la préfecture des Alpes-Maritimes une demande de changement de statut afin d'obtenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en lieu et place de son titre de séjour " visiteur ". En l'absence de réponse, une décision implicite de rejet est née. Par un courrier, reçu le 15 novembre 2021 par la préfecture des Alpes-Maritimes, il a demandé la communication des motifs du refus. Aucune réponse n'a été apportée à sa demande. M. A demande l'annulation de la décision née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande de changement de statut.

Sur l'exception de non-lieu opposée par le préfet des Alpes-Maritimes :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi, même si l'acte rapporté a reçu exécution. En revanche, dans le cas où l'administration se borne à abroger l'acte attaqué, ou dans le cas où ce dernier devient caduc, ces circonstances ne privent d'objet le recours juridictionnel qu'à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution et que la décision d'abrogation, ou la caducité, soient devenues définitives.

3. En l'espèce, pour opposer l'exception de non-lieu, le préfet des Alpes-Maritimes fait valoir qu'il a délivré le 29 avril 2022 à l'intéressé une carte de résident longue durée valable du 21 mars 2022 au 20 mars 2032. Toutefois, si la délivrance de cette carte traduit une abrogation de la décision de rejet en litige, cette décision a reçu exécution jusqu'à cette délivrance. Dès lors, les conclusions de M. A aux fins de l'annulation de ladite décision ne sont pas dépourvues d'objet et l'exception de non-lieu opposée par le préfet des Alpes-Maritimes ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A justifie de sa présence en France de manière stable et continue entre l'année 2006, date à laquelle il a obtenu le diplôme national du brevet et l'année 2011, date à laquelle il a obtenu le diplôme du baccalauréat général en série scientifique, option internationale section américain. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A était inscrit, durant les années scolaires 2019-2020 et 2020-2021, au sein de l'Ecole pour l'Informatique et les Techniques Avancées (EPITA) située à Le Kremlin-Bicêtre dans le cadre du diplôme de Master of Science in Computer Science mention Information Systems Management et qu'il bénéficiait d'un titre de séjour portant la mention " visiteur ". Enfin, il ressort également des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, la mère et le frère de M. A résidaient de manière régulière sur le territoire français. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu'il a fixé en France le centre de sa vie privée et familiale et qu'en refusant son changement de statut vers un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision née du silence gardé par le préfet sur sa demande de changement de statut.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu délivrer, le 29 avril 2022, une carte de résident longue durée valable du 21 mars 2022 au 20 mars 2032. Dès lors, à la date du présent jugement, celui-ci n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur la demande de changement de statut de M. A est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des

Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la république près du tribunal judiciaire de Grasse.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

Mme Sandjo, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

N. SOLER

Le président,

Signé

T. BONHOMMELe greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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