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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2200293

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2200293

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2200293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantS.E.L.A.F.A. CABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2022, M. B C, représenté par la S.e.l.a.f.a. cabinet Cassel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé pendant deux mois par le centre communal d'action sociale (CCAS) de Cannes sur sa demande indemnitaire préalable du 21 septembre 2021 ;

2°) de condamner le CCAS de Cannes à lui verser une somme de 83 000 euros ainsi qu'une rente viagère mensuelle de 1 950 euros en indemnisation des préjudices découlant de son accident de service du 27 juin 2008 et d'assortir cette somme des intérêts de droit à compter du dépôt de sa requête préalable ;

3°) de mettre à la charge du CCAS de Cannes une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'une somme de 800 euros au titre des frais d'expertise.

Il soutient que :

- il a droit à l'indemnisation des préjudices non couverts par le forfait de pension imputables à son accident de service ;

- il a subi un préjudice moral lié à la chronicisation de ses troubles, un préjudice esthétique, un préjudice de douleur, un préjudice d'agrément, un préjudice d'établissement, un préjudice sexuel, des frais de véhicule, et une perte de rémunération.

Par une ordonnance du 12 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 avril 2024.

Un mémoire en défense, présenté par le centre communal d'action sociale de la ville de Cannes a été enregistré le 6 septembre 2024, mais n'a pas été communiqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 20MA03785 du 18 mars 2021, par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le Dr A.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guilbert,

- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,

- et les observations de Me Debruge, représentant le CCAS de la ville de Cannes.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, affecté au CCAS de la ville de Cannes, a été victime d'un accident reconnu imputable au service, le 27 juin 2008. Il a été admis à la retraite pour invalidité le 1er février 2019. Par une requête du 9 juin 2020, M. C a sollicité la désignation d'un expert aux fins d'établir ses préjudices. Le tribunal administratif de Nice a rejeté sa requête le 21 septembre 2020. La cour administrative de Marseille a toutefois désigné le Dr A, expert, pour statuer sur sa demande par une ordonnance du 17 novembre 2020. L'expert a déposé son rapport le 8 mars 2021. Le 21 septembre 2021, M. C a saisi le CCAS de la ville de Cannes d'une demande indemnitaire préalable. Le silence gardé par l'administration pendant deux mois a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner le CCAS de la ville de Cannes à lui verser une somme de 83 000 euros ainsi qu'une rente viagère mensuelle de 1 950 euros en indemnisation de son préjudice.

2. En vertu des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite, les fonctionnaires civils de l'Etat qui se trouvent dans l'incapacité permanente de continuer leurs fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladies contractées ou aggravées en service peuvent être radiés des cadres par anticipation et ont droit au versement d'une rente viagère d'invalidité cumulable avec la pension rémunérant les services. Les articles 30 et 31 du décret du 9 septembre 1965 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales prévoient, conformément aux prescriptions du II de l'article 119 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, des règles comparables au profit des agents tributaires de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales.

3. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie professionnelle peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font cependant obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien incombait à celle-ci.

4. Il résulte de l'instruction, que le 27 juin 2008, dans l'exercice de ses fonctions, M. C, alors âgé de 43 ans, a chuté d'un camion, se réceptionnant mal sur sa cheville gauche, ce qui a entraîné une entorse grave avec fracture du dôme astragalien au niveau de l'angle supéro-externe. Les lésions en cause ont nécessité de multiples interventions. Le requérant a été opéré le 14 janvier 2009 et le 11 mars 2010, et une arthrodèse tibio-tarsienne a été réalisée le 5 avril 2016. Le rapport d'expertise du 30 novembre 2016, du Dr D, rhumatologue, note la persistance, sans amélioration, de la gêne douloureuse permanente de la cheville gauche à l'appui, entravant l'orthostatisme et la déambulation. Les douleurs ayant toutefois persisté et l'état de la cheville s'étant progressivement dégradé, l'intéressé, qui a dû avoir recours à l'usage de cannes béquilles de manière prolongée, a développé un syndrome du canal carpien bilatéral. L'administration a reconnu l'imputabilité au service de cet accident.

5. Il ne résulte ainsi pas de l'instruction ni n'est au demeurant allégué, que la responsabilité pour faute de l'administration dans la survenue de l'accident du 27 juin 2008 puisse être recherchée. Il s'ensuit que les demandes d'indemnisation de M. C relatives à ses pertes de rémunération et aux frais exposés pour l'équipement d'un embrayage hydraulique sur son véhicule doivent être écartées.

6. Il résulte du rapport d'expertise judiciaire que le préjudice esthétique de M. C peut être évalué, en raison de sa boiterie, à un niveau de 2 sur 7. Il en sera fait une juste appréciation en allouant au requérant une somme de 1 600 euros.

7. Il résulte par ailleurs de l'instruction, notamment, des divers rapports d'expertise produits, que l'intéressé a subi de manière persistante des douleurs de la cheville gauche, survenant à la palpation et à la mobilisation. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice en lui allouant à ce titre une somme de 2 500 euros.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui n'avait aucun antécédent ni aucune prise en charge sur le plan psychologique, a été victime d'un syndrome anxio-dépressif, inhérent à la persistance des manifestations douloureuses depuis 2008, à la gêne fonctionnelle qui s'en est suivie et à l'évolution de son état tant physique que psychologique. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral en lui allouant la somme de 3 000 euros.

9. Si M. C sollicite l'indemnisation d'un préjudice d'agrément évalué à 5 000 euros, d'un préjudice d'établissement évalué à 30 000 euros, d'un préjudice sexuel évalué à 30 000 euros, il ne fait état d'aucun élément de nature à caractériser les éléments constitutifs de ces préjudices ni partant leur lien avec l'accident de travail du 27 juin 2008 de sorte que ses prétentions à ce titre doivent être rejetées.

10. Compte-tenu de ce qui précède, il y a lieu de condamner le CCAS de la Ville de Cannes à verser à M. C une somme de 7 100 euros et d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 21 septembre 2021, date à laquelle l'administration a reçu sa demande indemnitaire préalable.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'administration une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'une somme de 800 euros au titre des frais d'expertise.

D E C I D E :

Article 1er : Le CCAS de la ville de Cannes est condamné à verser à M. C une somme de 7 100 euros en réparation de son préjudice, assortie des intérêts au taux légal à compter du 21 septembre 2021.

Article 2. Le CCAS de la ville de Cannes versera à M. C une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le CCAS de la ville de Cannes versera à M. C une somme de 800 euros au titre des frais d'expertise.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au centre communal d'action sociale de la ville de Cannes.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Soli, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

signé

L. Guilbert

Le président,

signé

P . Soli La greffière,

signé

C. Ravera

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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