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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2200381

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2200381

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2200381
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAJIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 janvier et 6 février 2022, Mme B A, représentée par Me Abdelhak Ajil, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine pour avis de la commission du titre de séjour ;

- elle procède d'une erreur de droit dans la mesure où le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas statué sur sa demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sera, par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, annulée.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Emmanuelli, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 23 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante camerounaise née le 11 octobre 1975, est entrée sur le territoire français le 15 juillet 2011 selon ses déclarations. Elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et au titre du travail par une demande réceptionnée par les services de la préfecture des Alpes-Maritimes le 2 décembre 2021. Par un arrêté du 20 décembre 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle vise notamment les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, la décision en litige décrit les conditions d'entrée et de séjour de Mme A sur le territoire français. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement l'intéressée en mesure de discuter les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. La motivation de la décision attaquée n'est, dès lors, pas stéréotypée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; " () / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

5. Si Mme A fait valoir qu'elle réside en France continuellement depuis le 15 juillet 2011, soit depuis plus de dix années, les pièces qu'elle verse au dossier sont insuffisantes pour en justifier. En particulier, l'intéressée ne produit, pour les années 2012 et 2020, que quelques documents épars, constitués notamment de factures d'achat, d'attestations de laboratoire médical et quelques preuves de dépôts d'envoi de mandat cash et d'un avis d'imposition. Dans ces conditions, la commission du titre de séjour n'avait pas à être saisie et le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En troisième lieu, Mme A soutient que la décision attaquée procède d'une erreur de droit dans la mesure où le préfet des Alpes-Maritimes s'est borné à examiner sa demande sous l'angle de l'admission exceptionnelle au séjour et en omettant, par conséquent, d'étudier ladite demande au regard des stipulations de l'article 4 de la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 et des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la demande de titre de séjour formulée par l'intéressée, que si celle-ci a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à défaut, la mention " vie privée et familiale ", cette demande n'a été déposée qu'au seul visa des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles sont relatives à l'admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes, qui a examiné la demande d'admission exceptionnelle au séjour de la requérante à la fois au titre du travail et au titre de la vie privée et familiale, n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet des Alpes-Maritimes, en omettant d'examiner la situation de l'intéressée au regard des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aurait entaché sa décision d'une erreur de droit doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", " travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

9. Mme A fait valoir qu'elle dispose d'une promesse d'embauche pour un emploi de femme de ménage correspondant à ses qualifications professionnelles. Toutefois, cette promesse ne permet pas d'établir qu'elle a travaillé régulièrement en France depuis 2011 et se trouve, de ce fait, bien intégrée professionnellement. La requérante ne peut utilement se prévaloir devant le tribunal des termes de la circulaire du 28 novembre 2012, qui se borne à énoncer des orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de prendre des mesures de régularisation. Ainsi, les circonstances invoquées ne suffisent pas à établir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait commis, en refusant, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, de délivrer à la requérante un titre de séjour en qualité de salarié, une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 20 décembre 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté pris par le préfet des Alpes-Maritimes le 20 décembre 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Emmanuelli, président ;

- Mme Chevalier, conseillère ;

- Mme Bergantz, conseillère ;

assistés de Mme Katarynezuk, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le président-rapporteur,L'assesseure la plus ancienne,

SignéSigné

O. Emmanuelli C. Chevalier

La greffière,

Signé

N. Katarynezuk

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

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