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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2200817

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2200817

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2200817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET OLOUMI - HMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 février et 11 octobre 2022, M. B C, représenté par Me Zia Oloumi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente dudit réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- en l'espèce, le préfet s'est estimé, à tort, lié par l'arrêt de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence en date du 17 février 2021 considérant que sa minorité n'était pas démontrée ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sera, par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, annulée.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 novembre 2022 :

- le rapport de M. Emmanuelli, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Della Monaca, substituant Me Oloumi, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant guinéen né le 16 avril 2003, est entré sur le territoire français en janvier 2020. Il a déposé, le 2 mars 2021, une demande d'admission au séjour en qualité de " jeune majeur " sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 janvier 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2022 du bureau d'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, les conclusions de sa requête tendant à ce qu'il soit admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

5. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour refuser de délivrer à M. C le titre de séjour sollicité, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé notamment sur la circonstance, d'une part, que la minorité de l'intéressé n'était pas établie à la date de son placement en assistance éducative et, d'autre part, qu'il ne justifie pas du caractère réel et sérieux de sa formation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France en janvier 2020. Par ordonnance du tribunal judiciaire en date du 16 mars 2020, il a été confié provisoirement en qualité de mineur non accompagné au service de l'aide sociale à l'enfance des Alpes-Maritimes. Il a ensuite été placé dans une famille d'accueil et est inscrit au centre de formation du BTP à Antibes ou il suit une formation en CAP " Menuiserie ". Il a conclu, le 3 septembre 2020, un contrat d'apprentissage pour une durée de deux ans avec l'entreprise Abaca Transports. L'intéressé produit dans le cadre de la présente instance des bulletins de salaire couvrant la période de décembre 2020 à janvier 2022 inclus. Par ailleurs, il produit un courrier daté du 5 février 2022 dans lequel M. D A, gérant de l'entreprise susnommée, fait part de toute sa satisfaction à l'égard du comportement professionnel du requérant, ainsi qu'une promesse d'embauche datée du 26 janvier 2021 par laquelle M. A s'engage à embaucher M. C en contrat à durée indéterminée à l'issue de sa formation d'apprentissage. S'agissant de ladite formation, le requérant verse au dossier une attestation d'assiduité en date du 12 mai 2021 par laquelle la directrice du centre de formation d'apprentis (CFA) du BTP d'Antibes indique que sa formation se déroule dans de bonnes conditions et dans le respect du contrat de travail et du règlement intérieur de l'établissement. Par ailleurs, le bulletin de notes du premier semestre de l'année scolaire 2021-2022, produit par le requérant, fait état d'une moyenne semestrielle honorable de 12,21/20 et d'une réelle assiduité. Dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu du caractère réel et sérieux de sa formation d'apprentissage et de ses efforts d'intégration, M. C est fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 janvier 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. L'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, eu égard au motif mentionné au point 5, que le préfet des Alpes-Maritimes délivre à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il est également enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer au requérant, dans l'attente de la délivrance de son titre de séjour, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle.

Sur les frais liés au litige :

8. M. C s'étant vu accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 (huit cents) euros à verser à Me Oloumi, avocat du requérant, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce que M. C soit admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 28 janvier 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle.

Article 4 : L'Etat versera à Me Oloumi une somme de 800 (huit cents) euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Oloumi et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grasse.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Emmanuelli, président ;

- Mme Chevalier, conseillère ;

- Mme Bergantz, conseillère ;

assistés de Mme Katarynezuk, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le président-rapporteur,L'assesseure la plus ancienne,

SignéSigné

O. Emmanuelli C. Chevalier

La greffière,

Signé

N. Katarynezuk

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

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