vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2201150 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | FRANCESCHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 mars et 24 juin 2022, la société civile immobilière (SCI) " Soluna ", représentée par Me Magali Franceschi, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat, pris en la personne du préfet des Alpes-Maritimes, à lui verser une somme provisionnelle d'un montant de 369 800 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SCI " Soluna " soutient que :
- propriétaire d'un terrain englobant les parcelles cadastrées " Section AE n° 134 et 137 " à Mougins, pour lesquelles elle a bénéficié d'un permis de construire modificatif du 23 décembre 2015, le maire de la commune de Mougins a ordonné l'interruption des travaux entrepris par la SCI " Soluna " en vertu de l'arrêté n° BCIC 2017/0893 du 18 août 2017, lequel a néanmoins été annulé par le jugement n° 1704319 rendu le 14 novembre 2019 par le tribunal administratif de Nice ;
- l'interruption illégale du chantier a engendré à son encontre :
- une perte de revenus locatifs estimés à 110 200 euros ;
- un préjudice financier du fait des intérêts d'emprunt et des primes d'assurance, lequel s'élève à 9 584,18 euros ;
- un surcoût lié à la construction s'élevant à 400 000 euros ;
- une dégradation de l'état du bien dont le montant de la remise en état s'élève à 46 750 euros ;
- ces préjudices sont tous en lien direct avec la carence de l'Etat ;
- le montant des créances dont elle se prévaut n'est pas sérieusement contestable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête introduite par la SCI " Soluna ".
Il fait valoir que :
- la créance invoquée par la SCI " Soluna " au titre de la perte des revenus locatifs est purement éventuelle et demeure sérieusement contestable ;
- le préjudice financier dont la SCI " Soluna " s'estime victime n'est pas en lien direct avec la faute de l'administration dès lors qu'il n'est pas établi de tel lien entre le prêt contracté par elle et l'acte pris à tort par le maire de la commune de Mougins ;
- s'agissant du supposé surcoût lié à la construction, la SCI " Soluna ", d'une part, n'établit pas de manière utile les prix pratiqués dans la construction et, d'autre part, produit un devis daté du mois de février 2022, or les travaux auraient pu reprendre à compter du 14 novembre 2019, date à laquelle le tribunal administratif de Nice a annulé l'arrêté interruptif de travaux édicté par le maire de la commune de Mougins ;
- concernant la supposée dégradation de l'état du bien, la SCI " Soluna ", d'une part, ne démontre pas que la mairie aurait effectivement fait obstacle à une mise en sécurité du chantier et, d'autre part, ne produit aucun élément faisant état d'un empêchement qui aurait entravé la réalisation desdits travaux ;
- le montant global des préjudices matériels que la SCI " Soluna " estime avoir subis demeure sérieusement contestable.
Vu l'ordonnance du 5 mai 2022 par laquelle le juge des référés a fixé la clôture de l'instruction au 25 mai 2022 à 11 heures.
Vu l'ordonnance du 30 mai 2022 par laquelle le juge des référés à rouvert l'instruction et a fixé sa cloture au 30 juin 2022.
Vu l'ordonnance du 30 septembre 2022 par laquelle le juge des référés a rouvert l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Soli, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ayant été régulièrement convoquées à l'audience publique tenue le 13 octobre 2022 à 10 heures 30 au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de M. Soli, juge des référés ;
- les observations de Me Franceschi, représentant la SCI " Soluna " ;
- et les observations de Mme A, représentant le préfet des Alpes-Maritimes.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI " Soluna ", propriétaire d'un terrain englobant les parcelles cadastrées " Section AE n° 134 et 137 " à Mougins, pour lesquelles elle a bénéficié d'un permis de construire modificatif du 23 décembre 2015, s'est vue opposer, par le maire de la commune de Mougins, l'interruption des travaux qu'elle avait entrepris au titre dudit permis de construire, en vertu de l'arrêté n° BCIC 2017/0893 du 18 août 2017. Par un jugement n° 1704319 rendu le 14 novembre 2019, le tribunal administratif de Nice a prononcé l'annulation de l'arrêté édicté par le maire de la commune de Mougins. Par la présente requête, la SCI " Soluna " demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'Etat, pris en la personne du préfet des Alpes-Maritimes, à lui payer une somme provisionnelle d'un montant global de 369 800 euros au titre de l'ensemble des préjudices matériels subis du fait de l'illégalité fautive de l'arrêté précité du 18 août 2017.
Sur les conclusions tendant à l'octroi d'une provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
Sur le caractère non-sérieusement contestable de l'obligation :
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 18 août 2017 par laquelle le maire de la commune de Mougins, agissant au nom de l'Etat, a ordonné l'interruption des travaux que la société requérante avait entrepris en vertu du permis de construire du 23 décembre 2015, a été annulée par jugement du tribunal de céans du 14 novembre 2019. La SCI " Soluna " soutient que la responsabilité de l'Etat est engagée sur le fondement de la faute du fait de cette décision illégale. Toutefois, si cette faute est effectivement de nature à engager la responsabilité de l'Etat qui a l'obligation de réparer les dommages causés par une décision illégale, elle ne peut faire naître une obligation non sérieusement contestable de l'Etat à l'égard de la SCI " Soluna " que dans la mesure où les préjudices invoqués apparaîtraient, avec un degré suffisant de certitude, comme étant la conséquence directe de cette faute.
En ce qui concerne le préjudice matériel résultant de la perte de revenus locatifs :
5. La SCI " Soluna " soutient que le permis attaché au terrain dont elle est propriétaire autorise la construction d'une villa qui devait être réalisée en trois lots, dont la surface habitable globale prévue était de 178,25 m². Elle indique que le plan de financement du projet comprenait la mise en location progressive des locaux achevés au fil de la construction et que, dès lors, les loyers générés par le premier lot, constitué d'un garage d'une surface de 100 m² et d'un bail commercial, dont le loyer annuel prévisionnel était fixé à 14 400 euros, devaient assurer le complément de financement de la construction du deuxième lot. Ce deuxième lot, constitué d'un appartement de 2/3 pièces, aurait généré, selon sa valeur locative, un loyer annuel de 14 400 euros. Le troisième lot, constitué de la maison principale et financé par les deux premiers lots, devait générer, selon sa valeur locative, un loyer annuel de 16 800 euros. La SCI " Soluna " indique, en ce sens, que dès lors que les travaux ont été interrompus de manière illégale du 18 août 2017 au 14 novembre 2019, soit durant une période de 29 mois, le montant du préjudice résultant de la perte des revenus locatifs relatifs aux différents lots s'élève à 110 200 euros.
6. En l'espèce, il est constant que le retard pris dans l'achèvement des travaux relatifs à la construction des trois lots visés par le permis de construire modificatif du 23 décembre 2015, lequel découle directement des effets de l'arrêté illégal édicté par le maire de la commune de Mougins, a privé la société requérante de la perception des revenus locatifs tirés de la gestion desdits lots et ce, durant une période de 29 mois, laquelle s'étend de la date de l'arrêté litigieux à la date de l'annulation prononcée par le tribunal administratif de Nice. La SCI " Soluna " estime le montant du préjudice tiré de la perte des revenus locatifs à 110 200 euros. Toutefois, si le principe même de la privation de la perception de revenus locatifs durant cette période est établi, il y a lieu compte tenu des incertitudes liées à ce type d'opération, de faire une juste appréciation du montant de la provision sollicitée à ce titre et de la fixer à 50 000 euros.
En ce qui concerne le préjudice matériel résultant des frais financiers supportés :
7. La SCI " Soluna " soutient que l'absence de revenus causée par l'interruption illégale du chantier l'a contrainte à employer les sommes prêtées pour le propre service du prêt bancaire qu'elle avait obtenu et que le coût dudit emprunt, constitué des intérêts et de l'assurance, qui aurait pu être déduit des revenus fonciers qu'elle aurait retirés de la location des lots de construction, est directement lié à la faute commise par l'Etat du fait de l'illégalité de sa décision. La société requérante, en ce sens, soutient et justifie que les frais financiers qu'elle a supportés durant la période litigieuse de 29 mois durant laquelle les travaux ont été interrompus s'élèvent à 8 040,54 euros concernant les intérêts et 1 543,64 euros s'agissant des primes d'assurance.
8. En l'espèce, compte tenu de la circonstance tirée de ce que la charge des frais financiers supplémentaires supportés par la SCI " Soluna ", détaillés au point précédent, découle directement de la faute commise par les services de l'Etat, il y a lieu de fixer la provision due, à ce titre, par l'Etat à la société requérante à 9 584,18 euros.
En ce qui concerne les préjudices matériels résultant du surcoût de construction et la dégradation de l'état du bien :
9. D'une part, la SCI " Soluna " soutient qu'au jour de l'introduction de la présente requête, le surcoût de la construction, lié à l'interruption du chantier, s'élève à 400 000 euros. Pour justifier de ce montant, la société requérante se borne à produire un devis unique, lequel est daté de février 2022, alors même qu'elle ne verse aux débats aucun justificatif de nature à établir qu'elle s'est retrouvée dans l'impossibilité, liée à un fait ou un acte imputable à l'administration, de reprendre les opérations de travaux à compter du 14 novembre 2019, date à laquelle l'arrêté du maire de la commune de Mougins portant interruption desdits travaux a été annulé par le tribunal administratif de céans. Dans ces conditions, la SCI " Soluna " n'établit pas que le surcoût de la construction serait lié, avec un degré de certitude suffisant, à la faute commise par les services de l'Etat.
10. D'autre part, la SCI " Soluna " soutient que le coût de la remise en état du bien, dont la dégradation aurait découlé de l'interdiction supposément prise par le maire de la commune de Mougins de clôturer et de sécuriser le chantier, s'élève à 46 750 euros. Toutefois, la société requérante ne produit aucun élément de nature à permettre au tribunal de considérer qu'une telle interdiction aurait été prise par le maire de la commune de Mougins. Par ailleurs, il est constant que la SCI " Soluna " indique que les travaux de terrassement réalisés avant l'arrêt du chantier ont été mis à néant par l'effet des intempéries et d'actes de vandalisme. La société requérante soutient que ces dégradations auraient pu être évitées par une mise en sécurité du chantier par la mairie. Elle ne démontre toutefois pas qu'il revenait à cette dernière de mettre en œuvre les mesures de sécurité des opérations de travaux. Dans ces conditions, l'obligation dont se prévaut la société requérante à l'égard de l'Etat au titre de la dégradation de son bien demeure sérieusement contestable. Par suite, il n'y a pas lieu de condamner l'Etat, à ce titre, au versement d'une provision au profit de la SCI " Soluna ".
Sur les frais liés au litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à la SCI " Soluna " sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la SCI " Soluna " une provision de 59 584,18 euros.
Article 2 : L'Etat versera à la SCI " Soluna " une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société civile immobilière " Soluna " et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée à la commune de Mougins
Fait à Nice, le 16 décembre 2022.
Le juge des référés,
Signé
P. SOLI
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026