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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2201225

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2201225

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2201225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. FAY
Avocat requérantMASONI SABRINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mars 2022, Mme C F, représentée par Me Sabrina Masoni, avocate au Barreau de Nice, demande au tribunal :

* d'annuler la décision en date du 11 janvier 2022 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

* d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à un nouvel examen de son recours amiable ;

* mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme E soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 2 juin 2014 qui fixe, en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, à 45 mois le délai à partir duquel les personnes qui ont déposé une demande de logement resté sans réponse peuvent saisir la commission de médiation ;

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de justice administrative.

Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;

- les observations de Mme B, pour le préfet des Alpes-Maritimes, la requérante n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E a saisi la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation pour être menacée d'expulsion, sans relogement et être en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. La commission a rejeté cette demande par une décision en date du 11 janvier 2022 au motif que si la requérante a reçu une lettre de résiliation de bail le 10 septembre 2021, pour le 7 juin 2022, elle ne justifie pas avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement, document obligatoire conformément à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, que la surface de 58 mètres carrés du logement occupé par l'intéressée est supérieure à celle mentionnée à l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation au regard des 5 personnes composant la cellule familiale, que si Mme E a déposé une demande de logement social le 25 août 2015, l'examen de son recours fait ressortir qu'elle bénéficie déjà d'un logement adapté à ses capacités et besoins et n'est pas en situation d'urgence bien qu'elle n'ait reçu aucune proposition de logement dans le délai réglementaire de 45 mois et que si elle invoque la notion de handicap, elle ne justifie pas de l'inadaptation du logement audit handicap. Mme E demande l'annulation de la décision en date du 11 janvier 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision en date du 11 janvier 2022. Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " et aux termes du premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est () menacé d'expulsion sans relogement (). Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés () s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap () " Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département () / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / () -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; / () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement () d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. " En application des dispositions de l'article R. 822-25, le logement doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus.

3. Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes tendant à être déclaré prioritaire et devant être logé d'urgence relèvent du contentieux de l'excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un recours formé à l'encontre d'une décision de la commission de médiation refusant à un demandeur de le reconnaître prioritaire pour l'accès à un logement décent et indépendant dans le cadre du droit garanti par l'État selon les dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, d'apprécier l'urgence et le caractère prioritaire de la demande de logement à la date de la décision attaquée.

4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation que l'appartenance à l'une des catégories mentionnées par la loi ne suffit pas à elle seule à rendre éligible la demande de logement. Il faut également que la situation du demandeur présente un caractère d'urgence sur lequel la commission de médiation dispose d'un large pouvoir d'appréciation. Pour apprécier ce caractère d'urgence, la commission de médiation doit se fonder sur tous les éléments relatifs à la situation du demandeur.

5. Mme E soutient que la commission de médiation des Alpes-Maritimes a fait de sa situation une appréciation manifestement erronée dès lors que la commission pouvait retenir le caractère sur-occupé du logement qu'elle occupe actuellement avec son mari et ses 3 enfants de sexes différents et âgés de 15, 7 et 1 an dès lors que les pièces sont trop étroites et inadaptées à la situation de handicap de sa fille ainée qui se déplace en fauteuil roulant. En outre, si elle ne fait pas l'objet d'une décision de justice, à la suite d'un congé pour vente de son bailleur, elle et sa famille sont effectivement menacées d'expulsion et doivent avoir quitté le logement le 7 juin 2022. Enfin, la condition de délai anormalement long est remplie dès lors qu'elle a déposé une demande de logement social il y a plus de 45 mois. Cependant, d'une part, le critère de sur-occupation ne s'apprécie qu'en fonction de la surface habitable globale du logement qui, pour une cellule familiale de 5 personnes doit être inférieure à 43 mètres carrés et si la requérante fait valoir que l'étroitesse des pièces du logement est inadaptée au lourd polyhandicap physique et moteur dont sa fille aînée âgée de 15 ans est atteinte et qui se déplace en fauteuil roulant, elle ne le démontre par la seule production d'un certificat du docteure de médecine générale Houria Bensaou, au demeurant postérieur à la décision attaquée. D'autre part, en application des dispositions mentionnées au point 2 ci-dessus, la menace d'expulsion prévue au premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation se caractérise, en application des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code, par une décision de justice prononçant l'expulsion du logement. Par suite, en considérant que Mme E ne justifiait pas avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant son expulsion et que, dès lors qu'elle ne justifiait pas de l'inadaptation du logement au handicap de sa fille, elle bénéficiait déjà d'un logement adapté à ses capacités et besoins, la commission de médiation des Alpes-Maritimes n'a pas fait de sa situation une appréciation manifestement erronée.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme E aux fins d'annulation de la décision en date du 11 janvier 2022 ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

Sur l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme C F, à Me Sabrina Masoni et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

D. ALa greffière,

signé

P. GODEAU

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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