jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2201453 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | JAIDANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 mars 2022, M. B A, représenté par Me Riadh Jaidane demande au tribunal:
1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande d'admission au séjour, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, lequel renonce par avance à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle mentionne le fait qu'il est entré en France avec un visa et que cela constitue un détournement de procédure ;
- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 27 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 juillet 2022.
Vu les pièces produites par une note en délibéré, enregistrées le 1er septembre 2022 ;
Par ordonnance du 2 septembre 2022 l'instruction a été ré-ouverte.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 mai 2022.
Vu :
- les autres pièces jointes au dossier ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié relatif au séjour et au travail des personnes,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mear, rapporteure ;
- et les observations de Me Dire substituant Me Jaidane, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien, né le 22 juin 2022, a sollicité un titre de séjour en qualité de " jeune majeur ", soit sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 1er février 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
3. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
4. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A sur le fondement des dispositions précitées, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur les motifs de ce que l'intéressé, d'une part, ne justifie pas du suivi de sa formation ni du caractère réel et sérieux de ce suivi et, d'autre part, sur le fait que le requérant n'est pas un jeune majeur isolé car il entretient des liens avec sa famille, soit ses parents, sa sœur jumelle et ses deux petits frères restés en Tunisie, son pays d'origine.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a conclu successivement deux contrats d'apprentissage. Un premier contrat a été conclu avec la société NF Duo pour la période du 1er juillet 2020 au 30 juin 2022 dans le cadre de la préparation d'un CAP de pâtissier. Un second contrat a été conclu avec la SARL A pour la période 2 novembre 2020 au 28 août 2022 dans le cadre de la préparation d'un CAP de boulanger. Toutefois, le requérant n'ayant pas obtenu le renouvellement de son récépissé de demande de titre de séjour valable du 15 mars 2021 au 15 septembre 2021, il a poursuivi sa formation nonobstant le fait qu'il résidait irrégulièrement en France et les demandes de titre de séjour ou de récépissé de titre de séjour présentées les 8 novembre 2021 et 27 janvier 2022 par la chambre de métiers et de l'artisanat de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et son employeur. Par ailleurs, il résulte de l'attestation de présence du CFA Métropole Nice Côte d'Azur que si M. A a suivi, du 6 septembre 2021 au 7 mars 2022, 236 heures de cours et a été absent 140 heures, dont 105 heures injustifiées. Dans ces conditions, alors même que le requérant justifie avoir obtenu son CAP de boulanger en juin 2022 et dispose d'une promesse d'embauche de la SARL A, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que le caractère réel et sérieux des études de M. A n'était pas établi à la date de la décision attaquée. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers est au regard de l'ensemble de ces éléments, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. En deuxième lieu, le requérant fait valoir que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de fait en ce qu'elle mentionne que M. A est entré en France sous couvert d'un visa D constituant un détournement de procédure. Le visa produit au dossier est un visa C valable du 19 novembre 2019 au 21 décembre 2019 délivré par l'Allemagne. La lettre D valant mention du pays de délivrance de ce visa " Deutschland / Allemagne ". L'erreur de fait invoquée par le requérant est donc fondée. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet des Alpes-Maritimes aurait pris la même décision de refus de titre de séjour par les autres motifs mentionnés dans l'arrêté contesté. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. M. A fait valoir avoir fui sa famille et résider en France depuis 2019, avoir été recueilli à l'âge de 17 ans par le service de l'aide sociale à l'enfance, avoir entamé une formation diplômante en boulangerie, ne plus avoir de lien avec sa famille et s'être recréé un réseau amical et professionnel en France. Toutefois, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations selon lesquelles il aurait dû fuir son pays en raison de violences au sein de sa famille. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de la courte durée de la présence en France du requérant, du fait qu'il ne dispose pas d'attaches familiales en France alors que ses parents et ses frères et sœur résident en Tunisie, où il a passé l'essentiel de son existence, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté pris par le préfet des Alpes-Maritimes le 1er février 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1A du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.
- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Mear présidente,
Mme Kolf, conseillère,
M. Cherief, conseiller,
Assistés de Mme Sussen, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 nvembre 2022.
L'assesseure la plus ancienne,
signé
S. KOLF
La présidente,
signé
J. MEAR
La greffière,
signé
C. SUSSEN
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026