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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2201480

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2201480

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2201480
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantGUIGUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2022, Mme A C, représentée par Me Guigui, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gazeau a été entendu au cours de l'audience publique du 28 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante nigériane née le 1er décembre 1988, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour du fait du silence gardé sur cette demande.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a été déboutée du droit d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 24 novembre 2015 puis par la cour nationale du droit d'asile le 4 janvier 2017 et a fait l'objet d'un refus de séjour et d'une mesure d'éloignement le 4 avril 2017, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Nice le 27 septembre 2017 puis par ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille du 12 juillet 2018. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme C, qui déclare résider en France depuis décembre 2014, a conclu le 23 février 2017 un pacte civil de solidarité avec M. B, ressortissant français. Toutefois, les pièces versées aux débats, à savoir essentiellement des factures d'énergie aux noms de la requérante et de son partenaire, des photographies, des attestations de témoins, ainsi que des relevés bancaires et des pièces médicales au seul nom de l'intéressée, sont insuffisamment probantes pour établir, à elles seules, la réalité d'une communauté de vie depuis 2017 ainsi que la durée de séjour en France de l'intéressée. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme C est mère de deux enfants mineurs, lesquels résident au Nigéria avec leur grand-mère depuis 2014. Si, par jugement rendu le 17 janvier 2022, le tribunal judiciaire de Grasse a fait droit à la demande d'exéquatur de la décision du juge nigérian du 1er avril 2021 ordonnant l'adoption des deux enfants de l'intéressée par M. B, ce jugement produit en France les effets d'une adoption simple et il ne ressort pas des pièces du dossier que lesdits enfants seraient présents en France aux côtés de leur mère et de leur père adoptif. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'hormis son partenaire, l'ensemble des attaches familiales de Mme C se situe au Nigéria, où résident sa mère, ses frères et sœurs ainsi que, ainsi qu'il a été dit, ses deux enfants. Enfin, elle ne verse aux débats aucun élément ni pièce attestant d'une intégration professionnelle en France. Il suit de là que Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle a fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux et que la décision en litige porterait, ainsi, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels le refus d'octroi d'un titre de séjour a été pris. Elle n'est par suite pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. La situation de Mme C, telle que décrite précédemment au point 3, ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que ces dispositions auraient été méconnues doit donc être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

D. Gazeau

Le président,

signé

G. TaorminaLa greffière,

signé

S. Génovèse

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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