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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2201598

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2201598

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2201598
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 mars 2022 et le 12 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Aline Almairac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, au profit de son avocate, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, celle-ci déclarant renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivée et entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnaît les dispositions des articles L. 141-3, L. 613-3 et L. 613-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux et les droits de la défense ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 11 juillet 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une lettre en date du 19 juillet 2022 les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de soulever d'office un non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 15 mars 2022 en tant qu'il fait obligation à M. A de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixe l'Albanie comme pays de son renvoi, le requérant ayant quitté le territoire français à destination de l'Albanie le 15 mars 2022.

Par ordonnance du 27 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 18 juillet 2022 à 12H00.

Par ordonnance du 18 juillet 2022 l'instruction a été ré-ouverte et refermée au 5 septembre 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 juin 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mear, rapporteure ;

- et les observations de Me Dellamonaca, substituant Me Almairac, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant albanais, né le 31 mars 1999, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 15 mars 2022 comporte les motifs de droit et de fait qui la fondent. Il vise les textes applicables aux décisions de l'arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi. Par ailleurs, il mentionne notamment, que M. A est entré irrégulièrement en France, qu'il a présenté une demande d'asile le 3 août 2021 à la préfecture mais qu'il ne l'a pas envoyée à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de sorte qu'il est désormais hors délai pour présenter sa demande d'asile, qu'il a été débouté du droit d'asile, n'a été reconnu ni réfugié ni apatride. Il indique aussi qu'il est célibataire sans charge de famille et a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de vingt-deux ans et que le pays de son renvoi est celui dont il possède la nationalité, soit l'Albanie. Dans ces conditions, les moyens du requérant tirés d'un défaut de motivation de la décision en litige et d'un défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de communication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par la procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger ". Aux termes de l'article L. 613-3 du même code : " L'étranger auquel est notifié une décision portant obligation de quitter le territoire français est informé, par cette notification écrite, des conditions prévues aux articles L. 722-3 et L. 722-7 dans lesquelles cette décision peut être exécutée d'office () ". Aux termes de l'article L. 613-4 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est également informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des décisions qui lui sont notifiées en application des chapitres I et II ". Aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union et que sa méconnaissance par une autorité d'un Etat membre ne peut, dès lors, être utilement invoquée. Il en va différemment, en revanche, de la méconnaissance du droit d'être entendu en tant qu'il fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé, lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

4. Il ressort du procès-verbal du 15 mars 2022 à 8H45 établi par un agent de la police aux frontières après interpellation du requérant sur la voie publique, que ce dernier a été entendu avant que l'arrêté contesté ait été pris, qu'il a bénéficié au cours de cet entretien et pendant toute la durée de sa retenue de l'assistance d'un interprète en langue albanaise dont le nom et le prénom sont mentionnés dans le procès-verbal. Il a été informé de ses droits et ainsi été mis en mesure de formuler utilement ses observations. Par ailleurs, l'acte portant notification de l'arrêté portant refus de titre de séjour qui lui a été signifié le même jour à 13H05 a été cosigné par lui-même, l'agent et l'interprète, dont la signature est identique à celle du procès-verbal. Il atteste ainsi que le requérant a été informé avec l'aide d'un interprète, soit dans une langue qu'il comprend, des décisions prises à son encontre, notamment de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et des voies et délais de recours. Dans ces conditions, alors même que le nom et le prénom de l'interprète n'a pas été reporté sur l'acte de notification, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la notification de l'arrêté n'a pas été faite conformément aux dispositions précitées de l'article L. 141-3 et des articles L. 613-3 et L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'ainsi cette décision aurait été prise en méconnaissance des droits de la défense.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. A fait valoir être entré en France pour y solliciter l'asile mais il n'établit pas la date de cette entrée sur le territoire français et n'a pas donné suite à sa demande d'asile. Par ailleurs, le requérant est célibataire, sans attaches familiales en France et ne conteste pas que ses parents demeurent en Albanie. Par suite, compte tenu notamment de la durée et des conditions du séjour en France du requérant, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et méconnaît ainsi les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application combinées des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. La demande présentée par le conseil de M. A tendant à l'application à son profit des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative ne peut qu'être rejetée dès lors que le requérant est la partie perdante à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Almairac et au préfet des Alpes-Maritimes.

- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mear présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

Assistés de Mme Albu greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

S. KOLF

La présidente,

signé

J. MEAR

La greffière,

signé

C. ALBU

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

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