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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2201662

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2201662

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2201662
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantBEN AYED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2022, Mme D B représentée par Me Ben Ayed, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au titre de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2022, par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une incompétence de son auteur en l'absence de délégation de signature ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- le préfet a entaché sa décision d'erreurs de fait et d'erreurs d'appréciation en considérant qu'elle ne pouvait ni se prévaloir de la scolarisation de ses enfants pour régulariser sa situation, ni qu'elle justifiait de l'impossibilité de transférer sa cellule familiale hors de France ; il n'a pas tenu compte de la réalité de sa situation personnelle et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, ressortissante tunisienne née le 25 juillet 1977, a sollicité le 1er février 2022 son admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par arrêté en date du 25 février 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". L'article 61 alinéa 2 du décret du 28 décembre 2020 dispose : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a pas présenté de demande d'aide juridictionnelle au bureau d'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'admettre à titre provisoire Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté du 25 février 2022 dont la légalité est contestée a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par M. E A, directeur adjoint de la règlementation, de l'intégration et des migrations. Par arrêté n°2021-660 du 24 juin 2021, publié le 25 juin 2021 au recueil des actes administratifs spécial n°157-2021 de la préfecture des Alpes-Maritimes les actes et documents relevant du domaine de compétence de la direction précitée, dont notamment l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté du 25 février 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. La décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les articles L. 435-1, L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail. Elle précise les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de la requérante, notamment en mentionnant le fait qu'elle est divorcée, qu'elle déclare être entrée en France le 17 mars 2019 avec ses deux enfants nés en 2003 et 2004, qu'elle ne peut se prévaloir de la scolarisation récente de ses enfants, dont un majeur et le second tout proche de l'être, comme un motif de régularisation au titre de la vie privée et familiale, qu'elle ne justifie d'aucun élément attestant d'une perspective réelle d'embauche ou d'une activité professionnelle. Dans ces conditions, le préfet qui n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation des étrangers dont il pourrait avoir connaissance, a suffisamment motivé l'arrêté attaqué et tenu compte de la situation personnelle de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de la situation doit être écarté.

7. En troisième lieu, si Mme B fait valoir qu'elle est entrée sur le territoire le 17 mars 2019 pour rejoindre ses parents, que dès son arrivée, elle a scolarisé ses enfants et qu'elle dispose en France de liens intenses et stables dès lors que résident régulièrement sur le territoire français ses deux parents, son frère et sa sœur, il résulte toutefois de l'instruction que le préfet des Alpes-Maritimes aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur les motifs tirés de ce que l'intéressée ne peut se prévaloir de la scolarisation de ses enfants comme un motif de régularisation au titre de la vie privée et familiale. Par ailleurs, si la requérante soutient être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, il ressort des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes ne s'est pas fondé sur ce seul motif pour lui opposer l'arrêté attaqué, et qu'il aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ce motif. Enfin, la durée de scolarisation de son fils ainé en seconde puis en première professionnelle dans le domaine des métiers de l'électricité, et celle de sa fille cadette en seconde puis en première professionnelle dans le domaine des métiers de la gestion et de l'administration sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet des Alpes-Maritimes a tenu compte de la scolarité en France de ses enfants et qu'il aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ces éléments. Par suite, les moyens tirés des erreurs de fait et d'appréciation doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Mme B fait valoir qu'elle réside en France depuis l'année 2019 avec ses deux enfants chez ses parents. Toutefois, elle ne justifie, par les pièces produites, ni de la durée exacte de son séjour sur le territoire national ni d'une insertion sociale ou professionnelle. En outre, elle n'établit ni même n'allègue l'existence d'obstacles à la reconstitution de la cellule familiale dans son pays d'origine avec ses enfants. Ainsi, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au respect de son droit à mener une vie privée et familiale normale et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Si Mme B soutient que ses deux enfants, nés en 2004 et 2003 sont scolarisés en France, cette circonstance ne saurait les placer dans l'impossibilité de retourner en Tunisie avec leur mère et de faire obstacle à la poursuite de leurs études dans ce pays, dont ils possèdent la nationalité. En outre, seule sa fille C était mineure à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté pris par le préfet des Alpes-Maritimes, le 25 février 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

V. F

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

D. Gazeau

La greffière,

Signé

B.P Antoine

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière.

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