jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2201836 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BERNARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 avril 2022, Mme C D, représentée par Me Kerlyne Bernard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
3°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à son avocate une somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la délégation de signature du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas justifiée ;
- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant refus de titre de séjour étant illégale, la décision portant obligation de quitter le territoire français l'est également par voie de conséquence ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Mme C D, n'a pas été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 21 février 2022.
Par ordonnance du 27 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 juillet 2022 à 12H00.
Vu :
- les pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mear, rapporteure ;
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, ressortissante canadienne, née le 21 avril 1991, demande l'annulation de l'arrêté du 10 janvier 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et du travail, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi.
2. En premier lieu, l'arrêté du 10 janvier 2022 dont la légalité est contestée a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par M. B A, directeur adjoint de la règlementation, de l'intégration et des migrations. Par arrêté n° 2021-660 du 24 juin 2021, publié le 25 juin 2021 au recueil des actes administratifs spécial n° 157-2021 de la préfecture des Alpes-Maritimes, M. A a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les actes et documents relevant du domaine de compétence de la direction précitée, dont notamment l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté du 10 janvier 2022. Cet acte réglementaire est librement consultable sur le site internet de la préfecture des Alpes-Maritimes, ce qui permet d'établir son existence et sa publicité régulière. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. La décision portant refus de titre de séjour attaquée énonce les considérations de droit et les circonstances de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle vise notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne les motifs de fait pour lesquels le préfet des Alpes-Maritimes a considéré que la requérante ne pouvait bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de cet article tant au regard de sa vie privée et France que de ses conditions de travail. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision portant refus d'admission exceptionnelle au séjour de Mme D doit être écarté comme manquant en fait.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Mme D fait valoir qu'elle réside en France depuis 2015, qu'elle a toujours travaillé et subvenu à ses besoins, qu'elle vit en concubinage avec un ressortissant irlandais, ressortissant de l'Union européenne, et qu'elle n'a plus véritablement d'attaches familiales dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante a bénéficié jusqu'au 25 septembre 2017 d'une autorisation provisoire de séjour puis ayant obtenu au Canada un visa D " vacances-travail " a été mise à nouveau en possession après son retour en France le 4 décembre 2019 d'une autorisation de travail renouvelée jusqu'au 5 novembre 2021 et est demeurée irrégulièrement en France après l'expiration de son visa. Si l'intéressée, célibataire et sans charge de famille en France, se prévaut d'un concubinage avec un ressortissant membre de l'Union européenne, l'existence d'une communauté de vie suffisamment ancienne avec son compagnon n'est pas établie par les pièces jointes au dossier. En outre, elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales au Canada où réside sa mère. Par ailleurs, si la requérante soutient travailler en contrat à durée indéterminée en tant qu'hôtesse en chef sur un bateau, ce dernier et la société qui le gère sont basés à Monaco et, selon l'attestation du capitaine de ce bateau établie le 11 mars 2022, il est amarré hors de France, soit à Monaco. Enfin, par la circonstance qu'elle a obtenu en France en 2017 un brevet " spécialité activités gymniques de la forme et de la force " et la production d'une attestation d'une élève établie en 2022 selon laquelle elle l'aurait suivi en tant que " coach sportif " en 2017, la requérante ne justifie pas de son intégration sociale et professionnelle en France. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris et ainsi méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
8. Pour les motifs mentionnés au point 6 les circonstances dont se prévaut Mme D mentionnées en ce même paragraphe ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à lui ouvrir droit à une admission exceptionnelle au séjour en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant l'admission au séjour de Mme D sur le fondement des dispositions de cet article.
9. En cinquième lieu, la décision de refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
10. En sixième et dernier lieu, l'arrêté en litige vise les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que Mme D est de nationalité canadienne et que cette dernière a l'obligation de quitter le territoire français pour rejoindre le pays dont elle a la nationalité ou tout autre pays où elle est légalement admissible. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de son renvoi n'est pas motivée alors que le préfet des Alpes-Maritimes n'était pas tenu de viser l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'expliciter les motifs pour lesquels il ne considérait pas qu'un retour au Canada n'était pas de nature à méconnaître les stipulations de cet article.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral en date du 10 janvier 2022 présentées par Mme D doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et des conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet des Alpes-Maritimes.
- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Mear présidente,
Mme Kolf, conseillère,
M. Cherief, conseiller,
Assistés de Mme Albu, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
L'assesseure la plus ancienne,
signé
S. KOLF
La présidente,
signé
J. MEAR
La greffière,
signé
C. ALBU
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026