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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2201932

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2201932

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2201932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme Charpy
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 avril 2022 et le 14 juin 2022, M. B A, représenté par Me Almairac, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de protégé international, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son renvoi, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ; et à titre subsidiaire de suspendre l'exécution de la décision d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou une attestation de demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à Me Almairac en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la recevabilité de sa requête :

- sa requête est recevable dès lors que les voies et délais de recours ne lui ont pas été notifiés dans une langue qu'il comprend et alors qu'il était incarcéré, sans l'assistance d'un interprète.

S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen " sérieux " de sa situation personnelle ;

- son droit à être entendu a été méconnu ;

- l'agent lui ayant notifié l'arrêté en litige par voie administrative n'est pas identifié ;

- l'arrêté attaqué lui a été notifié sans qu'il ne reçoive l'assistance d'un interprète et sans qu'il ne soit informé de la possibilité d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix ;

- il est entaché d'erreurs de faits dès lors qu'il n'a sollicité la délivrance d'aucun titre de séjour ; que son abstention de saisine de la Cour nationale du droit d'asile n'était pas intentionnelle mais résulte d'une mauvaise compréhension des modalités de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides.

S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Charpy, conseillère, en application des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 juin 2022 :

- le rapport de Mme Charpy, magistrate désignée,

- les observations de Me Petit, substituant Me Almairac, représentant M. A, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc né le 1er mai 1997, a fait l'objet d'un arrêté du 22 mars 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de protégé international, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son renvoi, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, d'une part l'arrêté en litige explicite les considérations de droit et de faits sur lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé pour refuser à M. A un titre de séjour en qualité de protégé international, l'obliger à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, et prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ; d'autre part il ne ressort pas de la lecture dudit arrêté qu'il serait entaché d'un défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé. Par conséquent, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Lorsqu'il sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection internationale, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, l'intéressé ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

6. Il appartenait à M. A, à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utiles, et notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié, n'imposait pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français. Ainsi, la circonstance que l'intéressé n'a pas été invité à formuler des observations avant l'édiction de la décision d'éloignement ne permet pas de considérer qu'il aurait été privé de son droit à être entendu. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu tel que garanti par le principe général du droit de l'Union européenne doit, dès lors, être écarté.

7. En troisième lieu, si le requérant entend se prévaloir des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'administration signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français et les décisions accessoires qui l'accompagnent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme inopérant.

8. En quatrième lieu, la circonstance que l'identité de l'agent ayant notifié l'arrêté attaqué ne soit pas précisée par ledit arrêté est sans incidence sur sa légalité.

9. En cinquième lieu, si les conditions de notification de l'arrêté litigieux peuvent avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours, elles sont sans incidence sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, contenues dans l'arrêté du 22 mars 2022. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux aurait été notifié dans des conditions irrégulières dès lors que M. A, d'une part n'aurait pas bénéficié de l'assistance d'un interprète alors qu'il ne parle pas français, d'autre part n'aurait pas été informé de son droit d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix, doit être écarté comme inopérant.

10. En sixième lieu, M. A ne saurait utilement invoquer les circonstances qu'il n'a pas formé de demande de délivrance de titre de séjour et qu'il ne s'est pas volontairement abstenu de saisir la cour nationale du droit d'asile, pour contester la légalité de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'erreur de faits, en tout état de cause inopérant, doit donc, dans ses deux branches, être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 542-2 du même code dispose : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur : () b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; / c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; ". Il résulte de ces dispositions qu'une demande de réexamen ouvre droit au maintien sur le territoire français jusqu'à ce qu'il y soit statué.

12. Il résulte des pièces du dossier, d'une part que la demande d'asile de M. A a été définitivement rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 13 octobre 2021 sans que l'intéressé n'ait saisi la cour nationale du droit d'asile (CNDA) d'un recours contre cette décision, et d'autre part que M. A n'établit ni même n'allègue, nonobstant la production d'un courrier adressé à la préfecture des Alpes-Maritimes daté du 21 avril 2022 sollicitant un rendez-vous en vue de formuler une demande de réexamen de sa demande d'asile, avoir effectivement formulé une telle demande. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français prise par le préfet des Alpes-Maritimes le 22 mars 2022 méconnaît les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. M. A, fait valoir qu'il est arrivé en France le 4 décembre 2020, que deux de ses cousins ont obtenu le statut de réfugié en France et que deux de ses frères sont actuellement en cours de procédure de demande d'asile. Toutefois il n'établit pas, par la simple production des documents de séjour et récépissés de demande d'asile de ces personnes, entretenir avec elles de lien privilégié. De même, l'intéressé, célibataire et sans enfant, n'établit pas disposer sur notre territoire d'attaches personnelles importantes. Il ne soutient pas non plus y bénéficier d'une quelconque insertion socio-professionnelle. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté aux droits de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

16. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants ()/ 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;

() /3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

17. Pour décider que M. A est obligé de quitter le territoire français sans délai, le préfet a considéré qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement dès lors qu'il ne dispose pas de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il ne présente pas de domicile propre permanent fixe et stable déclaré sur le territoire français, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il est actuellement incarcéré à la maison d'arrêt de Grasse pour une durée de 15 mois pour aide à l'entrée à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France ou dans l'espace de Schengen ayant pour effet de le soumettre à des conditions incompatibles avec la dignité humaine. M. A, qui se borne à faire valoir qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il n'entre dans aucune des hypothèses mentionnées à l'article L. 612-3 précité, n'établit ni même n'allègue disposer d'une adresse fixe et stable ou présenter des garanties de représentation suffisantes. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, commis une erreur de droit dans l'application des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". En vertu de ces stipulations, ne peut être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que celui-ci s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

19. L'intéressé soutient que, d'origine kurde, son retour vers la Turquie l'exposerait à des risques d'atteinte à son intégrité physique. À l'appui de ses allégations, il verse au dossier plusieurs documents dont un jugement de condamnation à une peine d'emprisonnement ferme de 3 ans et 9 mois, pris à son encontre le 9 mars 2020 par la huitième chambre criminelle de la cour de cassation d'Izmir pour des faits de " propagande d'organisation terroriste " qu'il affirme, sans être contredit en défense, ne pas avoir été en mesure de soumettre à l'OFPRA lors de sa première demande d'asile. Dans ces conditions, le moyen soulevé tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est fondé et de nature à entraîner l'annulation de la décision préfectorale fixant la Turquie comme pays de destination du requérant.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

20. L'obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, M. A n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette mesure à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

21. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du I° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. / Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application du b ou d du I° de l'article L. 542-2 () ".

22. Il résulte de l'instruction que la demande d'asile de M. A a été rejetée par l'OFPRA le 13 octobre 2021 et que l'intéressé n'a pas formé de recours contre cette décision devant la CNDA. Par suite, M. A, dont le droit au maintien n'a pas pris fin par application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'entre pas dans le champ d'application des dispositions précitées. Il suit de là que les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

23. Le présent jugement, qui annule l'arrêté litigieux uniquement en ce qu'il fixe la Turquie comme pays de destination, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 22 mars 2022 est annulé en tant qu'il fixe le pays de renvoi de M. A.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice, et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. CHARPYLa greffière,

signé

H. DIAW

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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