mercredi 1 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2201985 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SZEPETOWSKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 avril et 10 juin 2022, Mme E F, représentée par Me Piazzesi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2021 par lequel le maire d'Antibes a délivré à la société par actions simplifiée Excelsior un permis de construire valant permis de démolir portant sur la démolition d'une villa et la construction d'un ensemble de 11 logements sur les parcelles cadastrées section BE n° 130 et 131, ensemble la décision rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Antibes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UD 6.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune ;
- il méconnaît la destination de l'emplacement réservé n° 31 ;
- le permis de construire a été obtenu par la fraude dès lors que le pétitionnaire n'a pas mentionné que la parcelle cadastrée section BE n°131 fait partie d'un lotissement ;
- le projet méconnaît les règles du cahier des charges du lotissement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2022, la société Excelsior et la société à responsabilité limitée Villa Goya, représentées par Me Szepetowski, concluent à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et en tout état de cause à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que le recours gracieux formé par la requérante est fondé uniquement sur des moyens de droit privé et ne comporte aucune demande de retrait de sorte qu'il n'a pu proroger le délai de recours ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, la commune d'Antibes conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire à son rejet.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que le recours gracieux formé par la requérante est fondé uniquement sur des moyens de droit privé et ne comporte aucune demande de retrait de sorte qu'il n'a pu proroger le délai de recours ;
- la requérante n'a pas d'intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 17 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er février 2023 :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,
- et les observations de Me Zattenatti, substituant Me Piazzesi, représentant la requérante, et de Mme D, représentant la commune d'Antibes.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 27 octobre 2021, le maire d'Antibes a délivré à la société Excelsior un permis de construire valant permis de démolir portant sur la démolition d'une villa et la construction d'un ensemble de 11 logements sur les parcelles cadastrées section BE n° 130 et 131. Par un arrêté du 8 décembre 2021, le bénéfice de ce permis a été transféré à la société Villa Goya. Par un courrier, reçu le 17 décembre 2021 par la commune, Mme F a formé un recours gracieux contre l'arrêté du 27 octobre 2021. Par un courrier, reçu le 25 février 2022 par la requérante, le maire d'Antibes a rejeté son recours gracieux. Par la présente requête, Mme F demande l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2021 et de la décision rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. B C, adjoint délégué à l'urbanisme et aux paysages urbains. Par un arrêté n° 1238/20 en date du 27 mai 2020, affiché en mairie et réceptionné en préfecture le même jour et publié au recueil des actes administratifs n° 2020/05 de la commune, le maire d'Antibes lui a donné délégation à l'effet de signer tous actes relatifs aux autorisations d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article UD 6.1 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions par rapports aux voies publiques, aux voies privées et aux emprises publiques dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Les constructions, hormis celles en sous-sol destinées à du stationnement, doivent s'implanter à une distance au moins égale à 6 mètres de l'alignement des voies ou de la limite qui s'y substitue en cas d'élargissement () ".
4. En l'espèce, il ressort de la comparaison des plans PC 09 et PC 02 joints à la demande de permis de construire en litige que le local à vélos projeté s'implante à une distance de 6,09 mètres de la limite de propriété. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article UD 6.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune auraient été méconnues. Il suit de là que le moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : / 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; / () " et aux termes de l'article R. 151-48 du même code : " Dans les zones U, AU, A et N, le ou les documents graphiques du règlement font, en outre, apparaître, s'il y a lieu : / () / 2° Les emplacements réservés aux voies publiques délimités en application du 1° de l'article L. 151-41, en précisant leur destination et les collectivités, services et organismes publics bénéficiaires ; / () ". Enfin, aux termes de l'article L. 421-6 de ce code : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique ".
6. Il résulte de la combinaison des dispositions citées au point précédent que l'autorité administrative chargée de délivrer le permis de construire est tenue de refuser toute demande, même émanant de la personne bénéficiaire de la réserve, dont l'objet ne serait pas conforme à la destination de l'emplacement réservé, tant qu'aucune modification du plan local d'urbanisme emportant changement de la destination n'est intervenue. En revanche, un permis de construire portant à la fois sur l'opération en vue de laquelle l'emplacement a été réservé et sur un autre projet peut être légalement délivré, dès lors que ce dernier projet est compatible avec la destination assignée à l'emplacement réservé.
7. En l'espèce, il ressort du plan de zonage dans sa version issue de la révision du 29 mars 2019 que le boulevard Pierre Delmas est concerné par un emplacement réservé CO n° 31 pour son élargissement à 12 mètres. Toutefois, si cet emplacement réservé est bien situé au niveau de la desserte du projet, contrairement à ce que soutient la requérante, il n'empiète pas sur les parcelles cadastrées section BE n° 130 et 131 sur lesquelles s'implante le projet en litige mais porte sur la parcelle cadastrée section CZ n°157. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les constructions projetées s'implanteraient sur un emplacement réservé dont elles méconnaîtraient la destination. Il suit de là que le moyen doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 442-9 du code de l'urbanisme : " Les règles d'urbanisme contenues dans les documents du lotissement, notamment le règlement, le cahier des charges s'il a été approuvé ou les clauses de nature réglementaire du cahier des charges s'il n'a pas été approuvé, deviennent caduques au terme de dix années à compter de la délivrance de l'autorisation de lotir si, à cette date, le lotissement est couvert par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu. / De même, lorsqu'une majorité de colotis a demandé le maintien de ces règles, elles cessent de s'appliquer immédiatement si le lotissement est couvert par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu, dès l'entrée en vigueur de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. / Les dispositions du présent article ne remettent pas en cause les droits et obligations régissant les rapports entre colotis définis dans le cahier des charges du lotissement, ni le mode de gestion des parties communes. / () " et aux termes de l'article A. 424-8 du code de l'urbanisme : " () Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ".
9. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, lorsqu'un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu a été approuvé, les règles d'urbanisme contenues dans les documents approuvés d'un lotissement cessent de plein droit de s'appliquer au terme de dix années à compter de la délivrance de l'autorisation de lotir, ou, si une majorité de colotis en a demandé le maintien, au plus tard lors de l'entrée en vigueur de la loi du 24 mars 2014.
10. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le cahier des charges du lotissement " La Stura " a été approuvé par un arrêté préfectoral du 22 décembre 1953 et que, par délibération du 13 mai 2011, le conseil municipal d'Antibes a approuvé son plan local d'urbanisme. Ainsi, les règles d'urbanisme figurant dans les documents du lotissement avaient définitivement cessé d'être applicables le 27 octobre 2021, date de la décision attaquée. La requérante ne peut donc utilement soutenir que l'arrêté en litige méconnaîtrait les règles du cahier des charges du lotissement. Par suite, la circonstance que le pétitionnaire n'aurait pas mentionné que la parcelle cadastrée section BE n°131 faisait partie du lotissement " La Stura " n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
11. D'autre part, les autorisations d'urbanisme étant accordées sous réserve des droits des tiers, il n'appartenait pas à la commune de vérifier le respect des droits et obligations régissant les rapports entre colotis définis dans le cahier des charges du lotissement. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des règles de ce cahier des charges doit être écarté dans ses deux branches.
12. En dernier lieu, la circonstance que la société pétitionnaire aurait précisé dans sa demande de permis de construire que le terrain d'assiette du projet n'était pas situé dans un lotissement ne saurait, à elle seule, la faire regarder comme s'étant livrée à des manœuvres frauduleuses en vue d'induire en erreur l'administration dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit aux points 10 et 11 que les règles du cahier des charges du lotissement n'étaient pas opposables au projet en litige. Il suit de là que l'élément intentionnel de la fraude n'est pas caractérisé et le moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme F doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Antibes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme F demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme F une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par les sociétés Excelsior et Villa Goya et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Mme F versera aux sociétés Excelsior et Villa Goya une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F, à la commune d'Antibes, à la société par actions simplifiée Excelsior et à la société à responsabilité limitée Villa Goya.
Délibéré après l'audience du 1er février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bonhomme, président,
Mme Soler, conseillère,
M. Holzer, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.
La rapporteure,
Signé
N. A
Le président,
Signé
T. BONHOMMELa greffière,
Signé
M.L. DAVERIO
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026