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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2201987

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2201987

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2201987
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET OLOUMI - HMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 avril 2022 et le 20 mai 2022, M. D B, représenté par Me Oloumi du cabinet d'avocats Oloumi - Hmad, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 614-16 de ce code ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en droit et en fait au regard de l'intérêt de l'enfant ;

- la décision portant refus d'admission exceptionnelle au séjour est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la réalité de l'établissement et de la durée de sa vie privée et familiale en France ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- l'arrêté en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 août 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mear, rapporteure ;

- et les observations de Me Della Monaca, substituant Me Oloumi, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant kosovar, né le 15 novembre 1987, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les motifs de droit et de fait qui le fondent. Par ailleurs, s'il appartient au requérant de faire valoir le cas échéant que l'arrêté attaqué méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant et, par suite, les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, il ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé en ce qu'il se borne à viser ladite convention sans mentionner l'article 3-1 de cette même convention et n'expliciterait pas suffisamment l'absence d'atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, dès lors que l'exigence de motivation n'emporte pas motivation du respect par l'arrêté de l'ensemble des conventions internationales applicables.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet des Alpes-Maritimes a procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale du requérant avant de prendre cet arrêté.

4. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision refusant son admission exceptionnelle au séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il a sollicité un titre de séjour sur ce fondement ni que le préfet a fondé sa décision sur ces dispositions.

5. En quatrième lieu, M. B. ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur NOR INTK1229185 C du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, dès lors, d'une part, que celle-ci ne revêt pas un caractère réglementaire, et, d'autre part, que les critères de régularisation y figurant ne présentent pas le caractère de lignes directrices susceptibles d'être invoquées mais constituent de simples orientations pour l'exercice, par le préfet, de son pouvoir de régularisation.

5. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. D B fait valoir résider habituellement en France depuis 2014 et y vivre avec son épouse, Mme C, et leur fille A née à Nice le 8 juillet 2014, actuellement scolarisée en cours élémentaire 1. Il indique disposer d'une promesse d'embauche en tant que gardien technicien. Il fait état de ce que son oncle et deux de ses frères et sœurs résident en France et qu'il n'a plus aucun lien social ou professionnel avec son pays d'origine. Toutefois par les pièces produites au dossier le requérant n'établit pas de manière suffisamment probante résider habituellement en France depuis 2014 ainsi qu'il le fait valoir, notamment au titre de l'année 2018, pour laquelle il ne produit que deux certificats de scolarité établis pour son enfant au titre de 2018 et de l'année 2018/2019, qui ne comportent pas le nom de leurs signataires, six factures scolaires, treize factures Bouygues et 1 facture FNAC, lesquelles mentionnent des adresses distinctes, les dernières indiquant le 10 ou le 10 T rue Trachel, soit l'adresse du bail signé par M. E B, et qui ne sont pas assorties de justificatifs de paiement. En outre, par la seule production de deux promesses d'embauche datées de 2019 et 2020 sur un même emploi de " gardien-technicien ", le requérant n'établit pas son insertion sociale et professionnelle en France. Par ailleurs, M. B, qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit de l'arrêté du 4 mars 2016 portant refus de titre de séjour au titre de l'asile et obligation de quitter le territoire français, est marié avec une compatriote, qui réside également irrégulièrement sur le territoire français et s'il fait valoir avoir des attaches familiales en France, il n'établit pas être dépourvu de telles attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions et, compte tenu des conditions et de la durée du séjour de M. B en France, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été prise et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

7. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ().

8. D'une part, il ressort des termes mêmes de la décision portant refus d'admission exceptionnelle au séjour que le préfet des Alpes-Maritimes a examiné la situation du requérant au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des conditions d'application de cet article. Par suite, le moyen tiré de ce que la situation du requérant aurait été examinée au regard des critères de l'article L. 423-23 du même code pour l'application de l'article L. 435-1 de ce code manque en fait et doit être écarté. D'autre part, il résulte de ce qui est énoncé au point 6 que M. B ne justifie pas de circonstances de nature à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

10. Si le requérant fait valoir que l'arrêté attaqué aurait pour effet de séparer son enfant de l'un de ses parents, il ne fait pas état d'obstacle à la reconstitution de la cellule familiale et à la poursuite de la scolarisation de son enfant au Kosovo. Par ailleurs alors même que sa fille est née et est scolarisée en France, compte tenu notamment de son jeune âge à la date de la décision attaquée, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision méconnaît leur intérêt supérieur garanti par les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

11. Il résulte de tout ce qui précède, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 janvier 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et à fixer le pays de son renvoi. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mear présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

S. KOLF

La présidente,

signé

J. MEAR

La greffière,

signé

C. MARTIN

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

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