jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2202045 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ASSUS-JUTTNER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 avril 2022, Mme D C, représentée par Me Pozzo Di Borgo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 septembre 2021 par lequel le maire de la commune de Nice a retiré l'arrêté en date du 3 août 2021 portant refus d'un permis de construire et a délivré le permis de construire sollicité par la société par action simplifiée Europrom Gasperi en vue de la construction d'un immeuble comprenant cinq logements sur un terrain situé 31 avenue Saint-Exupéry à Nice, ensemble la décision en date du 10 février 2022 par laquelle le maire de la commune de Nice a rejeté son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Nice une somme de 2 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- elle justifie d'un intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté du 23 septembre 2021 est entaché d'incompétence de sa signataire ;
- le permis litigieux a été délivré sur la base d'un dossier de demande incomplet, au regard, notamment, des dispositions des articles R. 431-7 et R. 431-36 du code de l'urbanisme et en l'absence de mention de la pente du terrain ;
- le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article 2.1.2 de la sous-zone UDc du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain (ci-après, le " PLUM ") de Nice ;
- le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article 3.1 de la sous-zone UDc du règlement du PLUM ;
- le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article 8.2 du plan de prévention des risques mouvements de terrain en date du 16 mars 2020 et est constitutif d'une rupture d'égalité ;
- l'emprise au sol du projet est erronée ;
- le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ;
- le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- le projet litigieux méconnaît les objectifs fixés par l'Orientation d'Aménagement et de Programmation " Colline ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2022, la commune de Nice, prise en la personne de son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.
La commune fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2022, la société par action simplifiée Europrom Gasperi, prise en la personne de son représentant légal, représentée par Me Assus-Juttner, conclut au rejet, à titre principal, au rejet de la requête pour irrecevabilité, à titre subsidiaire à son rejet au fond et en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Europrom Gasperi fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable à triple titre : la requérante ne justifie ni d'un intérêt à agir, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, ni de sa qualité de propriétaire du bien situé 11 avenue des Palmiers, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme et la requérante est forclose ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Le permis de construire litigieux a été transféré à la société à responsabilité limitée Ecis études conseils investissements Ser, par un arrêté du maire de Nice en date du 26 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 mars 2023 :
- le rapport de Mme E ;
- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;
- les observations de Me Pozzo Di Borgo, pour la requérante ;
- les observations de Mme B, pour la commune de Nice ;
- et les observations de Me Vezier, substituant Me Assus-Juttner, représentant les sociétés Europrom Gasperi et Ecis études conseils investissements Ser.
Une note en délibéré, présentée pour les sociétés Europrom Gasperi et Ecis études conseils investissements Ser, a été enregistrée le 2 mars 2023.
Une note en délibéré, présentée pour Mme C, a été enregistrée le 3 mars 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 23 septembre 2021, le maire de la commune de Nice a retiré un arrêté en date du 3 août 2021 portant refus d'un permis de construire et a délivré le permis de construire sollicité par la société par action simplifiée Europrom Gasperi en vue de la construction d'un immeuble comprenant cinq logements sur un terrain situé 31 avenue Saint-Exupéry, à Nice. Par un courrier en date du 3 décembre 2021, reçu le 6 décembre 2021, Mme D C a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Par une décision en date du 10 février 2022, le maire de la commune de Nice a expressément rejeté son recours gracieux. Mme D C, demande l'annulation de l'arrêté en date du 23 septembre 2021, ainsi que la décision expresse en date du 10 février 2022 rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation, à des membres du conseil municipal () ".
3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A F, deuxième adjointe au maire de la commune de Nice. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 20 novembre 2020, la signataire de l'arrêté en litige a reçu délégation du maire de Nice pour signer les décisions en matière d'urbanisme et notamment les autorisations d'urbanisme. Cet arrêté a fait l'objet d'un affichage en mairie du 7 décembre 2020 au 8 février 2021 ainsi que d'une transmission au contrôle de légalité le 25 novembre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431- 8 à R. 431-12 ".
5. Contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire déposé par la société Europrom Gasperi comportait un plan de situation du terrain à l'intérieur de la commune, précisant son orientation géographique par rapport au Nord et mentionnant en légende, l'adresse du terrain ainsi que ses références cadastrales. En outre, les autres pièces du dossier de permis de construire ont largement permis à l'autorité administrative de connaitre la situation du terrain d'assiette du projet à l'intérieur de la commune. Par suite, les dispositions de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme n'ont pas été méconnues.
6. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; d) Le justificatif de dépôt de la demande d'autorisation prévue à l'article R. 244-1 du code de l'aviation civile lorsque le projet porte sur une construction susceptible, en raison de son emplacement et de sa hauteur, de constituer un obstacle à la navigation aérienne. "
7. La requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme, lesquelles ne sont applicables qu'aux seules déclarations préalables, pour soutenir que le dossier de permis de construire serait incomplet.
8. Enfin, aucune disposition législative ou réglementaire, et notamment pas les articles R. 431-8, R. 431-9, R. 431-10 et suivants du code de l'urbanisme, qui définissent la composition d'un dossier de permis de construire, n'imposent au pétitionnaire de spécifier le pourcentage de la pente du terrain d'assiette litigieux. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que les différents plans joints au dossier de permis, et notamment des plans de coupe AA, BB, CC et façades Est, qui comportent les repères NGF, ont permis au service instruction d'apprécier la déclivité du terrain d'assiette du projet.
9. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance et de l'inexactitude du dossier de demande de permis de construire doit être écarté en toutes ses branches.
10. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article 2.1.2 de la sous-zone UDc du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain (ci-après, " PLUM ") de Nice : " La hauteur maximale des constructions à l'égout est fixée à 12 m ". Aux termes de l'article 37 des dispositions générales du règlement du PLUM relatif aux modalités de calcul des hauteurs : " () Hauteur à l'égout (He) : / Dans le cas de toiture à pans inclinés, la hauteur est mesurée à l'aplomb depuis l'égout au sens du présent règlement, jusqu'au pied de façade et ceci en tout point / Dans le cas de toiture terrasse, la hauteur à l'égout est mesurée à l'aplomb depuis l'étanchéité jusqu'au pied de façade et ceci en tout point () ". Selon l'article 46 des dispositions générales du règlement du PLUM, l'égout du toit correspond " au point de jonction entre la toiture et le nu de la façade hors débords. Dans le cas de toitures terrasses, l'égout du toit est constitué par l'étanchéité ".
11. Si la requérante soutient que la pièce PC 5 " Façade Ouest " au sein du dossier de permis de construire ne permet nullement de s'assurer du respect des dispositions de l'article 2.1.2 de la sous-zone UDc du règlement du PLUM et qu'il peut être déduit des autres pièces composant le dossier de permis de construire que le bâtiment excède la hauteur maximale de 12 mètres, il ressort de cette pièce PC 5 que l'égout de toit de la façade Ouest se situe à la cote 143,50 mètres NGF et de la pièce intitulée " TN Pied de façade " que le pied de la façade Ouest se situe à 132, 20 mètres NGF. Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier de permis de construire que la hauteur à l'égout de toit de la façade Ouest est de 11,3 mètres et, ainsi, qu'elle n'excède pas la hauteur maximale de 12 mètres fixée par les dispositions de l'article 2.1.2 de la sous-zone UDc du règlement du PLUM. Par suite, et dès lors que la requérante n'apporte aucun élément de nature à établir la méconnaissance des dispositions de l'article 2.1.2 de la sous-zone UDc du règlement du PLUM, le moyen doit être écarté.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3.1 du règlement du PLUM applicable au secteur UDc : " Tout terrain doit être desservi par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés Les caractéristiques des voies de desserte doivent être compatibles avec la circulation et l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. Les accès ne doivent pas présenter de risque pour la sécurité des usagers des voies, quel que soit leur mode de déplacement, ni pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte-tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. Lorsque le terrain est riverain d'au moins deux voies publiques et/ou privées ouvertes à la circulation, l'accès doit se faire sur celle qui présente le moins de gêne ou de risque pour la circulation. () ".
13. La requérante soutient que les conditions de desserte et d'accès ne seraient pas adaptées au projet, lequel consiste en la construction d'un immeuble d'habitat collectif. A ce titre, elle fait valoir que la voie de desserte du projet, constituée par l'avenue Saint Exupéry est dépourvue de cheminement piéton, et alors même qu'elle est sinueuse et qu'elle supporte de nombreux rétrécissements, que des véhicules y stationnent. De plus, elle soutient qu'aucun dispositif destiné à améliorer la visibilité des véhicules entrants et sortants n'est prévu. Toutefois, il ressort des pièces du dossier de permis de construire et notamment de la pièce PC 2, intitulée " plan de masse VRD ", qui n'est pas contestée par la requérante, que l'avenue Saint Exupéry, voie privée ouverte à la circulation publique, sera élargie au droit du projet. Ainsi, la voie de desserte du projet présentera une largeur de 6 mètres en moyenne, permettant le croisement des véhicules, ainsi que cela ressort de l'avis de la direction de la voirie de la métropole Nice Côte d'Azur a émis le 14 juin 2021. Par ailleurs, le projet, qui est limité à cinq logements, prévoit la réalisation de onze places de stationnements, n'induisant par suite, aucune augmentation du nombre de véhicules stationnant le long de la voie. Enfin, le projet aménage deux zones d'attente sécurisée pour les véhicules, ce qui permet l'insertion progressive des véhicules sur la voie. Au regard de ces éléments, la direction de la voirie de la métropole Nice Côte d'Azur a émis un avis favorable le 14 juin 2021, assorti de prescriptions, lesquelles ont été reprises à l'article 3 de l'arrêté litigieux en date du 23 septembre 2021. Dans ces conditions, les caractéristiques de la voie d'accès au projet, lequel ne prévoit la réalisation que de cinq logements, répondent à la destination et à l'importance dudit projet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 3.1 du règlement du PLUM applicable en secteur UDc doit être écarté.
14. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article 8.2 du règlement du plan de prévention des risques mouvements de terrain en date du 16 mars 2020 relatives aux règles de construction, applicables aux zones bleues EbERa, EbpERa ET eBpEGRA : " (.) 2°) Prescriptions relatives au rejet des eaux : - Tous les rejets d'eaux (eaux usées, eaux pluviales, eaux de drainage, eaux de vidange de piscine) doivent être évacués dans les réseaux collectifs existants appropriés. - Toutefois, en cas d'absence de réseaux collectifs existants, les rejets d'eaux devront être évacués, hors zone rouge R* ou RR*, dans un exutoire qui possède les qualités d'absorption du volume d'eau sans dégradation du milieu environnant : un cours d'eau ou un vallon naturel non érodable capable d'accepter un débit supplémentaire ou un terrain permettant une bonne infiltration des eaux, sans dégradation du milieu environnant. Pour ce faire, une étude hydrogéologique et géologique devra être réalisée préalablement au projet. Cette étude définira les caractéristiques de cet exutoire de façon à ce que les rejets d'eaux engendrés par le projet n'aggravent pas l'aléa sur l'ensemble des parcelles exposées ". Aux termes des dispositions de l'article 12.2 du règlement du plan de prévention des risques mouvements de terrain relatives aux règles de construction, applicables en zones bleues GEb, GEbp, EbRa, EbpRa, EbGRa et EbpGRa, : " (.) 2°) Prescriptions relatives au rejet des eaux : - Tous les rejets d'eaux (eaux usées, eaux pluviales, eaux de drainage, eaux de vidange de piscine) doivent être évacués dans les réseaux collectifs existants appropriés. - Toutefois, en cas d'absence de réseaux collectifs existants, les rejets d'eaux devront être évacués, hors zone rouge R* ou RR*, dans un exutoire qui possède les qualités d'absorption du volume d'eau sans dégradation du milieu environnant : un cours d'eau ou un vallon naturel non érodable capable d'accepter un débit supplémentaire ou un terrain permettant une bonne infiltration des eaux, sans dégradation du milieu environnant. Pour ce faire, une étude hydrogéologique et géologique devra être réalisée préalablement au projet. Cette étude définira les caractéristiques de cet exutoire de façon à ce que les rejets d'eaux engendrés par le projet n'aggravent pas l'aléa sur l'ensemble des parcelles exposées ".
15. Il est constant que le plan de zonage du plan de prévention des risques mouvements de terrain de la commune de Nice en date du 16 mars 2020 classe le terrain d'assiette du projet en zone bleue, " EbpRA ". La requérante soutient que le projet, qui prévoit un dispositif d'évacuation des eaux pluviales par infiltration sur la parcelle, méconnaît les dispositions de l'article 8.2 dès lors que ces dernières permettent seulement l'évacuation des eaux pluviales dans les réseaux collectifs existants appropriés, à l'exclusion de toute évacuation par infiltration. Toutefois, il ressort du plan de prévention des risques mouvements de terrain de la commune de Nice que les dispositions invoquées par la requérante ne s'appliquent pas en zone EbpRA, cette dernière étant régie, en ce qui concerne le dispositif de rejet des eaux pluviales, par les dispositions de l'article 12. 2 du règlement du plan de prévention. En tout état de cause, si les dispositions de l'article 12.2 prévoient que les rejets d'eaux pluviales doivent, en principe, être évacués dans les réseaux collectifs existants appropriés, ils peuvent être évacués par le biais d'une infiltration, en cas d'absence de réseaux collectifs existants. En l'espèce, il ressort du plan " réseau d'assainissement (Eaux pluviales) " produit par la commune de Nice et qui n'est pas contesté par la requérante, que le terrain n'est pas desservi par le réseau collectif existant des eaux pluviales. Par ailleurs, la seule circonstance que le projet se situerait dans une zone présentant une fragilité ne suffit pas à établir que le dispositif de rejet des eaux pluviales présente un risque pour la sécurité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du règlement du plan de prévention des risques mouvements de terrain, tel qu'il est soulevé, doit être écarté. Par ailleurs, la circonstance que des préconisations relatives aux rejets des eaux pluviales, émises par un géologue le 2 novembre 2016 dans le cadre de l'élaboration d'un dossier de permis de construire sur la parcelle cadastrée EW 18 située 14 F avenue Henri Musso, à Nice, par Mme C en 2016, n'aient pas été reprises au sein du projet litigieux est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée et ne saurait, en tout état de cause, avoir créé de rupture d'égalité de traitement. Par suite, le moyen de la rupture d'égalité de traitement doit également être écarté.
16. En sixième lieu, aux termes de l'article 45 des dispositions générales du PLUM : " L'emprise au sol d'une construction correspond à la projection verticale du volume de la construction, tous débords et surplombs inclus. Toutefois, les ornements tels que les éléments de modénature et les marquises sont exclus, ainsi que les débords de toiture et les balcons lorsqu'ils ne sont pas soutenus par des poteaux ou des encorbellements. Les piscines ne sont pas incluses dans le calcul de l'emprise au sol, à condition qu'elles ne dépassent pas 1 mètre de hauteur mesuré à partir du sol fini. Les bassins (d'ornement, agricoles, de rétention, liés à la défense incendie, ) ne sont pas inclus dans l'emprise au sol. Les constructions ou parties de construction situées en-dessous du terrain naturel avant travaux et qui seraient apparentes, même partiellement, après travaux ne génèrent aucune emprise au sol à la condition qu'elles demeurent affectées au stationnement des véhicules "
17. Si la requérante soutient que l'emprise au sol du projet mentionnée au sein du dossier de permis de construire est " dépassée " dès lors que les parkings créés n'auraient pas été inclus dans le calcul de l'emprise au sol, elle n'invoque la méconnaissance d'aucune règle d'urbanisme. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que le projet ne prévoit pas la création de places de parking extérieurs mais la réalisation de places de stationnements à l'intérieur du bâtiment ainsi qu'une voie d'accès, recouverte de dalles de type " evergreen ". Mme C, qui se borne à soutenir que le remblai créé ainsi que l'ouvrage en béton dépasseraient " les altimétries minimums à la constitution d'une emprise au sol ", n'établit pas que la voie en cause devrait, compte tenu de ses caractéristiques et eu égard à la définition de l'emprise au sol retenue par les auteurs du PLUM, être incluse dans le calcul de l'emprise au sol du projet au sens des dispositions citées ci-dessus de l'article 45 du règlement de ce document d'urbanisme. Par suite, le moyen doit être écarté.
18. En septième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : "'Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés." Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un permis de construire ne peut être accordé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité de réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.
19. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire () exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction (), notamment en ce qui concerne () l'alimentation en () électricité () / Les obligations imposées par l'alinéa ci-dessus s'étendent au branchement des équipements propres à l'opération sur les équipements publics qui existent au droit du terrain sur lequel ils sont implantés et notamment aux opérations réalisées à cet effet en empruntant des voies privées ou en usant de servitudes. / Toutefois, en ce qui concerne le réseau électrique, le bénéficiaire du permis ou de la décision de non-opposition est redevable de la part de la contribution prévue au troisième alinéa du II de l'article 4 de la loi n° 2000-108 du 10 février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l'électricité, correspondant au branchement et à la fraction de l'extension du réseau située sur le terrain d'assiette de l'opération, au sens de cette même loi et des textes pris pour son application. / L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures. () ".
20. Il résulte de ces dispositions que, pour l'alimentation en électricité, les équipements propres à l'opération sont ceux qui sont nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction ou du terrain jusqu'au branchement sur le réseau public d'électricité qui existe au droit du terrain, en empruntant, le cas échéant, des voies privées ou en usant de servitudes, ou, dans les conditions définies au troisième alinéa de l'article L. 332-15, en empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve, dans ce dernier cas, que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que le réseau correspondant, dimensionné pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soit pas destiné à desservir d'autres constructions existantes ou futures.
21. En l'espèce, et contrairement à ce qui est soutenu par la requérante, la société Enedis, dans son avis du 4 mars 2021, a indiqué au maire de Nice que faute de précision sur la puissance de raccordement nécessitée par le projet de la société Europrom Gasperi, elle basait sa réponse sur une hypothèse de raccordement de 5 x 12kVA triphasé foisonné et que pour le cas où le bénéficiaire de l'autorisation d'urbanisme solliciterait une puissance de raccordement supérieure, " une contribution financière pour des travaux correspondant à une autre solution technique pourrait être à la charge de la CCU (ou de l'EPCI) ". Ces prescriptions ont été reprises à l'article 2 de l'arrêté en date du 23 septembre 2021. Dans ces conditions, la circonstance, au demeurant non démontrée, que le projet nécessiterait une puissance de raccordement supérieure en raison de la recharge des véhicules hybrides, n'est pas de nature à remettre en cause le bien-fondé de l'avis d'Enedis, qui a été rendu sur la base d'une hypothèse de raccordement de 12kVA triphasé foisonné par logement et qui a également précisé les conséquences qui résulteraient d'un raccordement nécessitant une puissance plus importante ni avoir été de nature à fausser l'appréciation du service instructeur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-1 du code de l'urbanisme.
22. En huitième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus d'autorisation d'urbanisme sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Il résulte par ailleurs de ces dispositions que lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, l'autorisation d'urbanisme ne peut être refusée que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande, d'accorder l'autorisation en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
23. La requérante soutient, d'une part, que le projet, lequel consiste a réalisé un immeuble d'habitation de cinq logements, engendre un risque pour la sécurité publique en ce qu'il s'implante dans une zone à risque (incendie, mouvements de sol et sismicité) et que, situé sur un terrain en pente de 70%, il autorise des travaux de déblais et remblais qui induisent des mouvements de sol importants. Toutefois, indépendamment de ces considérations générales, la requérante ne fait état d'aucun élément probant ou circonstancié de nature à démontrer que la sécurité des personnes et des biens ne pourrait être garantie. D'autre part, elle allègue, sans le démontrer, que la suppression des arbres prévue par le projet déstabiliserait le sol et engendrerait un risque pour la sécurité publique, alors même au demeurant qu'il ressort de la pièce PC 4 intitulée " avenant au volet paysager " que le projet, s'il supprime certains arbres existants du terrain, prévoit, par ailleurs, la plantation ou la transplantation de chênes, de pins, de lauriers et d'agrumes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.
24. En neuvième lieu, aux termes de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. Aux termes des dispositions de l'article 2.2.1 de la sous-sous-zone UDc du règlement du PLUM : " L'expression architecturale peut recourir en façades et en toitures à des matériaux contemporains et à des techniques modernes dès lors qu'elle présente un aspect compatible avec le caractère de l'environnement bâti, qu'elle s'inscrit harmonieusement dans le paysage urbain ou naturel et qu'elle respecte la topographie. Exceptionnellement, un recours à un pastiche d'une architecture locale peut être admis. La création et la recherche architecturales peuvent intégrer l'innovation et les solutions énergétiques nouvelles, bioclimatiques et environnementales. Toutes les parties visibles depuis l'espace extérieur employées pour le traitement des façades et des couvertures doivent répondre à un souci de qualité architecturale et être en harmonie avec le caractère des constructions existantes dans l'environnement proche. L'implantation des constructions sera choisie de telle sorte que les mouvements de sol soient réduits au strict minimum nécessaire à l'implantation du bâti ".
25. D'une part, les dispositions de l'article 2.2.1 de la sous-sous-zone UDc du règlement du PLUM ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du PLUM que doit être appréciée la légalité de l'arrêté attaqué.
26. D'autre part, pour apprécier si un projet de construction porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
27. En l'espèce, la requérante, qui se borne à soutenir que les deux pièces transmises par le pétitionnaire suite à l'arrêté de refus en date du 3 août 2021 n'ont pu pallier les insuffisances du dossier de permis de construire et, ainsi, permettre au projet de présenter une meilleure insertion de l'immeuble dans son environnement, n'apporte aucun élément circonstancié au soutien d'une telle allégation et qui serait de nature à démontrer que le projet litigieux porterait atteinte à son environnement. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté.
28. En dixième lieu, aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation ".
29. Si la requérante soutient que le projet est incompatible avec les objectifs fixés par l'Orientation d'Aménagement et de Programmation (ci-après, " OAP ") " Colline ", qui couvre le secteur où le projet doit s'implanter, lesquels visent à favoriser, afin de privilégier une intégration optimale du projet immobilier dans le paysage colline, la " proportion juste ", " la compacité poreuse ", " l'ancrage opportun " et la participation du végétal domestique, elle n'apporte aucun élément de nature à établir une telle incompatibilité. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.
30. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir soulevées par la société Europrom Gasperi, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 23 septembre 2021, ensemble la décision en date du 10 février 2022 par laquelle le maire de la commune de Nice a rejeté son recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de la commune de Nice, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
32. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par la société Europrom Gasperi au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Europrom Gasperi en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme D C, à la commune de Nice, à la société par action simplifiée Europrom Gasperi et à la société à responsabilité limitée Ecis études conseils investissements Ser.
Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
Mme Le Guennec, conseillère,
M. Combot, conseiller,
Assistés de Mme Martin, greffière.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 23 mars 2023.
La rapporteure,
signé
B. E
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026