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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2202081

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2202081

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2202081
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 avril 2022, M. B A, représenté par Me Almairac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour pour soins médicaux dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au profit de son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, celui-ci déclarant renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- en raison du défaut de production de l'avis du collège de médecins de l'OFII par le préfet des Alpes-Maritimes, la procédure est irrégulière ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- le préfet s'étant manifestement considéré en situation de compétence liée, l'arrêté préfectoral est entaché d'une erreur de droit ;

- le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 septembre 2022 :

- le rapport de M. Bonhomme, président ;

- et les observations de Me Petit substituant Almairac, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité géorgienne, né en 2002, a présenté une demande de titre de séjour pour soins médicaux que le préfet des Alpes-Maritimes a rejetée par un arrêté du 19 janvier 2022, en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et en fixant le pays de destination. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le préfet a communiqué, en cours d'instance, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (l'OFII). Par suite, le moyen développé sur ce point par M. A, alors qu'il a pu ainsi vérifier la régularité de la procédure, ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration: " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Selon l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et les circonstances de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet des Alpes-Maritimes a non seulement pris en compte l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) mais apporte également des précisions sur la situation du requérant et précise notamment que M. A n'a pas dans sa demande fait état d'une impossibilité pour lui d'accéder de façon concrète à des soins appropriés dans son pays d'origine. Dès lors, l'autorité préfectorale, qui a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant au regard de son état de santé, ne s'est pas estimée en situation de compétence liée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " : L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. "

7. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention de l'une des parties à produire les éléments qu'elle est la seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi et d'un accès effectif à ce traitement. La partie qui justifie d'un avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. Pour rejeter la demande de titre de séjour déposée par le requérant, le préfet des Alpes Maritimes a fondé sa décision sur l'avis rendu le 10 septembre 2021 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Cet avis précise que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Si les pièces médicales produites par le requérant attestent de la réalité de la pathologie dont il est atteint et de la prise en charge dont il fait l'objet, aucune d'entre elles ne permet de contredire utilement l'avis du collège de médecins de l'OFII rendu le 10 septembre 2021 en ce qui concerne les conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de défaut de prise en charge médicale. Par ailleurs, et en tout état de cause, si M. A prétend qu'il ne peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, la seule pièce qu'il verse au dossier à cet égard ne permet pas de l'établir dès lors que le ministère du travail, de la santé et des affaires sociales de Géorgie pour les personnes déplacées des territoires occupés mentionne seulement que " la transplantation et l'inflammation chronique du foie ne figurent pas dans la liste des maladies prises en charge par le gouvernement et la sécurité sociale de Géorgie ", mais que le remboursement des frais de soins peut néanmoins être étudié par une commission et que sa demande est d'ailleurs transférée à la division organisationnelle de référence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L.425-9 citées au point 6 doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " -1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. M. A soutient qu'il a fixé le centre de sa vie privée en France. Toutefois, cette allégation n'est pas justifiée, au regard de la quantité et de la nature des pièces produites. En outre, le requérant ne démontre pas être totalement dépourvu d'attaches privées ou familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas avoir durablement fixé sur le territoire français le centre de sa vie personnelle et familiale. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté pris par le préfet des Alpes-Maritimes le 19 janvier 2022 porterait une atteinte disproportionnée à son respect de son droit à mener une privée et familiale normale et méconnaitrait de ce fait les stipulations citées au point précédent.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. M. A fait état de ses craintes pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, où il soutient ne pas pouvoir être soigné. Toutefois, comme évoqué précédemment, il ne ressort pas des pièces versées au dossier que le défaut de prise en charge médicale de sa situation devrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa santé. Par conséquent, le moyen tiré de la violation des stipulations citées au point précédent, qui peut seulement être utilement invoqué au soutien de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il attaque. Dès lors, sa requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Almairac et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Bonhomme, président,

- Mme Soler, conseillère,

- M. Holzer, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

.

Le président-rapporteur,

Signé

T. BONHOMMEL'assesseure la plus ancienne,

Signé

N. SOLER

La greffière,

Signé

M.L. DAVERIO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière

2202081

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