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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2202087

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2202087

mercredi 8 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2202087
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M.Myara
Avocat requérantSCP A.B.C.G. (ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE ROMAND)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 avril 2022, M. A B, représenté par

Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 mars 2022, par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié l'ensemble des retraits de points affectant son permis de conduire ainsi que l'ensemble des décisions successives de retrait de points ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le permis de conduire invalidé en reconstituant le capital de points, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions portant retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;

- il n'a pas été informé des droits prévus par les articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route.

Par un mémoire enregistré le 7 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le point retiré à la suite de l'infraction du 10 octobre 2020 a été restitué au requérant avant l'introduction de la requête et que les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 18 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du Tribunal administratif a désigné M. Myara, vice-président, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Myara, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis des infractions au code de la route ayant entraîné le retrait des douze points affectés à son permis de conduire. Par une décision en date du 11 mars 2022, le ministre de l'intérieur a notifié à M. B le dernier retrait de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'il avait perdu le droit de conduire. M. B demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort du relevé d'information intégral du 3 juin 2022 qu'antérieurement à l'introduction de la requête, le permis de conduire de M. B a été crédité d'un point pour l'infraction commise le 10 octobre 2020 en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route. Ainsi, les conclusions de la requête dirigées contre la décision0 de retrait de point consécutive à cette infraction sont dépourvues d'objet et, par suite irrecevables.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de la notification irrégulière des retraits de points :

3. Les conditions de la notification au conducteur des décisions d'invalidation du permis de conduire ou de retrait de points ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des décisions de retrait de points successifs ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :

4. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles

L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Et aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire, à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant des infractions commises le 8 février 2019, le 12 mai 2020 et le

23 mai 2021 :

6.. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date par procès-verbal électronique, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. Il en est de même de la mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée, qui possède la même valeur probante.

7. Il résulte, d'une part, des mentions du relevé d'information intégral les infractions commises les 8 février 2019 et le 23 mai 2021 ont été constatées par un procès-verbal électronique du même jour, qui est produit par le ministre à l'instance. Ce procès-verbal porte la signature de l'intéressé et comporte l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le moyen tiré de ce que M. B n'aurait pas reçu l'ensemble des informations prescrites par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté pour ces infractions.

8. Il résulte, d'autre part, de l'instruction que le procès-verbal électronique du

12 mai 2020 constatant l'infraction commise le même jour porte la mention " refus de signer " et comporte l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le moyen tiré de ce que M. B n'aurait pas reçu l'ensemble de l'information prescrite par ces articles doit être écarté pour l'infraction du 12 mai 2020.

S'agissant de l'infraction commise le 20 mai 2020 :

9. Pour ce qui concerne l'infraction constatée sans interception le 20 mai 2020, si le procès-verbal électronique daté du même jour et la constatant est produit à l'instance, il ne comporte ni la signature de l'intéressé ni la mention " refus de signer ". Le ministre soutient que ces informations ont été communiquées à l'intéressé à l'occasion d'infractions récentes commises les 8 février 2019 et 12 mai 2020. Toutefois, ces infractions sanctionnant l'usage d'un téléphone par conducteur d'un véhicule en circulation et un excès de vitesse inférieur à 30 km/heure, qui ont entraîné chacune un retrait de trois points, ne sont pas de même nature que celle en cause du 20 mai 2020, qui emporte un retrait de 4 points et sanctionne la circulation de véhicule en sens interdit. Ainsi, et quand bien même l'intéressé aurait reçu à l'occasion de cette infraction du 20 mai 2020 une partie des informations requises portant sur l'existence d'un traitement automatisé des points et sur la possibilité d'y accéder, il ne résulte pas de l'instruction et notamment de ce relevé d'information intégral que l'infraction du

20 mai 2020 a été précédée d'une infraction récente de même nature. Par suite, sans qu'il y soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, M. B est fondé à soutenir que le retrait de quatre points consécutifs à cette infraction est intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

10. Il résulte de tout ce qui précède que seule la décision de retrait de points consécutive à l'infraction constatée le 20 mai 2020, doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration reconnaisse à M. B le bénéfice des points restant affectés à son permis de conduire. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer, à la date de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 20 mai 2020, dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route, le bénéfice des quatre points illégalement retirés et de reconstituer en conséquence le capital de points attaché au permis de conduire du requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de point et le droit de conduire de l'intéressé.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

--------------

Article 1er : La décision retirant quatre points du permis de conduire de M. B à la suite de l'infraction commise le 20 mai 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer, dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, le bénéfice des quatre points visés illégalement retirés et d'en tirer toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

A. MYARALe greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier.

N°2202087

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