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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2202156

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2202156

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2202156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantANTOINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 mai 2022 et le 18 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Antoine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " membre de la famille d'un citoyen européen " ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, l'article 7 de la directive 2004/38/CE et l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il exerce une autorité parentale sur sa fille, dispose de ressources suffisantes, exploite un salon de coiffure et dispose d'une assurance maladie car il s'acquitte ainsi que son épouse de cotisations sociales.

- le préfet ne pouvait lui opposer une réserve d'ordre public pour prendre à son encontre un refus de titre de séjour et une mesure d'éloignement car il est père d'une enfant de nationalité espagnole ;

- c'est à tort que le préfet a considéré que son comportement constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental compte tenu de l'intérêt supérieur de son enfant de nationalité espagnole, de son intégration en France avec sa famille, et au fait du caractère que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français portent une atteinte disproportionnée à la libre circulation des citoyens de l'Union et à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 28 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 18 juillet 2022 à 12 heures.

Par une ordonnance du 13 octobre 2022, l'instruction a été ré-ouverte et refermée au 28 octobre 2022 à 12H00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les arrêts de la Cour de justice de l'Union Européenne C-413/99 du 17 septembre 2002, C-200/02 du 19 octobre 2004, C-34/09 du 8 mars 2011, C-86/12 du 10 octobre 2013 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mear, présidente-rapporteure ;

- et les observations de Me Antoine, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant de nationalité marocaine, né le 17 juin 1974, demande l'annulation de l'arrêté du 12 avril 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 20 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " 1. Il est institué une citoyenneté de l'Union. Est citoyen de l'Union toute personne ayant la nationalité d'un État membre. La citoyenneté de l'Union s'ajoute à la citoyenneté nationale et ne la remplace pas. 2. Les citoyens de l'Union jouissent des droits et sont soumis aux devoirs prévus par les traités. Ils ont, entre autres : a) le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ; [] Ces droits s'exercent dans les conditions et limites définies par les traités et par les mesures adoptées en application de ceux-ci ". L'article 21 de ce traité dispose que : " 1. Tout citoyen de l'Union a le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, sous réserve des limitations et conditions prévues par les traités et par les dispositions prises pour leur application ". Aux termes de l'article 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil, du 29 avril 2004, relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, intitulé " Droit de séjour de plus de trois mois " : " 1. Tout citoyen de l'Union a le droit de séjourner sur le territoire d'un autre État membre pour une durée de plus de trois mois : [] b) s'il dispose, pour lui et pour les membres de sa famille, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale de l'État membre d'accueil au cours de son séjour, et d'une assurance maladie complète dans l'État membre d'accueil [] 2. Le droit de séjour prévu au paragraphe 1 s'étend aux membres de la famille n'ayant pas la nationalité d'un État membre lorsqu'ils accompagnent ou rejoignent dans l'État membre d'accueil le citoyen de l'Union, pour autant que ce dernier satisfasse aux conditions énoncées au paragraphe 1, points a), b) ou c) ". L'article 8 du même texte dispose que : " () 4. Les États membres ne peuvent pas fixer le montant des ressources qu'ils considèrent comme suffisantes, mais ils doivent tenir compte de la situation personnelle de la personne concernée. Dans tous les cas, ce montant n'est pas supérieur au niveau en-dessous duquel les ressortissants de l'État d'accueil peuvent bénéficier d'une assistance sociale ni, lorsque ce critère ne peut s'appliquer, supérieur à la pension minimale de sécurité sociale versée par l'État membre d'accueil ".

3. Les dispositions citées au point 2, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, notamment dans les arrêts visés ci-dessus, confèrent au ressortissant mineur d'un Etat membre, en sa qualité de citoyen de l'Union, ainsi que, par voie de conséquence, au ressortissant d'un Etat tiers, parent de ce mineur et qui en assume la charge, un droit de séjour dans l'Etat membre d'accueil à la double condition que cet enfant soit couvert par une assurance maladie appropriée et que le parent qui en assume la charge dispose de ressources suffisantes. L'Etat membre d'accueil, qui doit assurer aux citoyens de l'Union la jouissance effective des droits que leur confère ce statut, ne peut refuser à l'enfant mineur, citoyen de l'Union, et à son parent, le droit de séjourner sur son territoire que si l'une au moins de ces deux conditions, dont le respect permet d'éviter que les intéressés ne deviennent une charge déraisonnable pour ses finances publiques, n'est pas remplie.

4. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. A, en qualité de parent d'un enfant, ressortissant de l'Union européenne comme étant de nationalité espagnole, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé, d'une part, sur le motif tiré de ce qu'il ne justifie pas de ressources suffisantes pour lui et sa famille et, d'autre part, sur le motif tiré de ce que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public.

5. M. A soutient disposer de ressources suffisantes pour assumer la charge de sa famille, soit de sa femme, une compatriote de nationalité marocaine, et de leurs deux enfants, dont sa fille de nationalité espagnole. Toutefois, si le requérant justifie que lui-même et son épouse exercent une activité professionnelle de coiffure et d'onglerie, il n'est pas établi par la seule production des documents de nature professionnelle joints au dossier concernant son activité et celle de son épouse, qu'il disposerait de ressources suffisantes pour lui et sa famille. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, pour ce motif, le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour en tant que parent d'un enfant ressortissant de l'Union européenne. Par ailleurs, si M. A fait valoir que son comportement ne constitue pas du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, son moyen doit être également écarté dès lors que, par le seul motif tiré de l'insuffisance de ses ressources, le préfet des Alpes-Maritimes était en droit de lui refuser un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant ressortissant de l'Union européenne.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A fait valoir être entré en France le 1er janvier 2015 et y résider avec son épouse, une compatriote, sa fille, née le 11 juillet 2013 qui est de nationalité espagnole, et son fils, né le 29 juin 2006. Toutefois, le requérant ne fait état d'aucun obstacle à la reconstitution de sa vie privée et familiale en Espagne, pays dont sa fille a la nationalité et dans lequel il détient, ainsi que sa femme et son fils, des permis de séjour alors, par ailleurs, que son épouse ne bénéficiait à la date de la décision attaquée que d'une autorisation provisoire de séjour en France, dans l'attente de l'instruction de sa demande de carte de séjour mention " membre de la famille d'un citoyen de l'union ". Dans ces conditions, et eu égard notamment au comportement personnel du requérant sur le territoire français, condamné le 2 octobre 2020 par le tribunal correctionnel de Nice à un an d'emprisonnement avec sursis probatoire de deux ans, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris et, par suite, qu'il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la vie familiale et la scolarité des enfants de M. A ne pourraient se poursuivre avec leurs parents en Espagne, pays dont sa fille a la nationalité, où le requérant a résidé avec sa famille avant sa venue en France et où parents et enfants peuvent résider régulièrement ou au Maroc, pays de la nationalité de M. A et de son épouse. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 12 avril 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'annulation des décisions du même jour lui faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de son renvoi. Le rejet des conclusions à fin d'annulation de M. A implique le rejet de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Mear, présidente,

- Mme Kolf, conseillère,

- M. Cherief, conseiller,

- assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

L'assesseure la plus ancienne, La présidente,

signé signé

S. KOLF

J. MEARLa greffière,

signé

C. MARTIN

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

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