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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2202387

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2202387

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2202387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantTRAVERSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés le 16 mai 2022, le 16 juin 2022 et le 3 août 2022, Mme A C, représentée par Me Traversini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 20 avril 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991, qui renonce à percevoir la part contributive à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que:

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation et d'un examen défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressée ;

- - l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué est intervenu en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;

- le préfet des Alpes-Maritimes a entaché l'arrêté attaqué d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision faisant obligation de quitter le territoire devra, par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour, être annulée.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 7 juillet 2022, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme C, par le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 octobre 2022 :

- le rapport de M. Pascal, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Traversini, représentant Mme A C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, de nationalité philippine, née le 11 novembre 1981, a présenté le 14 juin 2017 une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 20 avril 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité. Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 20 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

2. La décision de refus de titre de séjour comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les articles L.423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Cette décision précise les éléments de faits relatifs à la situation personnelle de la requérante, en mentionnant notamment le fait qu'elle est mariée avec un compatriote se trouvant également en situation irrégulière sur le territoire français, que leurs deux enfants sont nés aux D en 2006 et 2008, qu'elle dispose d'une promesse d'embauche mais qu'elle ne produit pas d'autorisation de travail et qu'elle ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle suffisantes depuis son arrivée en France. Les circonstances que la décision attaquée ne mentionne pas que la requérante est entrée en France en novembre 2015 et qu'elle justifie de la continuité de sa résidence en France et de la vie commune avec son époux en France depuis 2017 ne sauraient faire regarder la décision comme entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ni dépourvue d'une motivation suffisante.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Mme C fait valoir qu'elle est entrée régulièrement sur le territoire français en novembre 2015 munie d'un visa Schengen D, valable du 30 octobre 2015 au 6 février 2016, qu'elle y vit depuis 2017 avec son époux et leurs deux enfants, nés le 25 octobre 2006 et le 2 novembre 2008 et que ses quatre sœurs résident régulièrement en France. Elle fait également valoir qu'elle travaille depuis 2019 pour le même employeur en qualité d'employé de maison, qu'elle bénéficie d'une promesse d'embauche datée du 5 mai 2022 pour un emploi d'aide à domicile et que ses enfants sont scolarisés en France depuis plus de cinq ans. Il ressort, toutefois, des éléments du dossier que la requérante est entrée en France à l'âge de 33 ans, que son époux réside également en situation irrégulière en France et qu'elle ne démontre pas ne plus disposer de liens familiaux aux D où elle a vécu la majeure partie de son existence. Dans les circonstances de l'espèce et compte tenu notamment des conditions du séjour en France de Mme C, la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des objectifs de cette mesure. Elle n'est, dès lors, fondée à soutenir ni que cette décision a méconnu les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour

des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment au point 4, Mme C n'établit pas que sa demande de titre de séjour répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels. Les circonstances qu'elle justifie travailler depuis 2019 pour un même employeur et qu'elle dispose d'une promesse d'embauche récente ne sauraient être considérées comme un motif exceptionnel de nature à permettre la délivrance à son profit d'une carte de séjour. Il s'ensuit que la requérante ne peut se prévaloir des dispositions susvisées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. Mme C fait valoir l'arrêté attaqué porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants nés en 2006 et en 2008 aux D, car ces derniers sont scolarisés en France depuis 2017. Cependant, la requérante ne fait pas état d'un obstacle à la poursuite de la scolarité de ses enfants aux D. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que la fille de la requérante ne puisse pas bénéficier aux D du même suivi psychologique que celui dont elle bénéficie en France ni que les parents des enfants soient dans l'impossibilité de travailler dans leurs pays d'origine pour subvenir aux besoins de la famille. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté qu'elle conteste méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. En cinquième et dernier lieu, les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de la requérante.

10. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'appui de la contestation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 20 avril 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour. Par voie de conséquence, ses conclusions susvisées à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les

instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

13. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme C doivent, dès lors, être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Traversini et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Pascal, président,

- Mme Chaumont, conseillère,

- Mme Duroux, conseillère,

assistés de MmeAntoine, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le président,

signé

F. PascalL'assesseur le plus ancien,

signé

A-C. Chaumont

La greffière,

signé

P.-B. Antoine

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

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