jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2202467 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | GOSSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 mai 2022, Mme A D, représentée par Me Gossa, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2022 lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de renouveler son titre de séjour pour raison de santé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à venir ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre subsidiaire et dans les mêmes conditions de délai, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Elle soutient que :
* les décisions attaquées sont entachées d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;
* la décision litigieuse de refus de séjour est entachée :
- d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- d'une méconnaissance des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;
- d'une méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- et d'une méconnaissance des dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
* l'obligation de quitter le territoire français litigieuse :
- est illégale en tant qu'elle se fonde sur une décision elle-même illégale ;
- et est entachée d'une méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice en date du 11 aout 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 17 novembre 2022 :
- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;
- et les observations de Me Gossa, pour la requérante ;
- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, de nationalité géorgienne, née le 11 aout 1977, a sollicité le 8 septembre 2021 le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (étranger malade). Par un arrêté du 31 janvier 2022, le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
2. Les décisions litigieuses dont la légalité est contestée ont été signées pour le préfet des Alpes-Maritimes par M. C B, directeur adjoint de la règlementation, de l'intégration et des migrations. Par arrêté n° 2021-660 du 24 juin 2021, publié le 25 juin 2021 au recueil des actes administratifs spécial n° 157-2021 de la préfecture des Alpes-Maritimes, M. B a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les actes et documents relevant du domaine de compétence de la direction précitée, dont notamment l'ensemble des décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision litigieuse de refus de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ".
4. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour refuser à la requérante la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur l'avis émis le 31 janvier 2022 par lequel le collège de médecins de l'OFII a estimé que si l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait toutefois, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques de santé dans le pays dont elle est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que les deux précédents avis du collège des médecins de l'OFII étaient favorables et que la requérante s'est dès lors vue délivrer une autorisation provisoire de séjour pour une durée de neuf mois, renouvelée pour une durée de six mois. Dans ce contexte, si la requérante conteste l'avis délivré le 31 janvier 2022, que le préfet s'est approprié pour prendre la décision litigieuse, faisant valoir que le traitement médicamenteux qui lui est prescrit ne serait pas disponible en Géorgie, elle n'apporte toutefois, par la seule production d'un certificat médical très peu détaillé, aucun élément probant de nature à remettre en cause l'appréciation du préfet concernant son état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
5. En second lieu, les moyens soulevés et tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être rejetés comme inopérants dès lors qu'il est constant que la requérante n'a pas formé de demande de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.
En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision litigieuse d'obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir et qui doivent être considérées comme utilement soulevées à l'encontre de la décision litigieuse susmentionnée, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme D est entrée en France le 20 octobre 2017 avec ses deux enfants nés en 2005 et 2006, et qu'elle y réside également avec son troisième enfant né en France en 2021 de son union avec M. F E, qui a établi une reconnaissance de paternité en date du 4 mai 2021. Il ressort également des pièces du dossier que M. E, également ressortissant géorgien, a obtenu le 27 novembre 2009 le statut de réfugié en France et qu'il était titulaire, à la date de la décision litigieuse, d'un récépissé de demande de renouvellement valable. Dans ces circonstances, l'éloignement du territoire français de Mme D aurait nécessairement pour effet de séparer le plus jeune de ses enfants de l'un de ses parents, dès lors que M. E n'a pas vocation à quitter le territoire national. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, qui impliquent de prendre en compte tant la situation personnelle de la requérante que l'intérêt supérieur de ses enfants, Mme D est fondée à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes, en prenant la décision litigieuse, a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête utilement soulevés à l'encontre de la décision litigieuse d'obligation de quitter le territoire français, que la requérante est fondée à en demander l'annulation ainsi que celle, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination de son éloignement.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. En raison du motif d'annulation retenu par le présent jugement, celui-ci implique seulement qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer la situation de la requérante. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
D E C I D E :
Article 1 : Les décisions du 19 avril 2022 du préfet des Alpes-Maritimes portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours de Mme D et fixant le pays de destination de son éloignement sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer la situation de Mme D, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 8 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
F. Silvestre-Toussaint-FortesaL'assesseure la plus ancienne,
signé
D. Gazeau
La greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
N°2202467
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026