mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2202547 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | JEAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 mai et 18 novembre 2022, M. C B, représenté par Me Jean, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2022, par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour au titre du travail et de son activité entrepreneuriale et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte en l'absence de preuve de la délégation de signature du signataire de l'acte ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait en ce que le préfet a considéré qu'il est dirigeant de la société nommée " B Ibrahima " ayant pour activité principale " livreur de repas à domicile " et en ce qu'aucun autre titre ne pouvait lui être délivré sur un autre fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il bénéficiait d'un contrat de travail à durée indéterminée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L.421-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet a ajouté une condition non-mentionnée par les textes en considérant qu'il ne justifiait pas d'un financement de 30 000 euros pour la création de son entreprise ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte en l'absence de preuve de la délégation de signature du signataire de l'acte ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet a considéré qu'il n'entre dans aucun autre cas d'attribution d'un titre de séjour en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridique partielle par une décision du 3 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 janvier 2023 :
- le rapport de Mme D,
- et les observations de Me Jean, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien né le 11 janvier 1992, est entré en France en 2014. Le 1er février 2022, il a sollicité une demande de renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L.421-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 15 avril 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence du signataire de l'acte attaqué :
2. L'arrêté du 15 avril 2022 dont la légalité est contestée a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par M. A, directeur adjoint de la réglementation, de l'intégration et des migrations. Par arrêté n°2021-660 du 24 juin 2021, publié le 25 juin 2021 au recueil des actes administratifs spécial n°157-2021 de la préfecture des Alpes-Maritimes, M. A a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les actes et documents relevant du domaine de compétence de la direction précitée, dont notamment l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté du 15 avril 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la motivation de l'arrêté en date du 15 avril 2022:
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise les textes applicables à la situation de M. B et plus particulièrement l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L.421-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise également les éléments de fait relatifs à la situation personnelle du requérant, notamment en reprenant sa situation professionnelle et familiale et en mentionnant le fait qu'il est célibataire, sans enfant à charge, qu'il ne présente pas de liens familiaux suffisamment intenses, anciens et stable sur le territoire français et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à 22 ans, que l'intéressé transmet le business plan de la société " MK@PRESTA " ayant pour activité principale " la création de site web et le développement d'applications pour les particuliers et entreprises dans divers domaines professionnels et institutionnels ", que le KBIS produit démontre que l'intéressé est dirigeant de la société nommée " B Ibrahima " ayant pour activité principale " livreur de repas à domicile ", qu'enfin l'intéressé ne justifie pas du financement d'au moins 30 000 euros dans son entreprise et qu'il ne produit pas l'attestation de reconnaissance délivrée par la DRIEETS actant le caractère réel et sérieux du projet de création d'entreprise. Par suite, et alors que le préfet n'a pas à mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels il a fondé sa décision, l'arrêté contesté comporte une motivation suffisante en droit et en fait sur la situation du requérant. Il s'ensuit que le moyen tiré d'une insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, pour rejeter la demande de titre présentée par M. B, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur le motif tiré de ce que le KBIS produit démontre que l'intéressé est dirigeant de la société nommée" B Ibrahima " ayant pour activité principale " livreur de repas à domicile ", que son projet professionnel n'est pas en adéquation avec l'immatriculation de la société et que l'intéressé n'entre dans aucun autre cas d'attribution d'un titre de séjour en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.421-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ayant obtenu un diplôme équivalent au grade de master ou pouvant attester d'une expérience professionnelle d'au moins cinq ans d'un niveau comparable et qui, justifiant d'un projet économique réel et sérieux, crée une entreprise en France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " d'une durée maximale de quatre ans. / Cette carte permet l'exercice d'une activité commerciale en lien avec la création de l'entreprise ayant justifié sa délivrance. ".
7. M. B soutient qu'il est dirigeant de la société " B Ibrahima ", immatriculée le 21 décembre 2021 au registre du commerce et des sociétés de Paris qui a pour objet " livreur de repas à domicile " et qu'il a fait une demande de modification de l'activité de sa société par l'adjonction d'une activité principale ayant pour objet " Développeur - Créateur de sites web - livreur de repas à domicile ". Il fait également valoir qu'il a exercé plusieurs emplois en qualité d'agent de sécurité en 2021 et 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si le requérant justifie être titulaire d'un Master en Sciences, Technologies, Santé mention Méthodes informatiques appliquées à la gestion des entreprises obtenu en 2019 et se borne à produire un document de modification de son activité principale prenant effet le 3 février 2022, il ne verse aucun élément probant tel qu'un business plan, un bilan comptable, ou un fichier client par exemple permettant d'établir le caractère réel et sérieux de son projet économique. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans charge de famille. Il n'établit pas non plus être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans ni être dans l'impossibilité d'y poursuivre une vie privée et familiale normale. Par ailleurs, s'il se prévaut d'une présence continue en France depuis 2014, les pièces fournies ne permettent pas de l'établir. S'il se prévaut d'un tissu amical en France et joint, pour justifier ses propos, trois attestations de témoin, ainsi que plusieurs bulletins de salaire pour 2015, 2017, 2018, 2021 et 2022 et deux contrats de travail à durée indéterminée signés en 2021 et 2022 pour des emplois de sécurité, ces éléments sont cependant insuffisants pour justifier de la fixation en France de ses intérêts personnels, économiques et familiaux. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que, en prenant la décision attaquée, le préfet des Alpes-Maritimes a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les mêmes motifs justifient que soient également écartés les moyens tirés d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur de droit au motif qu'il a envoyé son contrat de travail à durée indéterminée au préfet des Alpes-Maritimes est dépourvu de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
11. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. Si M. B se prévaut d'une méconnaissance, par la décision en litige, des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté pris par le préfet des Alpes-Maritimes le 15 avril 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
La présidente-rapporteure,
signé
V. D
L'assesseure la plus ancienne,
signé
D. Gazeau
La greffière,
signé
C. Ravera
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026