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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2202659

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2202659

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2202659
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme BELGUECHE
Avocat requérantSOUBIE-NINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 9 juillet 2022, M. F B , représenté par Me Soubie-Ninet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou " motifs humanitaires " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à son conseil,

sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation en l'absence d'admission au séjour pour motifs humanitaires ou au titre de la vie privée et familiale ;

- méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire ;

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a versé des pièces au dossier le 29 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Belguèche, première conseillère, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 11 juillet 2022, le rapport de Mme Belguèche, magistrate désignée, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian né le 1er octobre 1987, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 mai 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet des Alpes-Maritimes, par Mme E D, cheffe du bureau des examens spécialisés, qui bénéficiait d'une délégation de signature régulière en vertu d'un arrêté n°2022-328 du 19 avril 2022, publié le 20 avril 2022 au recueil des actes administratifs spécial n°89-2022 de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, d'une part, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise les stipulations applicables de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne que par décision du 19 octobre 2021 l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a refusé d'accorder à M. B, ressortissant nigérian, né le 1er octobre 1987, la qualité de réfugié, mais également le bénéfice de la protection subsidiaire, que le recours devant la Cour nationale du droit d'asile, (CNDA) a été rejeté par décision du 28 mars 2022 et que son épouse a fait l'objet d'un refus concomitant. Il fait également état du rejet, par décision de la CNDA du 28 mars 2022, de la demande d'asile déposée pour sa fille C. Il indique, en outre, que ni l'intéressé, ni aucun membre de sa famille, ne justifient d'un droit au séjour en France, que l'examen de l'ensemble des éléments de droit et de fait caractérisant la situation de M. B n'est pas de nature à justifier une dérogation aux conditions d'octroi d'un titre de séjour, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni même à l'intérêt supérieur de l'enfant et que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'a pas été méconnu en l'absence de menace suffisamment caractérisée en cas de retour dans son pays d'origine. D'autre part, la circonstance que le préfet aurait omis de faire état d'éléments relatifs à la situation personnelle de M. B ne saurait, par elle-même, caractériser une motivation insuffisante de la décision attaquée. Par suite, le préfet, qui n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé dont il pourrait avoir connaissance, a suffisamment motivé cette décision en droit comme en fait au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions en litige doit être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B.

En ce qui concerne le refus de séjour en qualité de réfugié :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. ".

8. Il ressort de l'article 1er du dispositif de l'arrêté en litige que le préfet a rejeté la demande de délivrance de titre de séjour présentée par M. B au titre de l'asile. Si le requérant invoque l'erreur de droit commise par le préfet au regard de l'article L. 424-1 cité au point précédent au motif qu'il n'a fait aucune demande pour solliciter son admission au séjour à la suite du rejet de sa demande d'asile, le moyen soulevé n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier la portée et, par suite, le bien fondé. Au demeurant, en refusant l'admission au séjour de M. B, le préfet des Alpes-Maritimes a simplement pris acte de la décision de rejet de la CNDA.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

10. M. B soutient qu'il réside en France depuis près de quatre ans, qu'il est intégré dans le village de Breil-sur-Roya où il vit avec son épouse et ses deux filles, nées à Nice et où il dispose d'un appartement, qu'il participe " aux activités organisées par l'association " et qu'il souhaite poursuivre son intégration en France. Toutefois M. B, qui serait rentré en France le 10 août 2019, selon ses déclarations, n'a été autorisé à se maintenir sur le territoire national que durant le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile et de ses recours juridictionnels. Si le requérant fait valoir que ses deux filles sont suivies par la PMI et que l'aînée va être scolarisée à la rentrée 2023, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce dernier, dont l'épouse, Mme A, également déboutée du droit d'asile, a fait l'objet d'un refus de séjour à la même date, suite à la décision de rejet de la CNDA du 28 mars 2022, aurait transféré, en France, le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le refus de séjour en litige n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas, pour les mêmes motifs, méconnu l'article 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'admission au séjour de M. B répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L.423-23 et L. 435-1 doit être écarté.

11. En troisième lieu, M. B ne saurait utilement se prévaloir d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", dès lors que le refus de séjour en litige n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel il sera renvoyé. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

12. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, de tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. La décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer le requérant de ses enfants. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté comme inopérant.

14. En cinquième lieu, l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dispose que : " Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. () ", crée seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés. Dès lors, M. B ne peut utilement se prévaloir de ces stipulations pour demander l'annulation de la décision portant refus de séjour.

15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation du refus de séjour en litige.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : ()

4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () " .

18. M. B, dont la demande d'admission au séjour au titre d'asile a été déposée en préfecture des Alpes-Maritimes le 19 août 2019 n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'erreur de droit au motif qu'il n'a pas demandé de titre de séjour en qualité de réfugié.

19. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de la décision en litige, le requérant aurait justifié d'une admission au séjour pour motifs humanitaires ou au titre de la vie privée et familiale. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 9, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation en l'absence d'admission au séjour de l'intéressé pour de tels motifs, ne peuvent qu'être écartés.

20. En quatrième lieu, pour les mêmes raisons qu'énoncées aux points 11, 13 et 14, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des article 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés comme inopérants.

21. En cinquième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en obligeant M. B à quitter le territoire français alors même que son épouse a également fait l'objet d'une mesure d'éloignement concomitante. Il est vrai cependant, ainsi que cela ressort des pièces versées au dossier, que Mme A s'est vue délivrer, le 14 juin 2022, une autorisation provisoire de séjour en qualité de victime de traite et de proxénétisme ayant déposé plainte en vertu de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet des Alpes-Maritimes a, par suite, procédé à un réexamen de la situation administrative de Mme A ainsi qu'à l'abrogation, de la mesure d'éloignement prise à son encontre. Si cette circonstance, qui est postérieure à la décision obligeant M. B à quitter le territoire français, est sans incidence sur cette décision dont la légalité s'apprécie à la date où elle a été prise, elle fait cependant obstacle à son exécution, qui aurait pour effet de séparer la famille et implique nécessairement que le préfet procède au réexamen de la situation de M. B.

22. En sixième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel il sera reconduit. Le moyen, inopérant, doit par suite être écarté.

23. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne le pays de destination :

24. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

25. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision fixant le pays de destination porterait au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise alors même qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer au Nigeria, pays dont M. B, ainsi que son épouse et ses enfants ont la nationalité et que son épouse, Mme A, a également fait l'objet d'une mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine concomitante à celle de son époux. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, dès lors, qu'être écarté.

26. En troisième lieu, le requérant n'apporte aucun élément probant tendant à démontrer que lui-même, ainsi que ses enfants, seraient exposés à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, la demande d'asile de M. B et celle de sa fille C, ont été rejetées tant par l'OFPRA que par la CNDA. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaitrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

27. En quatrième lieu, pour les mêmes raisons qu'énoncées au point 14, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté comme inopérant.

28. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

29. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mai 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

30. Ainsi qu'il a été dit au point 21, la délivrance, à Mme A, le 14 juin 2022 d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de victime de traite et de proxénétisme ayant déposé plainte en vertu de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

31. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le conseil de M. B au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Me Soubie-Ninet et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie sera également adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

La magistrate déléguée

signé

S. BELGUECHE

La greffière,

signé

M. G

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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