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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2202732

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2202732

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2202732
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP BERLINER DUTERTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juin 2022, la société à responsabilité limitée Piveteau Bois, prise en la personne de son gérant en exercice et représentée par Me Lacrouts, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juillet 2021 par laquelle le maire de la commune de Nice a refusé de délivrer, au nom de l'Etat, un permis de construire une plateforme de stockage et de distribution de bois avec la construction attenante d'un bureau en ossature bois sur un terrain sis 842 boulevard du Mercantour, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux contre cette décision formulée 17 septembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que la décision attaquée :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale par la voie de l'exception d'illégalité de la sous-zone Ab du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain Nice Côte d'Azur concernant ;

- et est entachée d'une erreur d'appréciation, les cinq motifs retenus par l'arrêté litigieux n'étant pas fondés.

-

Par un mémoire en défense, enregistré les 28 novembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, et à titre subsidiaire au rejet de la requête au fond.

Le préfet soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- aucun des moyens de la requête n'est au demeurant fondé.

La procédure a été communiquée à la commune de Nice qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Cueilleron ;

- et les conclusions de M. Combot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 22 juillet 2021, le maire de la commune de Nice a refusé de délivrer, au nom de l'Etat, un permis de construire une plateforme de stockage et de distribution de bois avec la construction attenante d'un bureau en ossature bois sur un terrain sis 842 boulevard du Mercantour. La société à responsabilité limitée (ci-après, " SARL ") " Piveteau Bois " demande au Tribunal d'annuler cet arrêté, ensemble la décision de rejet par laquelle le maire de la commune de Nice a implicitement rejeté son recours gracieux formulé le 17 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / () b) Le préfet ou le maire au nom de l'Etat dans les autres communes () ". L'article L. 422-2 dudit code dispose : " Par exception aux dispositions du a de l'article L. 422-1, l'autorité administrative de l'Etat est compétente pour se prononcer sur un projet portant sur : / () c) Les travaux, constructions et installations réalisés à l'intérieur des périmètres des opérations d'intérêt national mentionnées à l'article L. 132-1, sauf dans des secteurs délimités en application de l'article L. 102-14 ; () ". L'article L. 102-12 dudit code dispose : " Une opération d'aménagement qui répond à des enjeux d'une importance telle qu'elle nécessite une mobilisation de la collectivité nationale et à laquelle l'Etat décide par conséquent de consacrer des moyens particuliers peut être qualifiée d'opération d'intérêt national par un décret en Conseil d'Etat qui l'inscrit sur la liste des opérations auxquelles cette qualité est reconnue. () .Enfin, l'article R. 102-3 dudit code dispose : " Constituent des opérations d'intérêt national, au sens de l'article L. 102-12, les travaux relatifs : / () 11° Aux opérations d'aménagement de la Plaine du Var, dans le périmètre défini par le décret n° 2008-229 du 7 mars 2008 ; () ". Il est constant que le terrain d'assiette du projet se situe dans le périmètre de l'opération d'aménagement de la Plaine du Var. Il s'ensuit que l'Etat était compétent pour délivrer le permis de construire sur ce terrain et donc le maire au nom de l'Etat pour signer l'arrêté.

3. En l'espèce, il ressort de l'arrêté litigieux qu'il est signé par Mme B, adjointe au maire de Nice et déléguée aux travaux, au foncier et à l'urbanisme. Il ressort du recueil des actes administratifs de la Ville de Nice, accessible tant au juge qu'aux parties, que par un arrêté du 20 novembre 2020 n° 2020CAB63VDN publié à ce recueil administratif de la Ville de Nice n° 323 le 14 janvier 2021, Mme A a reçu délégation du maire de la commune de Nice à l'effet de signer les décisions en matière d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté comme manquant en fait.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée () ". En l'espèce, il ressort de l'arrêté attaqué qu'il vise notamment le code de l'urbanisme, le plan local d'urbanisme de la métropole Nice-Côte d'Azur, le plan de prévention des risques naturels prévisibles d'inondation de la basse vallée du Var approuvé le 18 avril 2011 ou encore l'article L. 1331-1 du code de la santé publique, et qu'il présente les motifs de fait motivant le refus au regard des règles de droit visées par lui. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté du 22 juillet 2021 doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, aux termes des dispositions du B de l'article 1.1.1 pour la zone R3 du règlement du plan de prévention des risques naturels prévisibles d'inondation de la basse vallée du Var approuvé le 18 avril 2011 : " Sont autorisés avec prescriptions à condition de ne pas aggraver les risques ou en créer de nouveaux : les extensions par surélévations des constructions et installations qui devront intégrer un espace refuge de 1mé par personne, les extensions de plan pied des bâtiments de classe 2et3 à condition que l'emprise au sol totale soit limitée à 30%, les travaux et installations destinées à réduire les conséquences du risque, à condition de ne pas les aggraver par ailleurs, les réparations effectuées sur un bâtiment dont les surfaces des façades ont été partiellement sinistrées (10% maximum) par une crue, à condition de ne pas aggraver les risques et de ne pas augmenter significativement le nombre de personnes exposées, les murets de ceinture isolant les habitations existantes à condition que la surface ainsi clôturée n'excède pas 30% de la superficie de la partie de l'unité foncière située en zone inondable ; les changements de destination des bâtiments à condition de ne pas augmenter significativement le nombre de personnes exposées, de réduire sa vulnérabilité et que la nouvelle destination ne soit pas dans les catégories de bâtiment de classe 1 ou 2 telles que définition dans l'article 4-3 du titre I du présent règlement ; les travaux d'entretien et de gestion courante des bâtiments, à condition de ne pas aggraver les risques ou en créer de nouveaux ; l'extension des serres agricoles sans exhaussement de sol à condition que leur emprise au sol telle que définie au titre I du présent règlement n'excède pas 60% de la superficie de la partie de l'unité foncière située en zone inondable. "

6. En l'espèce, il est constant que le terrain d'assiette du projet est situé en zone R3 du PPRI. Par ailleurs, comme l'indique l'arrêté litigieux et non contesté par le requérant, le projet, qui consiste en l'aménagement d'une plateforme de stockage, de distribution avec construction d'un bureau en ossature bois dans un but de commercialisation de produits, matériaux et fournitures en bois transformés, n'appartient pas au nombre des occupations du sol autorisées avec prescriptions par le B de l'article 1.1.1 pour la zone R3 du plan de prévention des risques naturels prévisibles d'inondation de la basse vallée du Var. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le maire de Nice a refusé d'accorder le permis de construire sollicité par la société requérante au motif que la nature même projet, objet de cette demande, n'appartient pas au nombre des occupations du sol autorisées avec prescriptions par les dispositions du B de l'article 1.1.1 pour la zone R3 du plan de prévention des risques naturels prévisibles d'inondation de la basse vallée du Var.

7. Il résulte de l'instruction que le maire de Nice aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur le motif mentionné au point précédent et tiré de la méconnaissance dispositions du B de l'article 1.1.1 pour la zone R3 du règlement du plan de prévention des risques naturels prévisibles d'inondation de la basse vallée du Var. Par suite, il n'y a pas lieu pour le tribunal de se prononcer sur les autres motifs de refus retenus par l'arrêté attaqué.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il ne soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions susmentionnées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions formées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Piveteau bois est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Piveteau bois, au préfet des Alpes-Maritimes et à la commune de Nice.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

M. Holzer conseiller ;

Mme Cueilleron, conseillère ;

Assités de Mme Suner, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 24 octobre 2024

La rapporteure,

signé

S. Cueilleron

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-FortesaLa greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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