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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2202756

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2202756

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2202756
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juin 2022, M. A B, représenté par Me Almairac, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 janvier 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Almairac d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est ressortissant algérien et que le préfet ne pouvait se fonder sur les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 5 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur une substitution de base légale consistant à substituer aux dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'aile, base légale erronée s'agissant d'un ressortissant algérien dont le droit au séjour est entièrement régi par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, celle tirée du pouvoir dont l'autorité préfectorale dispose, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,

- et les observations de Me Petit, substituant Me Almairac, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 26 novembre 2002, demande l'annulation de la décision du 14 janvier 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un certificat de résidence d'un an.

2. En premier lieu, la décision litigieuse, qui vise les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet des Alpes-Maritimes a fait application, et indique que M. B a fait l'objet d'une condamnation pénale et est très défavorablement connu des services de police, précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

4. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, " sous réserve () des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle et les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Dès lors, les dispositions des articles L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Il y a toutefois lieu de substituer à cette base légale erronée, celle tirée du pouvoir qui appartient au préfet, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public, dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver l'intéressé d'une garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'application de l'un et l'autre texte.

5. Lorsque l'administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.

6. Il ressort des termes de la décision attaquée, qui ne sont pas contestés par le requérant, que ce dernier a fait l'objet, le 10 mai 2021, d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Nice à une peine d'emprisonnement d'un an avec sursis probatoire pendant deux ans pour des faits de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, rébellion, usage illicite de stupéfiants, et menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique. Il ressort en outre de la décision attaquée que M. B est très défavorablement connu des services de police, ayant été interpellé à de multiples reprises, entre 2019 et 2021, pour des faits de vol, vol en réunion, violence sur personne dépositaire de l'autorité publique, vol à l'étalage, refus pour le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, usage illicite de stupéfiants, détention à bord d'un navire maritime d'explosifs, armes à feu ou substances dangereuses pour la faune ou la flore, outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique, rébellion et offre ou cession non autorisée de stupéfiants. Les éléments produits par M. B, dont notamment une attestation de son assistance sociale témoignant d'un changement de comportement et des efforts fournis dans le cadre d'un suivi psychologique et de recherche d'emploi, ne suffisent pas à remettre en cause l'appréciation à laquelle s'est livrée le préfet pour considérer que le comportement de l'intéressé constitue une menace réelle et actuelle pour l'ordre public, tandis, en outre, qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a pas honoré ses rendez-vous auprès de l'autorité judiciaire dans le cadre de son sursis probatoire. Dans ces conditions, au regard du caractère récent de la condamnation, du caractère répété des signalements et de la nature des faits reprochés à M. B, et nonobstant la circonstance que le préfet des Alpes-Maritimes a, dans un premier temps, fait droit à sa demande de titre de séjour par une décision en date du 27 septembre 2021, dont il ressort au demeurant qu'elle avait un caractère tout à fait exceptionnel et qu'elle pourrait être remise en cause en cas de réitération de son comportement, le préfet pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par M. B.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Et aux termes du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ".

8. Il est constant que M. B est entré en France à l'âge de douze ans et y a vécu depuis lors, y ayant suivi sa scolarité. Toutefois, en se bornant à se prévaloir de la présence en France de sa mère, dont le recours contentieux contre le refus de titre de séjour était en cours d'examen à la date de la décision attaquée, et de ses grands-parents titulaires de titre de séjour, d'un contrat de travail à durée déterminée au sein d'un magasin du centre commercial Cap 3000, au demeurant non produit, et du suivi dont il bénéficie pour soigner ses lourds troubles psychologiques, M. B ne justifie pas d'une intégration particulière au sein de la société française. Dans ces conditions, et eu égard en particulier au comportement de l'intéressé mentionné au point 6 de la présente décision, la décision de refus de titre de séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette décision. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour ces mêmes motifs, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

9. En quatrième lieu, la situation du requérant, de nationalité algérienne étant, ainsi qu'il a déjà été dit au point 4 de la présente décision, entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision contestée, de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En cinquième lieu, à supposer que M. B ait entendu soulever un moyen tiré de la méconnaissance du 1 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit être écarté.

11. En sixième et dernier lieu, au vu de ce qui a été dit aux points 2 à 10, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision litigieuse que le préfet des Alpes-Maritimes aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La rapporteure,

signé

S. Kolf

La présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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