vendredi 22 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2202835 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme FAUCHER |
| Avocat requérant | LENDOM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 juin 2022, M. B A, représenté par Me Lendom, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2022 du préfet des Alpes-Maritimes dans son intégralité ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer dans le délai de 30 jours un récépissé afin qu'il puisse être en situation régulière le temps de déposer une demande de régularisation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation en fait et en droit ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il justifie s'être établi en France ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour en France d'une durée de trois ans :
- la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait et d'une absence d'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;
- elle est disproportionnée eu égard à sa situation personnelle ; il est le père de deux enfants ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ; l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui est pas applicable ;
- elle porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale ; des circonstances humanitaires justifient qu'une interdiction de retour sur le territoire français ne soit pas prise à son encontre ; elle aura pour conséquence son fichage au fichier SIS, l'impossibilité de déposer une demande de titre de séjour en France et de se rendre dans un pays européen.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Faucher, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés à cet article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Faucher, magistrate désignée ;
- et les observations de M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 5 juin 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a obligé M. A, ressortissant tunisien né le 16 juillet 1989, à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée de trois ans. Il demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
4. En premier lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et les circonstances de fait sur lesquelles elle se fonde. En particulier, elle vise les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. A est entré irrégulièrement en France, qu'il est divorcé et père de deux enfants qui ne sont pas à sa charge et dont il ne démontre pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation, qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 22 ans où il conserve des attaches personnelles et familiales. Le préfet des Alpes-Maritimes, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, a ainsi énoncé les circonstances de droit et de fait qui fondent l'arrêté en litige. Par suite, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé.
5. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait établi en France le centre de sa vie privée et familiale. S'il fait état dans ses observations orales présentées à l'audience qu'il est le père de deux enfants de 1 an et 9 ans, dont l'aîné est scolarisé, il ne l'établit pas par les pièces jointes à sa requête. Il fait également état lors de l'audience de sa séparation avec la mère des enfants et n'établit pas participer à leur entretien ni à leur éducation. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :
6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".
7. Il ressort des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative doit faire état, dans sa décision, des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
8. En l'espèce, M. A s'est vu refuser un délai de départ volontaire et il appartenait au préfet des Alpes-Maritimes, dans ces conditions et en l'absence de circonstances humanitaires particulières, de prononcer une interdiction de retour à son encontre. Si le requérant soutient être le père de deux enfants français âgés de 9 ans et 1 an, il ne l'établit pas par les pièces produites qui ne comportent aucun document probant à ce sujet en dehors de ses simples allégations. A supposer qu'il soit le père de deux enfants, il n'établit pas non plus qu'il contribuerait effectivement à leur éducation ou à leur entretien. En outre, lors d'une audition, le requérant a également fait part de la présence en Tunisie de ses deux parents. Ainsi, il ne démontre pas avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux et il n'est pas contesté qu'une partie de sa famille réside dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans prononcée à son encontre porte atteinte à sa vie privée et familiale.
9. Il ressort également des différents procès-verbaux communiqués par le préfet des Alpes-Maritimes que le requérant a été placé en garde à vue le 3 juin 2022 pour des faits de menaces de mort, harcèlement, vol par effraction et infraction à la législation sur les étrangers. Le requérant ne conteste pas la matérialité de ces faits lors de l'audience. Son comportement, au regard de la gravité et de la multiplicité des infractions retenues à son encontre, constitue donc une menace pour l'ordre public. Enfin, les éléments dont le requérant fait état ne permettent pas de caractériser en l'espèce des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à remettre en cause la régularité de la décision contestée. Dans ces conditions, en fixant à trois ans la durée de cette interdiction de retour, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les dispositions précitées ni a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ni d'une disproportion.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées pour M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lendom et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022
La magistrate désignée,
signé
S. Faucher
La greffière,
signé
V. Labeau
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026