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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2202836

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2202836

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2202836
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme FAUCHER
Avocat requérantCABINET OLOUMI - HMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2022, M. A E, représenté par Me Oloumi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2022 du préfet des Alpes-Maritimes dans toutes ses dispositions ;

3°) d'enjoindre à l'Etat de procéder à l'effacement du signalement SIS aux fins de non-admission dans un délai de 8 jours et en accuser l'exécution en informant le tribunal ;

4°) d'enjoindre à l'Etat de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail pendant le réexamen de sa demande en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou la délivrance du titre de séjour ;

5°) d'enjoindre à l'État, conformément aux dispositions de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dans le cas de l'annulation de la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire, de mettre immédiatement fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Oloumi renonce à percevoir la somme allouée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans sa globalité :

- il incombe au préfet de produire la décision attaquée ;

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- son droit d'être entendu n'a pas été respecté ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation en fait et en droit ; le préfet ne mentionne pas qu'il est demandeur d'asile ; elle est entachée d'une défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il justifie s'être établi en France ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour en France d'une durée d'un an :

- la décision attaquée sera annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire ;

- elle porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale ; des circonstances humanitaires justifient qu'une interdiction de retour sur le territoire français ne soit pas prise à son encontre ; sa compagne ainsi que l'enfant de celle-ci vivent en France, il souffre d'une maladie nécessitant que des soins lui soit apportés en France ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle est disproportionnée eu égard à sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- il craint d'être soumis en cas de retour dans son pays d'origine à des conditions contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est demandeur d'asile ; il est malade et ne peut bénéficier de soins

appropriés dans son pays d'origine.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Faucher, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés à cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Faucher, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Della Monaca, substituant Me Oloumi, représentant M. A E qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 5 juin 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a obligé M. A E, ressortissant géorgien né le 30 janvier 1973, à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an. Il demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans sa globalité :

4. Le requérant soutient en premier lieu, que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente. Toutefois, par arrêté n° 2020-323 du 19 mai 2020 publié le même jour au recueil spécial n° 106.2020 des actes administratifs, librement accessible au juge comme aux parties, Mme C B a reçu une délégation de signature pour signer les actes et documents relevant du domaine de compétence du bureau d'éloignement et du contentieux du séjour, en cas d'empêchement de Mme D, chef du bureau de l'éloignement. Enfin, le nom de Mme C B est lisible sur le timbre de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

5. En second lieu, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. M. E, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu en invoquant sa qualité de demandeur d'asile et de malade, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait son droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et les circonstances de fait sur lesquelles elle se fonde. En particulier, elle vise notamment les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. E est entré irrégulièrement en France, que ses liens en France ne sont pas anciens, intenses et stables dès lors qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 36 ans, pays où il conserve des attaches familiales et personnelles. Le préfet des Alpes-Maritimes, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, notamment le fait qu'il est demandeur d'asile, a ainsi énoncé les circonstances de droit et de fait qui fondent l'arrêté en litige. Par suite, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation de l'arrêté contesté, que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle du requérant. Ce moyen sera écarté.

8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E aurait établi en France le centre de sa vie privée et familiale. En outre, il n'établit pas être en couple ni que sa compagne aurait un enfant. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

9. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français et la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire n'étant pas illégales, le moyen tiré de l'annulation par voie exception d'illégalité de la décision portant interdiction de retour ne peut être qu'écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".

11. Il ressort des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative doit faire état, dans sa décision, des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

12. En l'espèce, M. E s'est vu refuser un délai de départ volontaire et il appartenait au préfet des Alpes-Maritimes, dans ces conditions et en l'absence de circonstances humanitaires particulières, de prononcer une interdiction de retour à son encontre.

13. Pour justifier l'existence de circonstances humanitaires, M. E se prévaut uniquement de la présence de sa compagne ainsi que son enfant et du fait qu'il souffre d'une maladie nécessitant que des soins lui soit apportés en France. Toutefois, il n'est pas marié avec sa compagne et il n'est pas le père de son enfant. En outre, les pièces produites ne sont pas de nature à établir la réalité ou la gravité de sa maladie. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes n'a commis aucune erreur d'appréciation de la situation du requérant en prononçant à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an, laquelle n'apparaît pas davantage disproportionnée au regard de son droit au respect de la vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 du présent jugement, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. Les éléments invoqués par l'intéressé relatifs aux risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine quant à sa maladie et à l'absence de soins appropriés dans ce pays ne sont nullement étayés. Dès lors, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en désignant la Géorgie comme pays de destination.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 5 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. E demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Oloumi et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022

La magistrate désignée,

signé

S. Faucher

La greffière,

signé

V. Labeau

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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