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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2202929

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2202929

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2202929
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDARMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juin 2022, M. B A, représenté par Me Darmon, demande au tribunal:

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour à la suite de sa demande enregistrée par les services de la préfecture le 4 février 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 435-1 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 concernant le séjour et le travail des ressortissants tunisiens en France ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Cueilleron a été entendu au cours de l'audience publique du 18 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né en 1978, a sollicité auprès du préfet des Alpes Maritimes un titre de séjour " vie privée familiale " par une demande enregistrée le 4 février 2022. Le préfet n'ayant pas répondu à cette demande dans un délai de quatre mois, une décision implicite de rejet est intervenue le 4 juin 2022. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision et d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République.".

3. En l'espèce, si M. A soutient avoir établi sa résidence habituelle en France et y avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux depuis 2010, les pièces qu'il verse aux débats, notamment concernant les années, 2021, 2020, 2018 et 2014, 2012 et 2011 ne couvrant qu'une partie non majoritaire des années en cause, sont insuffisantes pour justifier de son séjour habituel en France depuis cette date. En outre, si l'intéressé, dont il est constant qu'il est célibataire et sans charge de famille, produit le titre de séjour de sa sœur, expiré en 2016, et le passeport français de ses deux frères, cette seule circonstance ne saurait démontrer que M. A aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux de nature à lui ouvrir un droit au séjour. Enfin, si l'intéressé se prévaut de deux contrats de travail temporaires en qualité de maçon conclus avec la société Da Cruz, 106 route des Canorgues à Tourrette sur Loup pour des durées respectives du 4 février au 31 mars 2020 et du 2 juin 2020 au 30 novembre 2020 pour lesquels il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il en était encore titulaire à la date de la décision implicite, ces éléments ne suffisent cependant pas à établir une insertion professionnelle particulière. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait méconnu les dispositions précitées.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

5. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord.

6. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient alors au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. En soulevant le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M.A doit être regardé comme invoquant le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice du pouvoir de régularisation du préfet au titre du travail.

7. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 3 du jugement que le requérant ne justifie d'une part, d'aucune circonstance humanitaire ou d'un motif exceptionnel de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. D'autre part, si M. A se prévaut de deux contrats de travail temporaires en qualité de maçon conclus avec la société Da Cruz, 106 route des Canorgues à Tourrette sur Loup pour des durées respectives du 2 juin 2020 au 30 novembre 2020 et du 4 février au 31 mars 2020, il ne ressort toutefois d'aucune pièce du dossier qu'il en était encore titulaire à la date de la décision implicite. Dans ces conditions, ces éléments ne constituent pas un motif exceptionnel justifiant la régularisation de sa situation dans le cadre du pouvoir discrétionnaire dont dispose le préfet des Alpes-Maritimes à l'égard des ressortissants tunisiens compte tenu, d'une part de l'absence de contrat de travail ou de promesse d'embauche à la date de la décision implicite et, d'autre part, des éléments relatifs aux conditions de son séjour et de sa situation privée exposés au point 3 de ce jugement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit également être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions susmentionnées doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions formées aux fins d'injonction, d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

M. Holzer, conseiller ;

Mme Cueilleron, conseillère.

Assistés de Mme Martin, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 16 mai 2024

La rapporteure,

signé

Mme Cueilleron

Le président,

signé

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière.

N°2202929

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