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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2202938

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2202938

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2202938
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme SORIN
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juin 2022, M. B A, représenté par Me Almairac, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2022 en ce que le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Almairac, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, laquelle renonce à percevoir la somme allouée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé et le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit car il est fondé sur des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 412-5 et L. 612-2 qui ne correspondent pas à sa situation ;

- il est entaché d'erreur de droit au regard de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur de fait ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Sorin, conseillère, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sorin, magistrate désignée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, a présenté une demande d'asile le 24 décembre 2018 laquelle a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par décision du 16 novembre 2020 et par la Cour nationale du droit d'asile le 28 avril 2022. Par arrêté du 1er juin 2022, le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant qu'il prononce une obligation de quitter le territoire et fixe le pays de destination de son éloignement.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, elle vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquels elle a été prise et indique que la demande d'asile de M. A présentée également au nom de son enfant, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 novembre 2020 et par la Cour nationale du droit d'asile le 28 avril 2022, qu'il est entré en France le 28 décembre 2017 et qu'aucune décision ne lui impose de se séparer de son enfant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, si le requérant soutient que le préfet n'a pas examiné sérieusement sa situation, il ne l'établit pas, la circonstance que le préfet ait mentionné un seul enfant dans son arrêté et non trois ne saurait suffire à caractériser un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux et attentif de la situation personnelle du requérant manque en fait et doit être écarté.

6. En troisième lieu, le requérant soutient que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit car elle vise des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne correspondant pas à sa situation. Toutefois, si l'arrêté vise effectivement les articles L. 412-5 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile il est constant qu'il n'est fait référence à ces articles que dans les visas de l'arrêté et non dans les motifs de celui-ci. En outre, la lecture des motifs de l'arrêté démontre bien qu'il n'a pas été fait application de ces articles. Par suite, la mention de ces dispositions dans les visas de l'arrêté révèle une erreur matérielle qui n'est pas de nature à entacher l'arrêté d'erreur de droit.

7. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".

8. M. A soutient que les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues dès lors qu'il avait l'intention de déposer une demande de réexamen. Toutefois, l'intention de déposer une demande de réexamen ne saurait ouvrir au requérant, un droit au maintien sur le territoire français.

9. En cinquième lieu, si le préfet a commis une erreur de fait en indiquant que le requérant serait père d'un enfant alors qu'il est le père de trois enfants, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait pris une autre décision s'il n'avait pas commis cette erreur.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaires à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " ; aux termes de l'article 3 de la même convention : " " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. M. A soutient être présent en France depuis 2017, avoir quitté son pays en raison des violences et menaces qu'ils subissaient lui et son épouse du fait de leur mariage inter ethnique mal accepté par sa famille, qu'il vit désormais en France avec son épouse et leurs trois enfants dont deux y sont nés. M. A n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir la réalité des menaces qu'il invoque et sa situation a été examinée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile qui ont rejeté sa demande d'asile. En outre, dès lors que son épouse est dans la même situation que lui, le requérant ne justifie d'aucun obstacle à ce que la vie familiale se poursuive dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. En septième lieu, pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ni à soutenir que la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

13. En huitième lieu, si le requérant soulève l'exception d'illégalité du refus de séjour qui lui a été opposé, il n'a cependant soulevé aucun moyen ni formé aucune conclusion à l'encontre de cette décision. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris dans ses conclusions à fin d'injonction et en celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Almairac et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près du tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.

La magistrate désignée,

signé

G. SORIN

La greffière,

signé

V. LABEAU

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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