vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2203169 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Mme Chaumont |
| Avocat requérant | SERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juin 2022, M. A B, représenté par Me Zouatcham, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a décidé de renouveler son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui remettre ses documents d'identité et de voyage ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de faire valoir ses observations préalablement à l'édiction de la mesure attaquée ;
- il est dépourvu de base légale ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne précise pas en quoi il risque de se soustraire à la mesure d'éloignement ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est disproportionné et porte atteinte à sa liberté d'aller et venir ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ; il n'existe aucun risque de soustraction à la mesure d'éloignement et le préfet n'établit pas qu'il existe une perspective raisonnable pour son éloignement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Chaumont, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er juillet 2022 :
- le rapport de Mme Chaumont, magistrate désignée,
- les observations de Me Zouatcham, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant ivoirien, né le 20 décembre 1993, a fait l'objet d'un arrêté du 24 mars 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un arrêté du 23 mai 2022, le préfet a décidé la mise à exécution de l'obligation de quitter le territoire français et l'a assigné à résidence. Cette mesure d'assignation à résidence a été renouvelée par un arrêté du 27 juin 2022. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
5. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, en particulier celles de l'article L. 731-1 et L. 732-1 et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il indique, notamment, que M. B, né le 20 décembre 1993, fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, qu'il n'est pas en mesure de quitter immédiatement le territoire français et qu'il existe une perspective raisonnable d'exécution de cette obligation. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux est suffisamment motivé.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition établi par les services de police le 24 mars 2022, avant que ne soit pris l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, que le requérant a été interrogé sur sa situation personnelle, sur sa nationalité, sur les conditions d'entrée et de séjour en France, sur sa situation familiale, sur ses moyens d'existence et sur la perspective d'un éloignement vers son pays d'origine. L'intéressé, qui était assisté d'un avocat, n'établit pas ni même n'allègue qu'il n'aurait pas compris la teneur des questions posées ni qu'il disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement. Le droit d'être entendu, qui figure au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne que l'autorité administrative doit respecter lorsqu'elle oblige un étranger à quitter le territoire français, n'impliquait pas, en l'espèce, que le requérant soit mis à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision prononçant le renouvellement de son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et définissant les modalités de celle-ci. M. B ne fait au demeurant état d'aucun élément pertinent qui aurait pu influer sur le contenu de cette décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu que l'intéressé tient des principes généraux du droit de l'Union européenne doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1°) L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas encore été accordé ; / 2°) L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que, pour assigner à résidence M. B, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet, le 24 mars 2022, d'un arrêté du préfet des Alpes-Maritimes portant obligation de quitter le territoire français sans délai. L'intéressé entrait dans le champ des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est dépourvu de base légale.
9. En quatrième lieu, le requérant ne saurait utilement soutenir qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes dès lors que cette circonstance est précisément celle rendant possible une mesure d'assignation à résidence, moins coercitive qu'un placement en rétention administrative. Si M. B soutient que le préfet ne justifie pas en quoi il présente un risque de fuite, le prononcé du renouvellement d'une assignation à résidence sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas soumis à la condition que l'étranger présente un risque de fuite. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de droit doit être écarté.
10. En cinquième lieu, M. B soutient que l'arrêté litigieux porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir. Toutefois, il ressort de l'arrêté attaqué qu'il impose à M. B, à titre de mesure de contrôle, de se présenter tous les mardis entre 9 heures et 12 heures à la caserne Auvare de Nice. Il ne fait état d'aucun élément qui établirait que ces modalités de contrôle, limitées à une présentation par semaine, seraient disproportionnées par rapport aux buts en vue desquels elles ont été adoptées. Par suite, le moyen tiré de la disproportion de la décision attaquée au regard de sa liberté d'aller et venir doit être écarté.
11. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. M. B ne démontre pas que, en mettant à sa charge les conditions de présentation assortissant son assignation à résidence, précédemment détaillées au point 10, le préfet des Alpes-Maritimes a porté une atteinte manifeste à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, et par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens, présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.
Lu en audience publique le 1er juillet 2022.
La magistrate désignée,
signé
A-C. CHAUMONT
La greffière,
signé
H. DIAW La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026