mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2203181 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ICHON EDOUARD |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 28 septembre 2022 et 19 janvier 2023, la société à responsabilité limitée Home Provence, prise en la personne de son représentant légal, représentée par Me Ichon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 16 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Valbonne a retiré le permis de construire qui lui avait délivré le 17 février 2022, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux reçu le 20 juin 2022 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Valbonne la somme de 1 260 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
La société soutient que l'arrêté attaqué :
- a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la procédure contradictoire préalable n'a pas été mise en œuvre ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme dès lors que, d'une part, le maire a retiré le permis de construire dont elle était titulaire au-delà du délai de trois mois imparti et d'autre part, que l'illégalité du permis de construire dont elle était titulaire n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2022, la commune de Valbonne, prise en la personne de son maire en exercice, conclut au non-lieu à statuer et au rejet des conclusions formées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune fait valoir qu'elle a, par un arrêté en date du 24 octobre 2022, abrogé l'arrêté en date du 16 mai 2022.
II. Par un déféré et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 juin 2022 et 28 février 2023, le préfet des Alpes-Maritimes demande au tribunal l'annulation de l'arrêté en date du 17 février 2022 par lequel le maire de la commune de Valbonne a délivré à la société à responsabilité limitée Home Provence un permis de construire quatre villas accolées avec garage sur un terrain situé Chemin des Clausonnes, à Valbonne, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux reçu le 14 mars 2022.
Le préfet des Alpes-Maritimes soutient que :
- le projet méconnait les dispositions de l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme dès lors qu'il est de nature à compromettre la conservation ou la protection de l'espace boisé classé dans lequel il se situe, issu du plan local d'urbanisme dans sa version approuvée le 12 janvier 2022, la société bénéficiaire ne pouvant se prévaloir du certificat d'urbanisme opérationnel délivré le 28 mai 2021 dès lors que ce dernier n'était pas mentionné dans sa demande d'autorisation et qu'un sursis à statuer pouvait légalement être opposé au projet à la date de délivrance de ce certificat d'urbanisme ;
- le projet méconnait les dispositions du règlement de la zone N du plan local d'urbanisme dès lors qu'il prévoit des occupations et utilisations du sol interdites dans cette zone ;
- le projet n'est pas conforme aux dispositions du plan de prévention des risques naturels prévisibles d'incendie en forêt de la commune de Valbonne, approuvé le 23 juin 2008, en l'absence de point d'eau normalisé réceptionné par le service départemental d'incendie et de secours à la date de la délivrance du permis de construire et en raison de la méconnaissance des dispositions de la zone N du règlement du plan local d'urbanisme.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 5 janvier 2023 et 16 mars 2023, la société à responsabilité limitée Home Provence, prise en la personne de son représentant légal, représentée par Me Ichon, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal fasse application des dispositions des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'Etat en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
La société Home Provence fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la commune de Valbonne, qui n'a pas présenté d'observations en défense.
Vu les pièces du dossier
Vu :
-le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er juin 2023 :
- le rapport de Mme Le Guennec ;
- et les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté en date du 17 février 2022, le maire de la commune de Valbonne a délivré à la société à responsabilité limitée Home Provence un permis de construire pour l'édification de quatre villas accolées avec garage sur un terrain cadastrée 152 section AS n°122, situé Chemin des Clausonnes, à Valbonne. Par un courrier en date du 9 mars 2022, reçu en mairie le 14 mars 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a formé un recours gracieux, lequel a été implicitement rejeté. Par un arrêté en date du 16 mai 2022, reçu le 19 mai 2022, le maire de la commune de Valbonne a retiré le permis de construire délivré le 17 février 2022. Par un courrier en date du 17 juin 2022, reçu en mairie le 20 juin 2022, la société Home Provence a formé un recours gracieux, lequel a été implicitement rejeté. Par le déféré n°2203181, le préfet des Alpes-Maritimes demande l'annulation de l'arrêté en date du 17 février 2022 par lequel le maire de la commune de Valbonne a délivré le permis de construire à la société Home Provence, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux. Par la requête n° 2204666, la société Home Provence demande l'annulation de l'arrêté en date du 16 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Valbonne a retiré le permis de construire qui lui avait été délivré, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2204666 et 2203181, qui concernent le même permis de construire, présentent à juger des questions proches et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour y statuer par une seule décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Le juge de l'excès de pouvoir ne peut, en principe, déduire d'une décision juridictionnelle rendue par lui-même ou par une autre juridiction qu'il n'y a plus lieu de statuer sur des conclusions à fin d'annulation dont il est saisi, tant que cette décision n'est pas devenue irrévocable. Il en va toutefois différemment lorsque, faisant usage de la faculté dont il dispose dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, il joint les requêtes pour statuer par une même décision, en tirant les conséquences nécessaires de ses propres énonciations. Dans cette hypothèse, toutes les parties concernées seront, en cas d'exercice d'une voie de recours, mises en cause et celle à laquelle un non-lieu a été opposé, mise à même de former, si elle le souhaite, un recours incident contre cette partie du dispositif du jugement.
4. A ce titre, lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté en date du 16 mai 2022 portant retrait du permis de construire délivré le 17 février 2022 :
S'agissant de l'exception de non-lieu à statuer :
5. Si avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai de recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
6. En l'espèce, le maire de Valbonne a adopté, le 16 mai 2022, un arrêté retirant l'arrêté en date du 17 février 2022 par lequel il avait délivré à la société Home Provence un permis de construire. Par un arrêté en date du 24 octobre 2022, le maire a abrogé l'arrêté de retrait en date du 16 mai 2022. Toutefois, ce dernier arrêté ayant produit des effets juridiques pour la période antérieure à son abrogation, l'exception de non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 16 mai 2022, opposée par la commune de Valbonne, doit être écartée.
S'agissant de la légalité de l'arrêté :
7. En premier lieu, l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " L'article L. 122-1 du même code dispose : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ". L'article L. 211-2 du même code auquel il est ainsi renvoyé dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". La décision portant retrait d'une autorisation d'urbanisme est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire du permis de construire d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect de la procédure ainsi prévue constitue une garantie pour le titulaire du de l'autorisation d'urbanisme que l'autorité administrative entend rapporter.
8. En l'espèce, le maire de la commune de Valbonne a adressé à la société Home Provence un courrier daté du 6 mai 2022 l'informant de ce qu'il envisageait de prononcer le retrait du permis de construire dont elle était titulaire, en lui précisant les motifs pour lesquels un tel retrait était envisagé et en lui indiquant qu'elle disposait d'un délai de 5 jours pour présenter ses observations écrites. Si la commune soutient que le pli recommandé avec demande d'avis de réception a été avisé le 6 mai 2022, date de l'édiction du courrier, elle ne l'établit pas. Dans ces conditions, et dès lors que l'arrêté attaqué prononçant le retrait du permis de construire a été édicté le 16 mai 2022, la société Home Provence ne peut être regardée comme ayant disposé d'un délai pour présenter ses observations écrites. Contrairement à ce que soutient la commune, la circonstance, au demeurant non démontrée, qu'elle aurait informé la société Home Provence dès le 30 mars 2022 du recours gracieux formé par le préfet des Alpes-Maritimes ne saurait compenser la méconnaissance susmentionnée du principe du contradictoire préalable au retrait litigieux. La société Home Provence est dès lors fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est intervenu au terme d'une procédure irrégulière et que cette irrégularité l'a privée d'une garantie.
9. En second lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire () ". Compte tenu de l'objectif de sécurité juridique poursuivi par le législateur, qui ressort des travaux préparatoires de la loi du 13 juillet 2006 dont ces dispositions sont issues, l'autorité compétente ne peut rapporter un permis de construire, d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, que si la décision de retrait est notifiée au bénéficiaire du permis avant l'expiration du délai de trois mois suivant la date à laquelle ce permis a été accordé.
10. Il est constant que l'arrêté en date du 16 mai 2022 procédant au retrait du permis de construire délivré par un arrêté en date du 17 février 2022 a été notifié à la bénéficiaire du permis le 19 mai 2022, soit au-delà du délai de trois mois suivant la date à laquelle le permis a été accordé. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que l'arrêté en date du 16 mai 2022 a méconnu les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme précitées en ce qu'il est intervenu tardivement.
11. Pour l'application des dispositions de l'article L.600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à justifier l'annulation de la décision contestée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Home Provence est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 mai 2022, ainsi que par voie de conséquence, de la décision implicite de rejet de son recours gracieux reçu le 20 juin 2022.
13. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, il y a lieu de statuer sur la légalité du permis de construire en date du 17 février 2022 délivré à la SARL Home Provence.
En ce qui concerne l'arrêté en date du 17 février 2022 délivrant le permis de construire à la SARL Home Provence :
14. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : () b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. / Lorsque le projet est soumis à avis ou accord d'un service de l'Etat, les certificats d'urbanisme le mentionnent expressément. Il en est de même lorsqu'un sursis à statuer serait opposable à une déclaration préalable ou à une demande de permis. / Le certificat d'urbanisme est délivré dans les formes, conditions et délais déterminés par décret en Conseil d'Etat par l'autorité compétente mentionnée au a et au b de l'article L. 422-1 du présent code. ".
15. Il résulte des dispositions précitées qu'elles ont pour effet de garantir à la personne à laquelle a été délivré un certificat d'urbanisme, quel que soit son contenu, un droit à voir sa demande de permis de construire déposée durant les dix-huit mois qui suivent, examinée au regard des dispositions d'urbanisme applicables à la date de ce certificat, à la seule exception de celles qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le demandeur ne s'en est pas expressément prévalu lors de l'instruction de sa demande. Figure cependant parmi ces règles la possibilité de se voir opposer un sursis à statuer à une déclaration préalable ou à une demande de permis, lorsqu'est remplie, à la date de délivrance du certificat, l'une des conditions énumérées à l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme. Une telle possibilité vise à permettre à l'autorité administrative de ne pas délivrer des autorisations pour des travaux, constructions ou installations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme. Lorsque le plan en cours d'élaboration et qui aurait justifié, à la date de délivrance du certificat d'urbanisme, que soit opposé un sursis à une demande de permis ou à une déclaration préalable, entre en vigueur dans le délai du certificat, les dispositions issues du nouveau plan sont applicables à la demande de permis de construire ou à la déclaration préalable.
16. D'autre part, aux termes de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu'ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenant ou non à des habitations. Ce classement peut s'appliquer également à des arbres isolés, des haies ou réseaux de haies ou des plantations d'alignements. ". Et aux termes du premier alinéa de l'article L. 113-2 de ce code : " Le classement interdit tout changement d'affectation ou tout mode d'occupation du sol de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements ".
17. En l'espèce, le préfet des Alpes-Maritimes soutient que le projet, lequel prévoit la réalisation sur le terrain d'assiette de deux citernes incendie de 60 000 litres chacune (120 m3), la création d'une voie d'accès pompiers comprenant un " T " de retournement ainsi que d'une place de stationnement dédiée et une clôture, méconnait les dispositions de l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme dès lors que ces aménagements, prévus au sein d'un espace boisé classé institué par le plan local d'urbanisme approuvé le 12 janvier 2022, sont de nature à compromettre la protection et la conservation de cet espace.
18. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Valbonne a délivré, le 28 mai 2021, un certificat d'urbanisme sur la parcelle assiette du projet, cadastrée 152 AS 122, sur le fondement du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, date à laquelle le plan local d'urbanisme (ci-après, " PLU "), approuvé le 12 décembre 2006 et modifié, était encore en vigueur. Il est constant que ce dernier n'avait pas classé la parcelle litigieuse en espace boisé classé. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la SARL Home Provence a déposé une demande de permis de construire complète le 25 janvier 2022, soit durant les dix-huit mois qui suivent la délivrance de ce certificat d'urbanisme. Contrairement à ce que soutient le préfet des Alpes-Maritimes, la circonstance que la pétitionnaire n'aurait pas expressément entendu se prévaloir de ce certificat d'urbanisme lors du dépôt de sa demande de permis n'est pas de nature à faire obstacle à la cristallisation des règles d'urbanisme dont bénéficiait la SARL Home Provence en application des dispositions précitées. En outre, si le préfet soutient que la demande de permis de construire devait être instruite sur le fondement des nouvelles dispositions et qu'un sursis à statuer aurait dû être opposé au projet à la date de délivrance de ce certificat d'urbanisme, il est constant qu'à la date de délivrance du certificat, la délibération n° 2021-167 du 10 février 2021 arrêtant le projet du futur plan local d'urbanisme ne prévoyait aucunement le classement du terrain d'assiette du projet en un espace boisé classé. Le préfet des Alpes-Maritimes n'est dès lors pas fondé à soutenir que le projet était, à la date de délivrance du certificat en cause, de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du plan local d'urbanisme tel qu'arrêté par la délibération n° 2021-167 du 10 février 2021. Par suite, la SARL Home Provence avait droit à voir sa demande examinée au regard des dispositions d'urbanisme applicables à la date de ce certificat et le moyen tiré de ce que le projet méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme compte tenu de l'existence d'un espace boisé classé, qui n'a été institué que lors de l'approbation du PLU en date du 12 janvier 2022, doit être écarté.
19. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article N 1 du règlement du PLU de la commune de Valbonne approuvé le 12 décembre 2006, dans sa version applicable à la décision litigieuse : "Sont interdites toutes les occupations et utilisations du sol non mentionnées à l'article N 2. ". L'article N 2, relatif aux occupations et utilisations du sol soumises à conditions particulières, dispose que : " Sont soumises à des conditions particulières les occupations et utilisations du sol suivantes : l'aménagement de piste de défense des forêts contre les incendies,-les bassins de rétention et les ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des services publics ou d'intérêt collectif,(.) / Dans les zones soumises à des risques incendies () sont admis (.) les travaux et aménagements destinés à pallier les risques ". Aux termes des dispositions de l'article N 11 du règlement du PLU de Valbonne :" Les constructions doivent présenter un aspect compatible avec le caractère ou l'intérêts des lieux avoisinants, des sites et des paysages ".
20. Le préfet des Alpes-Maritimes soutient que le projet, qui prévoit au sein de la parcelle d'assiette classée en zone " N ", la réalisation d'un point d'eau normalisé (deux citernes incendie), d'une voie d'accès pompiers comprenant un " T " de retournement ainsi que d'une place de stationnement camion dédiée et une clôture, n'est pas conforme aux dispositions des articles N 1 et N 2 du règlement du PLU de Valbonne, qui n'autorisent pas de telles occupations et utilisations. Toutefois, si l'article N 2 ne fait pas expressément mention des points d'eau incendie ainsi que des aménagements dédiés à la circulation des pompiers, ces derniers doivent cependant être regardés comme des ouvrages techniques et aménagements nécessaires au service public de défense extérieure contre l'incendie, au sens de cet article N 2. De plus, ils constituent des travaux et aménagements destinés à pallier les risques incendies, lesquels sont autorisés en zone N. Dès lors, la création de ces ouvrages et aménagements sur la portion d'assiette du projet classée en zone N ne contrevient pas aux dispositions de l'article N 2. Par ailleurs, si le préfet soutient que la bonne insertion de ces aménagements dans le site n'est pas garantie, il n'apporte aucun élément au soutien d'une telle allégation alors même, au demeurant, que la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article N 11 du règlement du PLU de Valbonne ne ressort nullement des pièces du dossier. Par suite, le moyen tiré de ce que le permis attaqué a été délivré en méconnaissance des dispositions des articles de la zone N du règlement du PLU doit être écarté.
21. En troisième lieu, et d'une part, aux termes des dispositions de l'article 4 du règlement de la zone bleue B1a du plan de prévention du plan de prévention des risques naturels prévisibles d'incendie en forêt (ci-après, " PPRIF ") de Valbonne approuvé le 23 juin 2008, relatif à la desserte par les réseaux : " Un point d'eau normalisé est constitué : - soit par un poteau d'incendie relié à un réseau normalisé (débit : 60 m3/h sous une pression résiduelle de 1 bar), - soit par un réservoir public ou géré par une association syndicale de propriétaires (ASL) créée conformément à l'ordonnance du 1er juillet 2004, de 120 m 3 ou autoalimenté fournissant 120 m2 en 2 heures, accessible aux services incendies. Cet ouvrage devra être réceptionné par le service d'incendie afin de s'assurer de son accessibilité, manœuvre et conformité. () Toute occupation et utilisation du sol autres que celles autorisées aux a), et b) de l'article 1 ci-dessus doit être située à une distance inférieure ou égale à 150 mètres d'un point d'eau normalisé (distance viaire de la construction au point d'eau). " Les prescriptions d'un plan de prévention des risques naturels destinées à assurer la sécurité des personnes et des biens et valant servitudes d'utilité publique s'imposent directement aux autorisations de construire. Il incombe à l'autorité compétente en matière d'urbanisme de faire elle-même application de ces dispositions.
22. D'autre part, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. / () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
23. En l'espèce, il est constant que le projet litigieux se situe en zone bleue B1a du PPRIF de Valbonne. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire qu'afin de satisfaire aux exigences de lutte contre l'incendie, le projet de construction en litige prévoit, d'une part, la réalisation sur le terrain d'assiette du projet de deux citernes incendie de 60 000 litres chacune (120 m3) et d'autre part, de la création d'une voie d'accès pompiers comprenant un " T " de retournement ainsi que la réalisation d'une place de stationnement dédiée. Il ressort d'une lettre en date du 21 janvier 2022, que la société pétitionnaire s'est engagée à constituer une association syndicale de propriétaires pour la gestion des voies et des espaces communs, lequel engagement doit être regardé, contrairement à ce que soutient le préfet des Alpes-Maritimes, comme comprenant la gestion des citernes situées au sein de ces espaces communs. Il ressort de l'avis du service départemental d'incendie et de secours (ci-après, " SDIS ") des Alpes-Maritimes en date du 17 novembre 2021 qu'il a estimé que la voie créée dans le cadre du projet était conforme aux dispositions du PPRIF mais a toutefois relevé l'absence de réception par ses soins de la réserve incendie projetée. Toutefois, il ressort de l'arrêté litigieux que le maire de la commune de Valbonne a assorti la délivrance de l'autorisation d'urbanisme de prescriptions spéciales, mentionnées à l'article 2 de l'arrêté litigieux en date 17 février 2022, aux termes desquelles " les dispositions du PPRIF seront respectées. La défense incendie sera assurée par deux citernes de 60 000 litres. Cet ouvrage devra être réceptionné par le service incendie afin de s'assurer de son accessibilité, manœuvre et conformité " et par ailleurs " Un " T " de retournement sera réalisé au Sud Est de la parcelle conformément aux plans de masse annexés au dossier. Si une citerne GPL est implantée sur le site du projet, elle devra être enterrée. Le terrain devra être débroussaillé à 100 m des constructions ". Ces prescriptions qui portent sur des points précis et limités et n'imposaient pas la présentation d'un nouveau projet, permettaient ainsi d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions de l'article 4 du règlement du PPRIF. Par ailleurs, le préfet des Alpes-Maritimes ne démontre ni une impossibilité matérielle d'assurer la défense extérieure du projet contre l'incendie ni que le point d'eau normalisé ainsi prévu ne répondrait pas aux exigences fixées par l'article 4 du règlement du PPRIF. Enfin, si le préfet soutient que ces prescriptions sont illégales dès lors qu'elles autorisent la réalisation d'ouvrages interdits en zone N, il résulte de ce qui a été dit précédemment que si l'article N 2 du règlement du PLU de Valbonne ne fait pas expressément mention des points d'eau normalisés comme construction autorisée en zone N, ces ouvrages doivent cependant être regardés comme constituant des ouvrages techniques et aménagements nécessaires au service public de défense extérieure contre l'incendie au sens de ce même article. Dès lors, la création de ce point d'eau normalisé en zone N ne contrevient pas aux dispositions de l'article N 2. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté méconnaîtrait les prescriptions du plan de prévention des risques d'incendie de forêt et les dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme, notamment en ce que le service départemental d'incendie et de secours n'aurait pas préalablement réceptionné le point d'eau normalisé et que la prescription aurait été émise en méconnaissance des dispositions de la zone N du règlement du PLU, doivent être écartés.
24. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet des Alpes-Maritimes n'est pas fondé à demander l'annulation l'arrêté en date du 17 février 2022 par lequel le maire de la commune de Valbonne a délivré à la société à responsabilité limitée Home Provence un permis de construire, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux reçu le 14 mars 2022.
Sur les frais liés au litige :
25. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de la commune de Valbonne et la somme de 1 500 euros à la charge du préfet des Alpes-Maritimes à verser à la société Home Provence au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 16 mai 2022 du maire de la commune de Valbonne portant retrait du permis de construire délivré le 17 février 2022 à la société à responsabilité limitée Home Provence et la décision implicite de rejet du recours gracieux reçu le 20 juin 2022 sont annulés.
Article 2 : Le déféré du préfet des Alpes-Maritimes est rejeté.
Article 3 : La commune de Valbonne versera la somme de 1 000 euros à la société à responsabilité limitée Home Provence sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à la société à responsabilité limitée Home Provence sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 5 : La présente décision sera notifiée au préfet des Alpes-Maritimes, à la commune de Valbonne et à la société à responsabilité limitée Home Provence.
Délibéré après l'audience du1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
Mme Le Guennec, conseillère,
M. Combot, conseiller,
Assistés de Mme Martin, greffière.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 22 juin 2023.
La rapporteure,
signé
B. Le Guennec
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-FortesaLa greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
N° 2204666, 2203181
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026