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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2203775

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2203775

vendredi 12 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2203775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantAVOCALEX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 juillet 2022 et le 5 août 2022, M. A C, représenté par Me Simon de Kergunic, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'ordonner, la suspension de l'exécution de la décision du 25 juin 2022 du préfet des Alpes-Maritimes portant suspension de son permis de conduire pour une durée de quatre mois.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est remplie en l'espèce dès lors qu'il est associé de la société à responsabilité limitée " Figli C Construction Renovation " qui est spécialisée dans la construction et le bâtiment, notamment tous les travaux de gros œuvre et de second œuvre de bâtiment ; il a un rôle actif de directeur de travaux au sein de ladite société ce qui nécessite de nombreux déplacements professionnels sur les chantiers de construction, dans des lieux dont certains sont inaccessibles en transports en commun ; actuellement la société a en charge sept chantiers situés à Nice, Villefranche-sur-Mer, Roubion, Roquebrune-Cap-Martin, Beuil, Cantaron et Beaulieu ; sur le plan personnel, il effectue tous les jours le trajet entre la France et l'Italie, à Vallecrosia, où réside avec sa compagne et leurs trois enfants ; il ne constitue pas un danger pour la sécurité routière ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où il n'a pas été informé de l'intention du préfet des Alpes-Maritimes de suspendre son permis de conduire, ni de la possibilité qui lui était offerte de présenter des observations ; cette décision méconnaît le principe du contradictoire prévu aux articles L. 121-1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 5 août 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le requérant n'établit pas être dans l'impossibilité d'aménager temporairement les conditions d'exercice de son travail ; en outre, être en possession d'un permis de conduire n'est pas un corolaire indispensable à l'exercice de son activité professionnelle ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- la décision attaquée est suffisamment motivée ;

- elle n'est entachée d'aucune méconnaissance du principe du contradictoire en raison de l'urgence de la situation ;

- la décision a été prise dans le cadre de la procédure administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la requête enregistrée le 18 juillet 2022 sous le numéro 2203601 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 11 août 2022 le rapport de Mme Chaumont, juge des référés.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

2. M. C associé de la société à responsabilité limitée " Figli C Construction Renovation " soutient que la détention d'un permis de conduire valide lui est indispensable pour effectuer des déplacements en France, dans le cadre professionnel, et entre la France et l'Italie, où réside sa compagne et leurs trois enfants mineurs. Il ajoute qu'en tant que directeur de travaux au sein de cette société, il doit effectuer de nombreux déplacements sur des chantiers de construction, dont certains sont situés dans des lieux inaccessibles en transport en commun, et qu'il effectuait certains des trajets entre la France et l'Italie avec le gérant de la société, qui est en apprentissage de la conduite accompagnée et ne peut conduire sans avoir à ses côtés une personne titulaire d'un permis de conduire valide. Toutefois, si la décision dont il demande la suspension a un impact certain sur son activité professionnelle, le requérant n'établit pas qu'en sa qualité d'associé de la société, il ne peut au moins temporairement se faire véhiculer, notamment par une autre personne que celle avec qui il avait l'habitude de covoiturer. Il est constant, par ailleurs, que l'urgence ne peut se borner à la seule prise en compte des intérêts du requérant qui s'est rendu coupable d'une infraction d'une particulière gravité au code de la route en commettant un excès de vitesse de plus de 40 km/h sur la commune de Villefranche-sur-Mer le 24 juin 2022 à 16 heures 15, en circulant à 96 km/h sur une route dont la vitesse est limitée à 50 km/h, infraction qui a entrainé sur le champ la rétention de son permis et la peine complémentaire de suspension de ce permis pour quatre mois. Cette infraction révèle un comportement particulièrement dangereux de M. C, pour lui-même et les usagers du code de la route. Dans ces conditions, les exigences de protection et de sécurité routière s'opposent, eu égard à la gravité de l'infraction commise, à ce que la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, soit regardée comme remplie. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin d'examiner si le requérant fait état d'un moyen propre à créer en l'état de l'instruction un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse, que la demande de suspension d'exécution présentée par M. C doit être rejetée.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice le 12 août 2022.

La juge des référés,

Signé

A-C. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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