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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204174

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204174

jeudi 1 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat Mme Soler
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 août 2022, M. B A, représenté par Me Zouatcham, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la communication par le préfet des Alpes-Maritimes de son entier dossier ;

3°) d'annuler l'arrêté du 27 août 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être reconduit et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'informations Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

Sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- il a été privé du droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est demandeur d'asile en Allemagne et que seule une décision de transfert pouvait être prise à son encontre.

Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet aurait dû le renvoyer en priorité en Allemagne, où il est demandeur d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle porte une atteinte grave à sa situation personnelle ;

- elle méconnait la protection à laquelle il peut prétendre au titre du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- des circonstances humanitaires justifient qu'il ne soit pas pris d'interdiction de retour sur le territoire français à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'arrêté attaqué a été abrogé par un arrêté du 30 août 2022 ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée, du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Soler, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er septembre 2022 à 15 heures :

- le rapport de Mme Soler, magistrate désignée,

- les observations de Me Zouatcham, représentant M. A et les observations de M. A assisté de Mme C, interprète en langue arabe.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 août 2022 en raison de son abrogation par l'arrêté du 30 août 2022.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 23 août 1991, a fait l'objet d'un arrêté du 27 août 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être reconduit et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Le requérant demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à ce que le tribunal ordonne à l'administration de communiquer l'entier dossier administratif :

4. L'administration a produit en défense l'entier dossier administratif de M. A. Les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant sont dès lors devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte est rapporté par l'autorité compétente, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait plus lieu pour le juge de statuer sur le mérite du recours. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à condition que l'acte en cause n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur.

6. Par un arrêté du 30 août 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a procédé à l'abrogation de l'arrêté du 27 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de deux ans prononcé à l'encontre de M. A. L'intervention de cet arrêté a rendu sans objet les conclusions à fin d'annulation formées devant le tribunal administratif. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Dès lors qu'il n'y a plus de statuer sur les conclusions à fin d'annulation, la présente décision n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susmentionnées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 août 2022 et à ce qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de communiquer son entier dossier administratif.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Lu en audience publique du 1er septembre 2022.

La magistrate désignée,

N. SOLERLa greffière,

H. DIAW

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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