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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204204

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204204

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204204
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSOCIETE D AVOCATS PLENOT-SUARES-ORLANDINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2022, la société anonyme (SA) Bouygues Telecom et la société par actions simplifiée (SAS) Cellnex France, représentées par Me Hamri, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 1er juillet 2022 par laquelle le maire de Peymeinade s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société Cellnex France pour l'installation d'un pylône (relais de téléphonie) de type faux arbre de 20 mètres de hauteur avec une zone technique grillagée sur un terrain sis 88 avenue des Jaisous, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à titre principal au maire de Peymeinade de délivrer une décision de non-opposition à la déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à titre subsidiaire aux services compétents d'avoir à réinstruire la déclaration déposée le 12 août 2021, dans un délai d'un mois ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Peymeinade une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'atteinte portée à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et de l'entrave portée aux activités de la société Bouygues Télécom qui se trouve confrontée à un trou de couverture, alors que l'édification des équipements litigieux permet d'améliorer la couverture du territoire de la commune ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- le motif tiré du non-respect des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, des orientations du PADD et de l'article UDa7 du règlement du PLU n'est pas de nature à la justifier ;

- le motif tiré du non-respect de l'article D. 98-6-1 du CPCE est illégal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, la commune de Peymeinade, représentée par Me Orlandini, conclut au rejet de la requête et à ce que les requérantes lui versent 1 000 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun moyen soulevé n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 2 août 2022 sous le numéro 2203825 par laquelle les sociétés requérantes demandent l'annulation de la décision attaquée ;

Vu :

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Bonhomme, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 22 septembre 2022 :

- le rapport de M. Bonhomme, juge des référés,

- les observations de Me Anglars, substituant Me Hamri, représentant les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France,

- et celles de Me Orlandini, représentant la commune de Peymeinade,

à l'issue de laquelle le juge des référés a clos l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. La société Cellnex France a déposé, le 12 août 2021, un dossier de déclaration préalable en vue de réaliser des travaux d'équipements de radiotéléphonie mobile sur le territoire de la commune de Peymeinade (Alpes-Maritimes). Par un arrêté du 9 novembre 2021, le maire de Peymeinade s'est opposé à la réalisation de ces travaux. Par une ordonnance n° 2200482 du 4 mai 2022, le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de cet arrêté et a enjoint au maire de Peymeinade de statuer de nouveau sur cette déclaration dans un délai de deux mois. Par un nouvel arrêté du 1er juillet 2022, le maire de Peymeinade s'est de nouveau opposé à la déclaration préalable. Par la présente requête, les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France demandent la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendre.

4. La couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile répond à un intérêt public et aux intérêts propres de l'opérateur pour le compte duquel la construction est envisagée. La condition d'urgence doit être regardée comme remplie si le territoire de la commune n'est que partiellement couvert par le réseau de cet opérateur.

5. En l'espèce, il est constant que le réseau de la société Bouygues Telecom connaît une zone d'ombre à proximité du lieu d'implantation projeté. Ainsi, la condition d'urgence exigée par les dispositions citées au point 2 doit être regardée comme remplie.

6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que les motifs tirés, d'une part, du non-respect des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, des orientations du projet d'aménagement et de développement durable et de l'article UDa7 du règlement du plan local d'urbanisme, d'autre part, de la méconnaissance de l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques, ne peuvent justifier l'arrêté attaqué sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité qui a pris l'acte n'est pas de nature à entraîner la suspension de son exécution.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les sociétés requérantes sont fondées à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté qu'elles attaquent.

9. Il y a lieu d'enjoindre au maire de Peymeinade de délivrer, à titre provisoire, un certificat de non opposition à déclaration préalable à la société Cellnex France dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Peymeinade le versement aux sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France d'une somme totale de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge des sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du maire de Peymeinade du 1er juillet 2022 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Peymeinade de délivrer, à titre provisoire, un certificat de non opposition à déclaration préalable à la société Cellnex France dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : La commune de Peymeinade versera aux sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France la somme totale de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Peymeinade au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société anonyme Bouygues Telecom, à la société par actions simplifiée Cellnex France et à la commune de Peymeinade.

Fait à Nice, le 26 septembre 2022.

Le juge des référés,

Signé

T. BONHOMME

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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