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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204260

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204260

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204260
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLESTRADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 septembre 2022 et 10 juin 2023, M. B A, représenté par Me Lestrade, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 3 septembre 2022 par laquelle le préfet des

Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation et de mettre fin au signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS).

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- cette décision méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article R. 121-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à la liberté de circulation consacrée par l'article 20 du traité sur l'Union européenne et l'article 45 de la charte européenne des droits fondamentaux.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bergantz, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique du 24 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant roumain né le 7 octobre 1996, a fait l'objet le 3 septembre 2022 d'un arrêté par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation pour une durée de deux ans. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. En vertu de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les citoyens de l'Union européenne à quitter le territoire français lorsqu'elle constate que " 2° leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; ". Aux termes de ce même article : " L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

3. En premier lieu, l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impose au préfet de département de motiver une décision obligeant un citoyen de l'Union européenne à quitter le territoire français. En vertu de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une telle obligation consiste à énoncer, dans la décision, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

4. La décision attaquée vise les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent. Elle précise, en outre, les conditions d'entrée et de séjour en France de M. A et la nature des faits que le préfet des Alpes-Maritimes a retenus pour qualifier le comportement personnel de l'intéressé comme étant susceptible de présenter une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, le préfet, qui n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger dont il pourrait avoir connaissance, a suffisamment motivé la décision attaquée en droit comme en fait.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas pris en compte, dans le cadre de l'appréciation qu'il a été conduit à porter sur la situation de l'intéressé au regard des critères énoncés à l'article

L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des éléments essentiels de cette situation qui avaient été portés à sa connaissance avant qu'il prononce à son encontre l'obligation de quitter le territoire français en litige. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'examen, par le préfet des Alpes-Maritimes, de la situation de M. A ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. ". Aux termes de l'article L. 234-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. ". L'article L. 233-1 du même code dispose que : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ".

7. Si M. A soutient qu'il dispose d'un droit au séjour permanent en application de l'article L. 234-1 du code précité, les pièces qu'il verse au dossier ne permettent pas d'établir qu'il aurait résidé légalement sur le territoire français pendant les cinq années précédant la décision contestée. Par suite, en édictant la décision en litige, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen invoqué par M. A ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, pour la mise en œuvre des dispositions précitées de l'article

L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité préfectorale, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'infractions à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

9. Il ressort des termes de l'arrêté du 3 septembre 2022 que, pour caractériser une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, le préfet des Alpes-Maritimes a relevé que M. A était défavorablement connu des services de police pour des faits de dégradation ou de détérioration par incendie de bois, de forêt ou de plantation pouvant créer un dommage irréversible à l'environnement (30 août 2021), de menace réitérée de délit contre les personnes dont la tentative est punissable (29 novembre 2018), de blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas trois mois (27 avril 2017), de conduite sous stupéfiants (18 décembre 2017), de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité (2 mars 2019). En outre, le requérant admet qu'il s'est battu avec son beau-père, faits pour lesquels il aurait été condamné à une peine de six mois d'emprisonnement. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier qu'il a effectué sa scolarité en France de 2004 à 2015, il n'établit pas par les pièces produites qu'il aurait ensuite travaillé comme livreur. Il ne justifie ni être en contact avec les membres de sa famille qui résiderait en France ni d'une intégration particulière au sein de la société française. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes, en prenant l'obligation de quitter le territoire français au motif que le comportement personnel de

M. A constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

11. Si le requérant établit avoir effectué sa scolarité en France de 2004 à 2015, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille et qu'il n'est pas en contact avec sa mère qui vivrait à Menton. En outre, s'il se prévaut de ce qu'il souffre de troubles psychologiques et de la circonstance que la MDPH lui a attribué l'allocation aux adultes handicapés à compter du 1er avril 2022, il n'établit pas que les soins appropriés à son état ne seraient pas disponibles dans son pays. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été pris l'arrêté en litige et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen doit être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 221-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les dispositions de l'article R. 121-2 du même code : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre qui ne disposent pas des documents d'entrée mentionnés à l'article L. 221-1 se voient accorder tous les moyens raisonnables leur permettant de se les procurer dans un délai raisonnable ou de faire confirmer ou prouver par d'autres moyens leur qualité de bénéficiaires du droit de circuler et de séjourner librement en France, avant qu'il soit procédé à leur refoulement. ". Et aux termes de l'article L. 221-1 du même code : " Pour entrer en France, les étrangers dont la situation est régie par le présent livre doivent être munis des documents prévus par décret en Conseil d'Etat. "

13. M. A ne peut pas utilement se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 221-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'entrée en France des citoyens de l'Union européenne et des membres de leur famille pour contester la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 de ce même code.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

14. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

15. La notion d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être interprétée à la lumière des objectifs de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004. Aussi, il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'urgence à éloigner sans délai de départ volontaire un citoyen de l'Union européenne ou un membre de sa famille doit être appréciée par l'autorité préfectorale au regard du but poursuivi par l'éloignement de l'intéressé et des éléments qui caractérisent sa situation personnelle, sous l'entier contrôle du juge de l'excès de pouvoir.

16. Compte-tenu de la nature et de la répétition des faits commis par M. A, son comportement doit être regardé comme constituant, du point de vue de l'ordre public, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société de sorte que le préfet des Alpes-Maritimes doit être regardé comme justifiant de la condition d'urgence, au sens des dispositions précitées du second alinéa de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour ne pas lui accorder un délai de départ volontaire, en l'absence de séjour régulier et de toute insertion particulière de sa part sur le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

17. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

18. Si M. A soutient qu'un retour en Roumanie entraînerait une rupture brutale des soins qui lui sont prodigués et un choc psychologique, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

Sur l'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans :

19. Aux termes de l'article 20 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et de l'article 45 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, tout citoyen de l'Union a le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres. L'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose toutefois que : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

20. Pour les mêmes motifs qu'exposés au point 9 et alors que le droit à la libre circulation des ressortissants européens peut connaître des restrictions notamment lorsque le comportement de l'intéressé représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les stipulations de l'article 20 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ni celles de l'article 45 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision et de l'arrêté du 9 septembre 2022. Par conséquent, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Chevalier, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère,

assistés de M. Crémieux, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

A. BERGANTZ

Le président,

Signé

O. EMMANUELLILe greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

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