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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204327

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204327

mercredi 15 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPAMLAW - AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 septembre 2022, les sociétés On Tower France et Free Mobile, représentées par Me Martin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 juillet 2022 par laquelle le maire de la commune du Cannet s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société On Tower France le 22 février 2022 et ayant pour objet le déplacement et remplacement d'antennes, la rénovation de cheminées, l'installation de trois nouvelles antennes et de garde-corps et l'agrandissement de deux fausses cheminées sur la parcelle 144 section AX située 4 avenue Jean Mermoz sur la commune du Cannet.

2°) d'enjoindre à la commune du Cannet de délivrer un certificat de non-opposition dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Cannet une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la décision contestée est illégale au regard de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme car le dossier accompagnant la demande était complet et puisque la société pétitionnaire était titulaire d'une décision tacite de non-opposition ;

- elle est illégale au regard des dispositions de l'article 222 de la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 puisqu'il s'agit d'une décision de retrait.

La requête a été communiquée à la commune du Cannet qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 15 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2024.

Vu :

- l'ordonnance n° 2204649 du juge des référés du tribunal administratif de Nice en date du 18 octobre 2022 ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

-la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 novembre 2024 :

- le rapport de M. Bulit, rapporteur ;

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. Le 22 février 2022, la société On Tower France (OTF) a déposé une déclaration préalable à la mairie du Cannet pour le déplacement et remplacement d'antennes, la rénovation de cheminées, l'installation de trois nouvelles antennes et de garde-corps, enfin l'agrandissement de deux fausses cheminées sur la parcelle 144 section AX sise 4 avenue Jean Mermoz. Par courrier du 17 juin 2022, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de non-opposition. Par une décision du 13 juillet 2022, le maire du Cannet a refusé de délivrer un certificat de non-opposition à la déclaration préalable. Les sociétés OTF et Free Mobile demandent l'annulation de cette décision dont l'exécution a par ailleurs été suspendue par une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Nice en date du 18 octobre 2022.

Sur le cadre du litige :

2. Aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction. / () ". Aux termes de l'article R. 423-19 de ce même code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R. 423-23 de ce même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / () a) Un mois pour les déclarations préalables ". Aux termes de l'article R. 423-24 : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : () c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques ; / () ". Aux termes de l'article R. 423-38 de ce code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. ". Aux termes de l'article R. 423-39 de ce code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie. ". Aux termes de l'article R. 423-22 de ce code, " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41. ". Aux termes de l'article R. 424-1 de ce code dispose que : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction (), le silence gardé par l'autorité compétente vaut () : / () a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; ". Et aux termes de l'article R. 424-13 de ce code, " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit. ". Il résulte de ces dispositions, qu'une décision de non opposition tacite naît à l'issue du délai d'instruction de la déclaration de travaux en l'absence de notification d'une décision expresse de l'administration.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par un courrier daté du 10 mars 2022, réceptionné le 14 mars 2022, le maire du Cannet a informé la société pétitionnaire que le dossier de la demande de déclaration préalable reçue le 22 février 2022 était incomplet et a invité cette dernière à communiquer les pièces demandées afin de compléter sa demande. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 7 avril 2022 reçu le 11 avril 2022, non contesté par la commune du Cannet qui n'a pas présenté de mémoire en défense, la société OTF a complété le dossier de déclaration préalable notamment par un plan de masse complété ainsi le dossier comportait l'ensemble des éléments susceptibles de lui être réclamés et ont mis l'autorité administrative à même d'apprécier la conformité du projet à la réglementation applicable. Dès lors, le dossier de déclaration préalable de la société OTF ayant été suffisamment complété le 11 avril 2022, le délai d'instruction de deux mois fixé par les dispositions citées ci-dessus des articles R. 423-23 et R. 423-24 du code de l'urbanisme a commencé à courir à compter de cette date. L'intéressée est ainsi devenue titulaire d'une décision tacite de non-opposition à déclaration le 11 juin suivant. Par suite, les sociétés requérantes sont fondées à soutenir que la société OTF était bénéficiaire, à cette date, d'une décision tacite de non-opposition, la décision attaquée du 13 juillet 2022 doit être regardée, non pas comme une décision portant refus de la demande sollicitée par la société OTF, mais comme une décision portant retrait de la décision de non opposition tacitement délivrée à cette société le 12 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L.424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. / () ". Aux termes de l'article 222 de la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, " A titre expérimental, par dérogation à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et jusqu'au 31 décembre 2022, les décisions d'urbanisme autorisant ou ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées. Cette disposition est applicable aux décisions d'urbanisme prises à compter du trentième jour suivant la publication de la présente loi. ".

5. Dès lors que la loi susvisée du 23 novembre 2018 a été publiée au Journal officiel de la République française n° 0272 du 24 novembre 2018, l'expérimentation prévue par son article 222 s'applique aux décisions concernées prises à compter du 24 décembre 2018, dont la décision tacite de non-opposition sus-évoquée née le 12 mai 2022. Il s'ensuit que les sociétés requérantes sont fondées à soutenir que le maire de la commune du Cannet ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, procéder au retrait litigieux de cette décision autorisant l'implantation de nouvelles antennes de radiotéléphonie mobile. Par suite, les sociétés OTF et Free Mobile sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le maire du Cannet doit être regardé comme ayant procédé au retrait de la non-opposition à la demande préalable de travaux du 22 février 2022 qui avait été tacitement accordée à la société OTF.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. En dernier lieu, sur les conséquences de cette annulation, lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction ou, le cas échéant, d'office, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

7. Le présent jugement censure le motif de refus par lequel le maire du Cannet a refusé la déclaration de travaux déposée par la société Cellnex France. Il ne résulte pas de l'instruction, que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté attaqué interdiraient d'accueillir les travaux envisagés par la société requérante ni que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre d'office au maire du Cannet de délivrer à la société Cellnex France un certificat de non-opposition tacite aux travaux en litige, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans ces mêmes circonstances, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune du Cannet une somme de 2000 euros à verser aux sociétés requérantes au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 13 juillet 2022 par laquelle le maire du Cannet a retiré sa décision de non-opposition tacite à la déclaration préalable présentée par la SAS On Tower France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire du Cannet de délivrer à la SAS On Tower France un certificat de non-opposition tacite à la déclaration préalable, déposée le 22 février 2022, ayant pour objet le déplacement et remplacement d'antennes, la rénovation de cheminées, l'installation de trois nouvelles antennes et de garde-corps, enfin l'agrandissement de deux fausses cheminées sur la parcelle 144 section AX sise 4 avenue Jean Mermoz, au Cannet, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune du Cannet versera solidairement aux sociétés On Tower France et Free mobile la somme de 2000 euros (deux mille euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée On Tower France, à la société par actions simplifiée Free mobile et à la commune du Cannet.

Délibéré après l'audience du 27 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

M. Bulit, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2025.

Le rapporteur,

Signé

J. BULIT

Le président,

Signé

G. TAORMINA La greffière,

Signé

N. KATARYNEZUK

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière

N°2204327

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