mercredi 12 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2204341 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | GIMALAC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 septembre, 4 octobre et 23 décembre 2022, M. L G, M. F D, Mme C D, M. I E, Mme A H, Mme N B, M. J K et Mme M K, représentés par Me Gimalac, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2022 par lequel le maire de Peymeinade a délivré à la société civile coopérative de vente (SCCV) Peymeinade un permis de construire un ensemble immobilier de trois immeubles sur les parcelles cadastrées section AE n° 268, 274 à 278, 422 et 477 et AR n° 185 et 186 ;
2°) d'annuler, par voie d'exception, les délibérations du conseil municipal de Peymeinade des 30 mars 2017, 21 février 2018 et 20 juin 2019 relatives à la zone d'aménagement concerté Lebon ainsi que la délibération du 20 octobre 2021 par laquelle le conseil municipal de Peymeinade a approuvé la modification simplifiée du plan local d'urbanisme de la commune ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Peymeinade la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamner aux dépens de l'instance.
Ils soutiennent que :
- le projet était soumis à l'obligation d'obtenir un permis d'aménager ou un permis de construire valant division ;
- la desserte du projet n'est pas adaptée à celui-ci ;
- la hauteur des immeubles en litige se distingue de la hauteur moyenne des habitations dans le secteur et méconnaît les objectifs du rapport de présentation de la zone d'aménagement concerté ;
- le projet entraîne la destruction d'arbres centenaires ;
- l'affectation du terrain n'a pas été respectée ;
- le projet présente un risque en matière de ruissellement pluvial ;
- il méconnaît la loi du 22 août 2021 dite " Climat et Résilience " ;
- le permis en litige doit être annulé par voie de l'exception d'illégalité des documents relatifs à la zone d'aménagement concerté Lebon ;
- le permis en litige doit être annulé par voie de l'exception d'illégalité de la délibération du 20 octobre 2021 modifiant le plan local d'urbanisme de la commune ;
- le dossier est incomplet en l'absence de production du cahier des charges prévu à l'article L. 311-6 du code de l'urbanisme ou de la convention prévue à l'article L. 311-4 du même code ;
- le projet aurait dû faire l'objet d'un examen au cas par cas dès lors qu'il était susceptible d'avoir des incidences notables sur l'environnement.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 septembre, 17 novembre 2022 et 30 janvier 2023, la société civile coopérative de vente (SCCV) Peymeinade, représentée par Me Nahmias, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 janvier et 27 février 2023, la commune de Peymeinade, représentée par Me Orlandini, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 14 février 2023, la société anonyme gardéenne d'économie mixte (SAGEM), représentée par le cabinet Richer et associés, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet, à titre infiniment subsidiaire au prononcé d'un sursis à statuer sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et en tout état de cause à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants n'ont pas d'intérêt pour agir ;
- les demandes d'annulation formulées par voie d'exception sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 17 mars 2023.
Un mémoire, présenté pour les requérants, a été enregistré le 19 juin 2023.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité du moyen selon lequel le projet aurait dû faire l'objet d'un examen au cas dès lors que les requérants n'ont invoqué ce moyen de légalité externe que dans leur mémoire en réplique enregistré le 23 décembre 2022, alors qu'ils n'avaient soulevé, dans le délai de deux mois suivant l'introduction de leur requête le 9 septembre 2022, que des moyens de légalité interne, relevant d'une cause juridique distincte.
Par des mémoires, enregistrés les 4 mai et 9 juin 2023, les requérants ont répondu au moyen d'ordre public soulevé.
Par un mémoire, enregistré le 2 juin 2023, la SAGEM a répondu au moyen d'ordre public soulevé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de la voirie routière ;
- la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juin 2023 :
- le rapport de Mme Soler,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,
- et les observations de Me Gimalac, représentant les requérants, de Me Gadd, substituant Me Orlandini, représentant la commune, de Me Daboussy, représentant la société pétitionnaire, et de Me Mayer, représentant la SAGEM.
Une note en délibéré, présentée pour les requérants, a été enregistrée le 22 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 19 mai 2022, le maire de Peymeinade a délivré à la société Peymeinade un permis de construire un ensemble immobilier de trois immeubles sur les parcelles cadastrées section AE n° 268, 274 à 278, 422 et 477 et AR n° 185 et 186. Par un courrier, reçu le 8 juillet 2022 par la commune, les requérants ont formé un recours gracieux contre cet arrêté. Par une décision du 18 juillet 2022, le maire de Peymeinade a rejeté ce recours. Les requérants demandent l'annulation de l'arrêté du 19 mai 2022.
Sur l'étendue du litige :
2. Les requérants, qui demandent au tribunal d'annuler, par voie d'exception d'illégalité, les délibérations du conseil municipal de Peymeinade des 30 mars 2017, 21 février 2018 et 20 juin 2019 relatives à la zone d'aménagement concerté Lebon ainsi que la délibération du 20 octobre 2021 par laquelle le conseil municipal de Peymeinade a approuvé la modification simplifiée du plan local d'urbanisme de la commune doivent être regardés comme soulevant, par voie d'exception, l'illégalité de ces délibérations à l'appui de leurs conclusions dirigées contre le permis de construire délivré à la société Peymeinade le 19 mai 2022 et non leur annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
Sur l'obligation alléguée d'obtenir un permis d'aménager ou un permis de construire valant division :
3. Aux termes de l'article R.*442-1 du code de l'urbanisme : " Ne constituent pas des lotissements au sens du présent titre et ne sont soumis ni à déclaration préalable ni à permis d'aménager : / () / c) Les divisions effectuées par l'aménageur à l'intérieur d'une zone d'aménagement concerté ; / () " et aux termes de l'article R.*431-24 du même code : " Lorsque les travaux projetés portent sur la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette comprenant une ou plusieurs unités foncières contiguës, doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement de l'ensemble du projet, le dossier présenté à l'appui de la demande est complété par un plan de division () ".
4. D'une part, il résulte des dispositions de l'article R.*442-1 du code de l'urbanisme citées au point précédent que les divisions effectuées à l'intérieur d'une zone d'aménagement concerté ne constituent pas des lotissements. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet en litige aurait dû faire l'objet d'un permis d'aménager dès lors qu'il constituerait un lotissement au sens des dispositions de l'article R.*421-19 du code de l'urbanisme. Il suit de là que la première branche du moyen doit être écartée.
5. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet devrait faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement de l'ensemble du projet. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet en litige aurait dû faire l'objet d'un permis de construire valant division parcellaire au sens des dispositions de l'article R.*431-24 du code de l'urbanisme citées au point 3. Il suit de là que la seconde branche du moyen doit également être écartée.
Sur l'insuffisance alléguée de la desserte du projet :
6. Aux termes des articles UA 9, UM 9 et 1AU9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " Les terrains doivent être desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés. Leurs caractéristiques doivent notamment répondre aux besoins de la circulation, de l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie et, plus largement, de la protection civile et de la gestion communale ". Les articles UM 9 et 1AU 9 précisent également : Les voies nouvelles à double sens auront les caractéristiques suivantes : / - Largeur minimale de chaussée : 5 mètres ; / - Les chaussées partagées sont autorisées dans les voies à dominante piétonne. / () ".
7. D'une part, il résulte des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme citées au point précédent que le juge administratif doit, pour apprécier la légalité du permis au regard des règles d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante du terrain d'assiette par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie.
8. D'autre part, la conformité d'un immeuble aux prescriptions d'un plan local d'urbanisme s'apprécie non par rapport à l'état initial de la voie mais en tenant compte des prévisions inscrites dans le plan local d'urbanisme à l'égard de celle-ci et des circonstances de droit et de fait déterminantes pour leur réalisation. Dans les cas particuliers où l'administration accorde un permis de construire en raison de travaux en cours ou futurs, cette dernière doit s'assurer que la desserte du terrain d'assiette du projet répondra à brève échéance et de manière certaine aux exigences légales.
9. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment du plan de masse du projet que la desserte du parking sous-terrain du lot B s'effectuera par une voie à double sens, d'une largeur comprise entre 5,50 et 7,00 mètres, débouchant sur l'avenue de Boutiny. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les caractéristiques de cette voie ne permettraient pas une desserte suffisante du parking du lot B et du parking public s'implantant à l'Est de ce lot. A cet égard, la circonstance que la réalisation du projet serait susceptible d'accroître l'importance de la circulation sur l'avenue de Boutiny n'est pas de nature à entacher le permis de construire d'illégalité au regard des dispositions citées au point 6.
10. D'autre part, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la circonstance que le commissaire-enquêteur aurait rendu un avis défavorable à la procédure de déclassement de l'impasse Lebon, sur laquelle est appelée à s'implanter la nouvelle voie en litige, n'est pas de nature à elle seule à démontrer que la réalisation de cette voie serait compromise dès lors qu'il résulte des dispositions de l'article L. 141-4 du code de la voirie routière que le conseil municipal peut passer outre cet avis défavorable par une délibération motivée. Au surplus, l'avis rendu par le commissaire-enquêteur, le 12 août 2022, est postérieur à la délivrance du permis de construire en litige.
11. Enfin, il ressort des pièces du dossier que par une délibération n° 2021-053 du 7 avril 2021, le conseil municipal de Peymeinade a approuvé le principe du déclassement anticipé de l'impasse Lebon et leur cession à la SAGEM et qu'une enquête publique à ce sujet s'est tenue du 27 juin au 12 juillet 2022. Il ressort également des pièces du dossier que la SAGEM a mis en ligne, le 1er juin 2022, un avis d'appel public à la concurrence pour un marché de travaux portant notamment sur la réalisation de voirie et réseaux divers dont la date limite de réponse était fixée au 13 juin 2022. Eu égard à la nature de ces derniers actes et compte tenu notamment du délai nécessaire à leur préparation ainsi qu'à la proximité de leur date d'intervention avec celle de l'octroi du permis de construire litigieux, il ressort des pièces du dossier qu'il existait, dès la date de délivrance du permis de construire en litige, une certitude suffisante quant à la réalisation des travaux relatifs à l'aménagement de cette voie publique. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante desserte du projet doit être écarté.
S'agissant de la hauteur des immeubles en litige :
12. Le moyen soulevé par les requérants relatif à la hauteur des immeubles en litige n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut qu'être écarté.
Sur la destruction alléguée d'arbres centenaires :
13. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. Le projet peut n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement () " et aux termes de l'article L. 110-2 du code de l'environnement : " Les lois et règlements organisent le droit de chacun à un environnement sain. Ils contribuent à assurer un équilibre harmonieux entre les zones urbaines et les zones rurales ainsi que la préservation et l'utilisation durable des continuités écologiques. / Il est du devoir de chacun de veiller à la sauvegarde et de contribuer à la protection de l'environnement, y compris nocturne. / Les personnes publiques et privées doivent, dans toutes leurs activités, se conformer aux mêmes exigences ".
14. Il résulte des dispositions de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme citées au point précédent qu'elles ne permettent pas à l'autorité administrative de refuser un permis de construire, mais seulement de l'accorder sous réserve du respect de prescriptions spéciales relevant de la police de l'urbanisme, telles que celles relatives à l'implantation ou aux caractéristiques des bâtiments et de leurs abords, si le projet de construction est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement.
15. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet en litige est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement au regard des préoccupations d'environnement définies à l'article L. 110-2 du code de l'environnement. A cet égard, les requérants ne peuvent se prévaloir de la suppression des arbres implantés à l'emplacement du parking provisoire dès lors que celui-ci ne fait pas l'objet du permis de construire en litige. Il suit de là que la première branche du moyen doit être écartée.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 350-3 du code de l'environnement : " Les allées d'arbres et alignements d'arbres qui bordent les voies ouvertes à la circulation publique constituent un patrimoine culturel et une source d'aménités, en plus de leur rôle pour la préservation de la biodiversité et, à ce titre, font l'objet d'une protection spécifique. Ils sont protégés, appelant ainsi une conservation, à savoir leur maintien et leur renouvellement, et une mise en valeur spécifiques. / Le fait d'abattre ou de porter atteinte à un arbre ou de compromettre la conservation ou de modifier radicalement l'aspect d'un ou de plusieurs arbres d'une allée ou d'un alignement d'arbres est interdit. / (..) ".
17. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment du plan de masse des arbres existants ou supprimés, que le projet en litige entraînerait la suppression d'une allée d'arbres ou d'un alignement d'arbres bordant une voie ouverte à la circulation publique au sens des dispositions de l'article L. 350-3 du code de l'environnement citées au point précédent. En tout état de cause, il résulte des dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme que le permis de construire a pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'il autorise avec la législation et la réglementation d'urbanisme. Les requérants ne peuvent, dans ces conditions, utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 350-3 du code de l'environnement, qui relèvent d'une législation indépendante de celle du droit de l'urbanisme. Il suit de là que la deuxième branche du moyen doit également être écartée.
Sur le non-respect allégué de l'affectation du terrain :
18. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. / () " et aux termes de l'article A. 424-8 du même code : " () / Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ".
19. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, dès lors que le permis de construire est délivré sous réserve du droit des tiers, le moyen tiré de ce que celui-ci méconnaîtrait un acte de droit privé est inopérant et doit être écarté comme tel.
Sur le risque allégué en matière de ruissellement pluvial :
20. D'une part, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
21. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus d'autorisation d'urbanisme sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Il résulte par ailleurs de ces dispositions que lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, l'autorisation d'urbanisme ne peut être refusée que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande, d'accorder l'autorisation en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
22. D'autre part, aux termes de l'article 1AU 10 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la desserte par les réseaux : " Gestion des eaux pluviales / Les aménagements réalisés sur le terrain doivent garantir leur écoulement dans le réseau collecteur public d'eaux pluviales. / En l'absence ou en cas d'insuffisance de ce réseau, les aménagements nécessaires au libre écoulement et à la rétention des eaux pluviales sont à la charge exclusive du propriétaire qui doit réaliser les dispositifs adaptés à l'opération et au terrain, sur sa parcelle, sans porter préjudice aux fonds voisins. / Il est imposé une rétention d'eau pluviale de 70 l/m2 de terrain imperméabilisé sauf impossibilité technique ".
23. En l'espèce, il ressort de la lecture de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n°1 issue de la délibération du 20 octobre 2021 modifiant les éléments de programmation de la zone d'aménagement concerté Lebon que l'aménageur réalisera deux bassins de rétention d'un volume total de 950 mètres cubes pour recueillir les eaux pluviales de la zone. Le permis de construire en litige porte lui le volume total à 1 003 mètres cubes. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le volume projeté ne serait pas conforme aux prescriptions du plan local d'urbanisme qui imposent que celui-ci soit au moins égal à 70 litres par mètre carré imperméabilisé. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce volume de rétention ne serait pas en mesure de récupérer les eaux pluviales issues d'une pluie centennale. Enfin, il ressort également de la lecture de l'OAP n°1 modifiant les éléments de programmation de la ZAC que l'aménageur devra réaliser un réseau en traversée du chemin de Saint Marc et se poursuivant au travers d'un emplacement réservé prévu à cet effet afin de diriger les débits issus des bassins de rétention des eaux pluviales vers le vallon de la Bléjarde. Dans ces conditions, le maire n'était pas tenu d'assortir le permis de construire en litige d'une prescription au titre de l'exutoire dès lors que celui-ci était prévu dans le cadre des éléments de programmation de la ZAC. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des risques induits par le projet en matière de gestion des eaux pluviales. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.
Sur la méconnaissance alléguée de la loi " Climat et Résilience " du 22 août 2021 :
24. Aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme dans sa rédaction issue de la loi du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : / () / 6° bis La lutte contre l'artificialisation des sols, avec un objectif d'absence d'artificialisation nette à terme ; / () ".
25. Les requérants se prévalent des dispositions de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme, qui visent à la lutte contre l'artificialisation des sols par les collectivités publiques, avec un objectif d'absence d'artificialisation nette à terme. Cet article, qui énumère des objectifs généraux, est inséré au chapitre Ier " Objectifs généraux " du titre préliminaire " principes généraux " du livre Ier de ce code " Règlementation urbaine ". Selon l'article L. 101-3 de ce code inséré dans le même chapitre, " la réglementation de l'urbanisme régit l'utilisation qui est faite du sol, en dehors des productions agricoles, notamment la localisation, la desserte, l'implantation et l'architecture des constructions ". L'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme mentionnée à l'article L. 101-2 concerne celle mentionnée au livre Ier, lors de l'élaboration du plan local d'urbanisme qui, selon l'article L. 151-1 du même code, doit respecter " les principes énoncés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ". Le régime des autorisations d'urbanisme, dont les permis de construire, relève du livre IV du code de l'urbanisme. Les dispositions de l'article L. 101-2 doivent dès lors être interprétées comme imposant aux auteurs des seuls documents d'urbanisme, à l'exclusion des autorisations d'urbanisme, d'y faire figurer des mesures tendant à la réalisation des objectifs qu'elles énoncent. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le permis de construire contesté méconnaît les objectifs énoncés par l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.
Sur le moyen tiré de l'exception d'illégalité des documents relatifs à la zone d'aménagement concerté (ZAC) Lebon :
26. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.
27. En l'espèce, d'une part, le permis de construire attaqué, s'il a été délivré sur un terrain situé au sein de la ZAC " Lebon ", ne l'a pas été pour l'application des délibérations du 30 mars 2017 approuvant le bilan de la concertation publique et créant la ZAC, du 21 février 2018 portant choix du concessionnaire de la ZAC et du 20 juin 2019 approuvant le dossier de réalisation de la ZAC, qui n'en constituent pas davantage la base légale. D'autre part, ces délibérations ne forment pas avec les permis de construire délivrés au sein de la zone d'aménagement concerté une opération complexe. Il suit de là que le moyen tiré de l'illégalité par voie d'exception de ces quatre délibérations est inopérant et doit être écarté comme tel.
Sur le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la délibération du 20 octobre 2021 modifiant le plan local d'urbanisme de la commune :
28. Si les requérants invoquent l'illégalité, par voie d'exception, de la délibération du 20 octobre 2021 approuvant la modification du plan local d'urbanisme de la commune, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, lorsqu'un motif d'illégalité non étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet est susceptible de conduire à remettre en vigueur tout ou partie du document local d'urbanisme immédiatement antérieur, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du document local d'urbanisme à l'appui d'un recours en annulation d'une autorisation d'urbanisme ne peut être utilement soulevé que si le requérant soutient également que cette autorisation méconnaît les dispositions pertinentes ainsi remises en vigueur, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Il suit de là que le moyen doit être écarté comme inopérant.
Sur l'incomplétude alléguée du dossier joint à la demande de permis de construire :
29. Aux termes de l'article R.*431-23 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur une construction à édifier dans une zone d'aménagement concerté, la demande est accompagnée : / a) Lorsque le terrain a fait l'objet d'une cession, location ou concession d'usage consentie par l'aménageur de la zone, dès lors que le cahier des charges de cession de terrain a été approuvé et publié dans les conditions prévues à l'article D. 311-11-1, d'une copie de celles des dispositions du cahier des charges de cession de terrain qui indiquent le nombre de mètres carrés de surface de plancher dont la construction est autorisée sur la parcelle cédée ainsi que, si elles existent, de celles des dispositions du cahier des charges qui fixent des prescriptions techniques, urbanistiques et architecturales imposées pour la durée de la réalisation de la zone ; / () ".
30. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la société Peymeinade a joint à sa demande de permis le cahier des charges de cession du terrain constituant le lot ABF de la zone d'aménagement concerté " Lebon ", comportant notamment les prescriptions maximales en matière de surface constructible, et a ainsi mis à même le service instructeur d'exercer son contrôle à cet égard. Le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis manque dès lors en fait.
Sur l'absence d'examen au cas par cas du projet en litige :
31. Si les requérants soutiennent que le projet d'aménagement de la ZAC Lebon a fait l'objet d'un fractionnement en quatre permis de construire afin de ne pas faire l'objet d'une évaluation environnementale, il ressort des pièces du dossier que la commune a bien saisi le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, en qualité d'autorité environnementale, d'une demande d'examen au cas par cas en vue de la réalisation éventuelle d'une évaluation environnementale pour le projet d'aménagement de la ZAC Lebon. C'est ainsi que le préfet de la région PACA a dispensé le projet de la réalisation d'une étude d'impact par une décision du 22 mars 2017. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté.
32. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
33. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Peymeinade, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Peymeinade et non compris dans les dépens, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Peymeinade et non compris dans les dépens et une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la SAGEM et non compris dans les dépens.
34. Aucun dépens n'a été exposé au cours de la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre par les requérants ne peuvent donc qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. G, M. D, Mme D, M. E, Mme H, Mme B, M. K et Mme K est rejetée.
Article 2 : M. G, M. D, Mme D, M. E, Mme H, Mme B, M. K et Mme K verseront à la commune de Peymeinade une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : M. G, M. D, Mme D, M. E, Mme H, Mme B, M. K et Mme K verseront à la société Peymeinade une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : M. G, M. D, Mme D, M. E, Mme H, Mme B, M. K et Mme K verseront à la SAGEM une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. L G, premier dénommé, à la commune de Peymeinade, à la société civile coopérative de vente Peymeinade et à la société anonyme gardéenne d'économie mixte.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bonhomme, président,
Mme Soler, conseillère,
M. Holzer, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.
La rapporteure,
Signé
N. SOLER
Le président,
Signé
T. BONHOMMELa greffière,
Signé
M.L. DAVERIO
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026